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Péladeau, Legault, Couillard: trois nuances de gris

15/05/2015 09:48 EDT | Actualisé 15/05/2016 05:12 EDT

Francis Fukuyama l'avait prédit : la chute du bloc communiste annonçait la fin de l'Histoire. Dorénavant, un seul système de pensée régnerait sur l'avenir de l'Humanité. Nous y voilà. Avec l'élection de Pierre Karl Péladeau à la chefferie du Parti Québécois, le Québec a désormais trois leaders, Philippe Couillard, François Legault et Pierre Karl Péladeau qui partagent le même système de pensée et qui entendent soumettre les Québécois à trois nuances du même gris dominant. Bienvenue dans Three shades of Grey.

Les leaders des trois grands partis du Québec adhèrent à la même idéologie : il faut réduire la taille de l'État et baisser les impôts. Il faut démanteler les services publics que nous n'avons plus les moyens de nous payer. Les régions doivent produire des ressources naturelles ou mourir. Seules les entreprises créent de la richesse et tout doit être mis en œuvre pour elles. Ce qui est bon pour les entreprises est bon pour l'économie. Ce qui est bon pour l'économie est bon pour le Québec. Si les Québécois sont réfractaires à ce programme, c'est qu'ils sont irrationnels ou manipulés par des groupes d'intérêts, syndicats, associations étudiantes, écologistes et autres qu'il faut mâter. Fini la concertation : comme en entreprise, il n'y a qu'un seul boss.

Nous sommes à la fin de l'Histoire. L'offre politique québécoise est devenue tellement standardisée que lorsque les Québécois iront voter aux prochaines élections, ils se sentiront comme lorsqu'ils choisissent de faire le plein chez Shell, Esso ou Ultramar. Le même produit sous trois marques différentes. Ils voteront pour le parti qui leur offrira le meilleur programme de fidélisation ou simplement pour celui qui attirera leur attention au moment où ils devront voter. Désormais nous voterons comme on fait le plein le long de l'autoroute.

Nous entrons dans une ère d'austérité permanente où un savant dosage de précarité sociale, de propagande économique et de populisme politique conditionne le public à se résigner à voir disparaître ce qui a pris des années à construire. Précarité, propagande, populisme : le nouveau PPP pour manufacturer le consentement et implanter au Québec un nouveau conservatisme économique, le tout soutenu par deux empires médiatiques géants alors que la concentration des médias a atteint un niveau jamais connu dans notre Histoire. Il n'y a plus de citoyens, nous sommes des payeurs de taxes. Il n'y a plus de bien commun, il n'y a que l'intérêt individuel. Il n'y a plus d'État, il y a une entreprise de service.

On pourrait ironiser en affirmant que trois hommes riches issus du milieu des affaires travaillent à convaincre les Québécois que pour s'enrichir ils doivent adopter des mesures qui favorisent les hommes riches et les milieux d'affaires. On ne serait pas loin de la vérité. Ils se font compétition pour savoir lequel va baisser le plus les impôts, produire du pétrole le plus rapidement, avoir le plus long pipeline. Ils comparent leurs succès en affaires, leur capacité à imposer leur volonté. Ils jouent à celui qui est le plus fort, à celui qui est le plus près du peuple.

Mais aucun de ces candidats ne va demander aux banques de baisser les taux d'intérêt des cartes de crédit alors que les Québécois sont plus endettés que jamais auparavant et que les institutions financières génèrent des profits sans précédent. Aucun ne va augmenter les redevances minières, les taxes sur les gains de capital, les privilèges consentis aux institutions financières et aux compagnies pharmaceutiques, les subventions aux pétrolières. Aucun ne va dénoncer l'influence délétère des lobbys sur la politique. Tous parleront de création de richesse. Aucun ne parlera de la redistribuer.

Et en bons pères de famille, les trois leaders proposeront de couper dans tous les secteurs où les femmes occupent une place majoritaire : la santé, l'éducation, le communautaire, l'environnement. Exit les garderies à 7$ qui ont permis aux femmes de réintégrer le marché du travail et aux femmes monoparentales de sortir de la pauvreté. Pas les moyens. Les femmes tiennent le Québec à bout de bras depuis des générations, mais apparemment elles ne créent pas de richesse, elles la dépensent. Il est temps de passer aux vraies affaires. Parce que les affaires, il n'y a que ça de vrai.

Le Québec est convié à Three Shades of Grey. Il serait peut-être temps de remettre un peu de couleur dans toute cette grisaille et de signifier aux leaders de tous les partis que nous souhaitons faire de vrais choix plutôt que de jouer dans un mauvais film, les mains liées à l'idéologie conservatrice, sans notre consentement.

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