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Exportation de pétrole sur le Saint-Laurent: <em>Over our Dead Bodies!</em>

05/08/2014 11:51 EDT | Actualisé 05/10/2014 05:12 EDT

Le Québec est entré bien malgré lui dans un engrenage qui est en voie de le transformer en plaque tournante de l'exportation de pétrole en Amérique du Nord. En un peu plus de deux ans, ce sont deux projets d'oléoducs, la multiplication des convois ferroviaires de pétrole, un projet de port pétrolier à Cacouna, et maintenant un premier navire-citerne chargé de pétrole bitumineux qui se retrouva sous peu sur notre fleuve auxquels assistent impuissants les Québécois.

Après la catastrophe de Lac-Mégantic et ses 47 victimes, on peut affirmer au sens littéral du terme que l'exportation de pétrole à travers le Québec s'effectue over our dead bodies. Car ce qui dérange le plus dans cette invasion pétrolière, c'est qu'elle n'a été aucunement ralentie par la pire catastrophe industrielle de l'Histoire du Québec. Les seuls convois pétroliers qui ont été suspendus sont ceux de la compagnie MMA dont les activités ont été momentanément interrompues et qui ont repris depuis. C'est business as usual pour les pétrolières qui ont déployé des dizaines de lobbyistes et des dizaines de millions en publicités et en relations publiques. Qui sait, une publicité pro-pipelines apparaît peut-être sur ce site alors que vous lisez ces lignes.

Où en sommes-nous un an après la catastrophe de Lac-Mégantic ?

À chaque jour, plus de 100 000 barils de pétrole traversent Montréal par convois ferroviaires, en grande partie pour approvisionner les raffineries québécoises, mais aussi pour approvisionner celle de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. À travers le Canada, les convois pétroliers sont passés de 500 wagons en 2009 à 140 000 en 2013, ou l'équivalent de 230 000 barils par jour. On peut donc faire un calcul rapide pour se rendre compte que plus de 40% des convois pétroliers au Canada traversent Montréal et le Québec. Mais les citoyens ignorent où et quand ces convois qui comptent parfois plus de 100 wagons passent près de chez eux. Le droit à l'information ne nous est pas reconnu dans le domaine du pétrole. Heureusement, l'organisme Forest Ethics a produit une carte interactive des zones à risque de déraillement et d'explosion de convois pétroliers par rail. C'est en le consultant que j'ai constaté que mon quartier au cœur même de Montréal était à risque.

Le rouleau compresseur est en marche et rien ne semble l'arrêter.

C'est dans ce contexte que Radio-Canada nous apprend que pour la première fois du pétrole bitumineux albertain sera sous peu acheminé par train jusqu'au port de Sorel-Tracy pour être exporté par navire-citerne sur le Saint-Laurent à partir des installations de Suncor et Kildair. Cette nouvelle devrait nous inquiéter puisqu'elle fait entrer le Québec dans une nouvelle ère. Nous franchissons ici une ligne cruciale : celle où le pétrole acheminé à travers Montréal et le Québec ne sert plus à alimenter notre propre consommation de pétrole (350 000 barils par jour), mais plutôt à transiter vers les marchés d'exportation (plus de 1,4 million de barils par jour). D'ici quelques années, les convois ferroviaires et le trafic pétrolier sur le Saint-Laurent risquent de croître exponentiellement. Ce qui attend les Québécois, c'est plus de trains, plus de navires, plus de pipelines. Et plus de risques.

En autorisant ce premier chargement destiné à l'exportation, Québec crée un dangereux précédent qui permettra aux pétrolières de récidiver avec les mêmes autorisations et ainsi d'ouvrir une voie d'exportation des sables bitumineux sur le Saint-Laurent, source d'approvisionnement en eau potable pour un Québécois sur deux. Le tout sans évaluation environnementale, sans consultation publique et à l'insu des Québécois. Pour les pétrolières albertaines qui se démènent depuis des années pour acheminer leur pétrole lourd vers le Golfe du Mexique et le Pacifique en faisant face à une opposition monstre, le Saint-Laurent est la voie royale.

Il est difficile d'expliquer la désinvolture et la légèreté avec laquelle Québec a décidé d'un trait de crayon de convertir notre fleuve en voie d'exportation du pétrole bitumineux. Suite à la tragédie de Lac-Mégantic, les Québécois sont en droit d'être informés et consultés sur toute question touchant le transport de pétrole en sol québécois. Quand on connaît l'attachement des Québécois à leur fleuve, on s'explique mal que leur gouvernement accorde un droit de passage à Suncor ou à d'autres pétrolières pour en faire une autoroute pétrolière sans même prendre le temps de les consulter ou de réaliser une évaluation environnementale.

Tout se passe ici comme si la catastrophe de Lac-Mégantic ne s'était jamais produite. Le gouvernement du Québec continue de banaliser les risques posés par l'augmentation du transport de pétrole en sol québécois. Le gouvernement du Québec n'a jamais soumis la question de l'exportation du pétrole albertain au test de la consultation du public. Et il choisit sciemment de créer un précédent en autorisant l'exportation par le Saint-Laurent avant la consultation qu'il a lui-même prévue pour l'automne et l'hiver prochains. Tout se déroule en fait comme si Québec avait déjà fait son lit et autorisé l'industrie à imposer son ordre du jour over our dead bodies.

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Le fleuve Saint-Laurent en images

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