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L'industrie pétrolière et gazière refuse de parler du climat

15/11/2013 12:56 EST | Actualisé 15/01/2014 05:12 EST

Ce billet de blogue est cosigné par André Bélisle, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique; Patrick Bonin, Greenpeace; Steven Guilbeault, Équiterre; Marie-Claude Lemieux, WWF - Fonds mondial pour la nature; Karel Mayrand, Fondation David Suzuki

Il y a deux semaines, un groupe de leaders environnementalistes a invité l'industrie pétrolière et gazière du Québec à discuter de l'incompatibilité de développer cette industrie au Québec tout en luttant contre changements climatiques. Notre proposition visait à permettre un débat sain sur l'énergie et le climat au Canada et au Québec et sur la nécessité de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. Notre but ultime : protéger le climat mondial d'un dérèglement grave et irréversible.

En nous basant sur la science du climat et sur les objectifs convenus internationalement de limiter à deux degrés l'augmentation de la température de la planète, nous avons lancé les questions suivantes dans une lettre ouverte au président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, Michael Binnion :

  1. Quelle est la position de votre association et plus largement de votre industrie sur la lutte aux changements climatiques ? Appuyez-vous l'instauration d'un mécanisme de prix sur les émissions de gaz à effet de serre ? Êtes-vous favorables à l'implantation de mesures de réduction de la consommation de pétrole ?
  2. Comment l'industrie entend-elle concilier l'augmentation de la production d'hydrocarbures avec la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 25% d'ici 2020 (par rapport à 1990) au Québec et au Canada, de plafonner les émissions mondiales d'ici 2020 et de les ramener à zéro en 2070 ?
  3. Votre association et votre industrie sont-elles prêtes à renoncer à l'exploitation de certains gisements de gaz et de pétrole et à la construction d'oléoducs pour assurer l'atteinte des objectifs de lutte aux changements climatiques ?

Cette invitation au dialogue a été refusée dans une lettre datée du 1er novembre, en plus de nous valoir une réponse enflammée de la part de monsieur Binnion sur le Huffington Post Québec. Une réponse dans laquelle le mot climat n'apparaît pas une seule fois. Cette fin de non-recevoir nous est incompréhensible, alors que les scientifiques affirment plus que jamais l'urgence d'agir et l'importance de conserver les combustibles fossiles sous terre si nous souhaitons éviter la catastrophe climatique, et au moment même où se déroule la conférence des Nations unies sur le climat et que les Philippines sont dévastées par le plus puissant Typhon à jamais avoir touché terre. Est-ce à dire que l'industrie pétrolière et gazière n'estime pas de sa responsabilité d'agir sur le dossier climatique ? La peur d'une action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre est elle si forte qu'on en vienne à censurer le mot climat lui-même ?

Les défis de notre temps ne disparaissent pas parce qu'on les nie ou qu'on refuse de les nommer.

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Une nouvelle parue la semaine dernière dans les journaux a permis de jeter un peu de lumière sur ce refus du dialogue. Selon des documents obtenus par Greenpeace en vertu de la loi d'accès à l'information, l'Association canadienne des producteurs pétroliers continue de s'opposer à l'instauration de mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La Presse nous apprenait, sur la foi de ces documents, qu'« alors qu'elle dépense des millions en publicité pour nous convaincre qu'elle se développe de manière responsable, l'industrie des sables bitumineux plaide en privé son impuissance à réduire sa pollution ». Reprenant un autre extrait des documents de l'industrie, Radio-Canada rapporte : « Est-ce que des exigences plus contraignantes auront des impacts sur la production et sur les revenus ? Très probablement ».

C'est donc dire que le refus d'un dialogue ouvert et transparent visant à trouver des solutions à la crise climatique qui frappe à nos portes est motivé par l'impuissance de l'industrie et par son refus de voir son développement ralentir et ses marges de profit diminuer.

Cela est regrettable. Les Canadiens s'attendent de l'industrie, du gouvernement, des scientifiques et des environnementalistes à ce que nous soyons capables de nous asseoir ensemble pour trouver des solutions qui permettraient de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de protéger notre climat et d'assurer la sécurité énergétique du Canada. Et cela implique une transition rapide et ordonnée vers des sources d'énergie à faibles émissions polluantes.

Si l'industrie pétrolière et gazière s'entête à refuser de faire partie des solutions, elle devra se résoudre à ce que les Canadiens et les Québécois considèrent qu'elle fait plus que jamais partie du problème.

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