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Les misérables

23/06/2014 11:32 EDT | Actualisé 24/08/2014 05:12 EDT

Les temps sont durs au Québec. À entendre nos élites politiques et économiques, le Québec est devenu l'Albanie d'Amérique. Les Québécois sont des misérables, des quêteux qui vivent au-dessus de leurs moyens. Ils sont trop taxés et souffrent d'asphyxie économique chronique. Leur dette est astronomique et ils n'ont comme seul salut que leurs ressources naturelles. Le Québec est l'Albanie, nos bons penseurs veulent le transformer en nouvelle Alberta.

Mais dans les faits, est-ce que les choses vont si mal que cela au Québec ? Pas si sûr.

Selon une étude réalisée par les Nations-Unies et Gallup, les Québécois sont le deuxième peuple le plus heureux sur Terre, derrière les Danois et devant les Canadiens et les Américains. On dit aussi du Québec qu'il est « le paradis des familles » avec son régime de congés parentaux et ses garderies. En fait, on regarde le Québec partout dans le monde comme un endroit où il fait bon vivre.

Mais, nous dit-on, les Québécois sont pauvres et nous devons créer plus de richesse. Pourtant, le PIB per capita du Québec le place au 28e rang mondial, un niveau équivalent à ceux de la France, de l'Italie et du Japon. Pas si mal pour un pays de quêteux ! Plus encore, si on compare le revenu par habitant du Québec et des États-Unis, souvent montrés en exemple, on se rend compte que 99% des Québécois sont plus riches que 99% des Américains. Pourquoi ? Simplement parce que le 1% de la population américaine le plus riche s'accapare près de 30% des ressources du pays. Pas au Québec. Et ça en dérange plusieurs.

Mais le Québec est trop endetté ! Oui, c'est vrai. La dette du Québec était de 54,3% de son PIB en 2014... mais elle est en baisse depuis un sommet de 57,7% en 1998. Aux États-Unis... c'est 101,5% ! Et pour le ménage canadien moyen, le ratio d'endettement est de 164% ! Ces chiffres remettent l'endettement du Québec en perspective. La situation est loin d'être catastrophique.

Mais le Québec vit aux crochets de l'Alberta puisqu'il reçoit annuellement près de 8 milliards de dollars en péréquation. Mais on omet de dire que six provinces sur dix en reçoivent, et que le Québec reçoit moins de péréquation par habitant que quatre de ces six provinces. On oublie aussi de rappeler que l'Alberta a remporté le gros lot à la loterie géologique et que sa richesse repose sur des réserves de pétrole datant de plus de 200 millions d'années. On pourra en reparler dans vingt ans lorsque la rente pétrolière sera épuisée et que les profits auront quitté la province vers les 71% d'actionnaires étrangers qui ont fait mainmise sur son pétrole.

En un mot, on présente sciemment aux Québécois une image tellement négative et biaisée qu'ils en viennent à croire qu'il faut accepter l'injustifiable : le démantèlement de nos services sociaux, le bradage de nos ressources naturelles, la perte de contrôle de notre économie.

Ça va vraiment mal au Québec : nous sommes heureux, nous vivons au paradis des familles, et sommes plus riches dans l'ensemble que les habitants du pays le plus riche au monde. Nous avons l'un des meilleurs bilans d'émissions de gaz à effet de serre du monde industrialisé. Nous sommes riches de 500 000 lacs et 10 000 rivières, de forêts millénaires. Nous avons une culture magnifique, de l'imagination et de la détermination. Il faut être volontairement aveugle pour ne pas voir ces richesses, ces réussites.

Mais la qualité de vie, la beauté de nos paysages, la diversité de notre environnement, le bonheur de nos enfants, ne sont pas mesurés dans l'indice Dow Jones. Notre force collective non plus. Les Québécois ont fait et continuent de faire des pas de géant : en à peine deux générations nous sommes passés d'un peuple presque sans éducation à l'un des plus scolarisés au monde. Nous avons imposé notre langue, nous avons repris fierté en ce que nous sommes. Nous avons bâti une économie moderne qui nous appartient, et avons misé sur notre solidarité et notre différence pour nous faire connaître et nous faire reconnaître.

Nous avons toujours réussi lorsque nous nous sommes unis.

On nous dit aujourd'hui que nous ne sommes pas bons, que nous sommes faibles, que nous vivons au-dessus de nos moyens et aux crochets de l'Alberta. On nous dit que nous devons brader nos ressources naturelles au moins offrant, vendre ce que nous avons de plus précieux simplement pour payer l'épicerie. On nous dit que nous prenons de mauvaises décisions en nous donnant des services sociaux qui font l'envie de plusieurs. On nous dit surtout que le seul modèle possible pour les Québécois est de copier les voisins.

C'est la version moderne de ce qu'on a enseigné à mes parents : « on est nés pour un petit pain ».

En cette journée de Fête nationale, j'aimerais vous laisser sur une seule idée : nous avons toujours réussi lorsque nous nous sommes unis. Nous avons toutes les raisons d'être fiers de ce que nous sommes, de ce que nous réalisons. Le Québec n'est pas l'Albanie, et elle ne sera pas l'Alberta. Le Québec sera ce que nous déciderons d'en faire. Point.

Et ceux qui continuent de ne pas voir la vraie richesse du Québec, celle de ses gens, de sa nature et de sa culture, pour lui préférer des colonnes de chiffres, ceux qui continuent de croire que nous sommes moins bons que les autres, ceux-là, mes amis, sont les vrais misérables.

Parce que nous, nous sommes quelque chose comme un grand peuple dans un magnifique pays.

Bonne Saint-Jean !

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