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Qui crée la richesse au Québec?

23/11/2015 09:32 EST | Actualisé 23/11/2016 05:12 EST

Le saviez-vous ? Il existe deux catégories de personnes au Québec : ceux qui créent la richesse et ceux qui la dépensent.

La doctrine économique du gouvernement est très claire à cet égard : il faut d'abord créer de la richesse pour ensuite pouvoir investir en éducation, en santé, en environnement. Et comment crée-t-on de la richesse ? Par le libre-marché. Si vous travaillez dans le secteur privé, vous êtes créateur de richesse. Si vous travaillez pour l'État, des entreprises de l'économie sociale, des coopératives ou des organismes sans but lucratif, vous la dépensez.

Prenons quelques exemples :

Vous conduisez un camion de livraison de Coca Cola, vous créez de la richesse. Vous êtes chauffeur d'autobus scolaire, vous la dépensez.

Vous vendez des cigarettes dans un dépanneur, vous créez de la richesse. Vous faites de la prévention du tabagisme, vous la dépensez.

Vous êtes lobbyiste pour une compagnie pétrolière, vous êtes un créateur de richesse. Vous travaillez pour l'association des CPE, vous la dépensez.

Vous êtes ingénieur chez Bombardier, vous créez de la richesse. Vous formez les futurs ingénieurs à l'école Polytechnique, vous la dépensez.

Vous êtes vendeuse dans un magasin de chaussure au Carrefour Laval, vous créez de la richesse. Vous êtes enseignante au primaire, vous la dépensez.

Vous vendez des automobiles, vous créez de la richesse. Vous prenez le transport collectif, vous la dépensez.

Vous êtes garde de sécurité chez Garda, vous créez de la richesse. Vous êtes policier? Vous la dépensez.

Vous facturez 19% d'intérêt sur vos cartes de crédit, vous créez de la richesse. Vous travaillez dans une banque alimentaire, vous la dépensez.

Qu'est-ce qui distingue les créateurs de richesse de ceux qui la dépensent ? Le profit. La création de richesse est devenue interchangeable avec la notion de profit. C'est ce glissement qui permet au gouvernement du Québec de diminuer sans cesse les impôts des entreprises et de dire ensuite que les employés du secteur public, qui s'appauvrissent d'année en année, doivent «respecter la capacité de payer des Québécois».

Et si on posait la question différemment ? Si on prenait pour acquis que tous contribuent à créer la richesse au Québec ? Si l'enseignante de mes enfants, l'infirmière qui a pris mon fils dans ses bras quand il a été opéré, les médecins qui tentent du mieux qu'ils peuvent de prolonger la qualité de vie de ma grand-mère, les policiers qui risquent leur vie quotidiennement, les ambulanciers qui ramassent les blessés le long des routes, les intervenants communautaires qui soutiennent les plus pauvres, ceux qui aident les itinérants, les psychologues qui aident les familles en difficulté, si eux aussi créaient de la richesse ?

Et si les employés de l'État étaient aussi importants que ceux de Bombardier ou de Pétrolia ? Si le gouvernement enlevait ses œillères idéologiques ?

On aurait peut-être le début de quelque chose.

On pourrait se poser l'autre question : qui s'accapare la richesse au Québec ? Quelle est leur capacité de payer ? Combien de milliards cachent-ils dans des paradis fiscaux pour éviter de contribuer à créer de la richesse ici ? Et beaucoup de gens n'aimeraient pas les réponses. C'est pourquoi personne ne posera les questions.

On retournerait la table. On arrêterait de monter la population contre les employés de l'État qui tiennent le Québec à bout de bras pendant que le gouvernement démolit tout. On commencerait par bien payer ceux qui font le travail le plus important dans notre société: nos éducatrices en garderie, nos enseignantes, nos policiers, nos infirmières, tous ceux qui travaillent à créer une société éduquée, en santé, qui tentent de soutenir ceux qui sont laissés pour compte. Ceux qui créent la vraie richesse. Celle qui ne fuit pas dans des paradis fiscaux.

Si on se demandait vraiment qui crée la richesse au Québec, on se rendrait compte qu'on se fout de notre gueule.

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