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La rentrée des classes, ou le festival de la congestion routière

29/08/2013 12:48 EDT | Actualisé 28/10/2013 05:12 EDT

Septembre est le mois de la rentrée. Pour les tout-petits, c'est le retour des autobus jaunes, des salles de classe et des cours de récréation. Pour les plus grands, c'est le début d'un marathon de conciliation travail-famille qui s'étirera jusqu'en juin, et de longues heures d'attente alors que des bouchons de circulation se forment partout autour de Montréal et de Québec. À chaque année, septembre est le mois de la congestion routière. C'est le jour de la marmotte pour des centaines de milliers de parents. Il faut s'armer de patience, partir plus tôt de la maison, revenir plus tard, et s'habituer à voir encore moins nos enfants.

Il y a une génération seulement, 70% des enfants se rendaient à l'école à pied et la plupart d'entre eux pouvaient dîner à la maison. Les parents travaillaient à proximité et pouvaient revenir eux aussi manger avec leurs enfants. Le monde a dramatiquement changé depuis ce temps. Nos villes se sont étendues alors que les banlieues se peuplaient de jeunes familles qui souhaitaient vivre le rêve de s'offrir une maison à prix abordable. Résultat: le parc automobile du Grand Montréal croit deux fois plus vite que la population, et plusieurs dizaines de kilomètres séparent aujourd'hui les parents des enfants. Seulement un tiers des enfants canadiens se rendent à l'école à pied et une grande majorité des enfants fréquentent les services de garde dès sept heures du matin jusqu'à 18h du soir. Le temps de déplacement a grugé le temps passé en famille.

Nous vivons aujourd'hui l'ère de la conciliation transport-famille

Une enquête de Statistiques Canada nous apprend que la durée moyenne des déplacements entre la maison et le travail dans la région de Montréal est de 31 minutes, la deuxième plus longue après Toronto. À Toronto comme à Montréal, la moitié des navetteurs mettent plus de 30 minutes entre le domicile et le travail et plus du quart prennent plus de 45 minutes.

L'enquête établit également des liens entre la durée des déplacements travail-maison et la qualité de vie. Plus le trajet est long, plus les gens ont le sentiment d'être pressés par le temps, plus ils sont portés à réduire leurs heures de sommeil, plus ils l'ont l'impression de s'enfermer dans la routine, moins de temps ils ont de temps libre pour s'amuser, plus ils trouvent difficile d'assumer leurs responsabilités domestiques, et le plus important: plus ils sont inquiets de ne pas consacrer assez de temps à leur famille.

Comment en sommes-nous arrivés à passer plus de temps derrière le volant qu'avec nos enfants?

Montréal a remporté en 2012 le titre peu enviable de ville la plus congestionnée en Amérique du Nord. Cette congestion occasionne des coûts économiques de 1,5 milliard $ par année, en plus de rendre le trajet de la maison au travail de plus en plus invivable. Pourtant, le Québec a investi plus de 15 milliards $ dans nos routes depuis 2008, mais moins de 3 milliards dans les transports collectifs. Avec un parc automobile qui croît deux fois plus vite que la population, jamais nous n'y arriverons.

Il est temps d'amorcer un virage, qui passe nécessairement par des investissements dans nos transports collectifs.

Selon la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, les investissements en transport collectif coûtent trois fois moins cher, et rapportent deux fois et demie plus d'emplois et de retombées économiques au Québec que le transport routier. Le transport collectif permet d'offrir des alternatives efficaces et peu coûteuses aux ménages québécois qui consacrent déjà en moyenne 18 % de leur budget en transport, un montant qui ne cesse d'augmenter avec la hausse du prix de l'essence. Il réduit efficacement la congestion routière. Par exemple, la voie réservée pour les autobus du pont Champlain transporte à elle seule autant de personnes soir et matin que les trois voies réservées aux automobiles. Finalement, il contribue à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, dont 45% proviennent du transport, et améliore la qualité de l'air et combat le smog, qui cause annuellement plus de 1500 décès prématurés à Montréal.

Notre modèle de transport est un cul-de-sac. Il est temps de soutenir un virage vers les transports collectifs, comme le font présentement Toronto et plusieurs villes nord-américaines, et d'offrir de véritables alternatives aux personnes qui doivent, soir et matin, affronter la congestion. C'est pourquoi une pétition citoyenne a été mise en ligne sur le site de l'Assemblée nationale. Elle réclame un milliard de dollars de plus par année en financement pour les transports collectifs. Un milliard pour donner un peu d'oxygène aux parents et aux familles qui dépendent d'un réseau routier complètement saturé et qui ne répond plus aux besoins du 21e siècle.

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