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Économie: le Canada au fond du baril

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La campagne électorale fédérale se déroule alors que les nuages s'amoncellent sur l'économie canadienne. Suite à l'effondrement des cours du pétrole, l'économie canadienne a enregistré cinq moins consécutifs de décroissance. Si ce recul se prolonge un mois de plus, le Canada se retrouvera le seul pays du G8 à être en récession. Cette situation met en relief la vulnérabilité de notre économie et l'échec de la stratégie pétrolière déployée depuis 15 ans. La campagne électorale offre l'occasion de remettre en question notre modèle économique alors que le pays touche le fond du baril de pétrole.

Le journaliste Andrew Nikiforuk a qualifié l'effondrement de l'économie pétrolière canadienne de gigantesque déraillement de train au ralenti. Dans une entrevue au magazine Maclean's, un courtier de Wall Street a décrit l'économie canadienne en ces termes: « vous avez une économie de ressources naturelles qui vient d'éclater au-dessus d'une bulle immobilière. C'est un mélange toxique. » La Deutsche Bank soutient d'ailleurs que le marché immobilier canadien est surévalué de 63%. Le ralentissement de l'économie et la baisse des salaires risquent de faire éclater cette bulle immobilière alors que le ménage canadien moyen est endetté de 163,3%. En d'autres termes, la bulle pétrolière qui vient d'éclater a nourri une bulle immobilière, qui risque elle aussi d'éclater à tout moment.

Mais les problèmes de l'économie canadienne ne s'arrêtent pas là. Selon Bank of America Merrill Lynch, le Canada souffre du mal hollandais : la bulle pétrolière a fait augmenter la valeur du dollar canadien, rendant nos produits manufacturiers plus chers et moins compétitifs sur les marchés internationaux. Il s'est ainsi perdu 391 000 emplois manufacturiers au pays depuis 2006. Ces emplois ont été remplacés par des emplois dans le secteur de la construction, aujourd'hui menacés par le risque d'éclatement de la bulle immobilière.

L'effondrement du secteur manufacturier est manifeste au Canada. Depuis plus d'une décennie, le Canada s'est cantonné dans le rôle de fournisseur de ressources naturelles et de services. L'économie canadienne est aujourd'hui moins diversifiée et moins résiliente que par le passé. Elle est surtout plus vulnérable aux fluctuations du prix des matières premières. Alors que l'économie chinoise montre des signes d'essoufflement, la demande de matières premières diminue. Depuis le début de l'année, le Canada a cumulé un déficit commercial record de 13,6 milliards $.

Rien ne semble vouloir faire remonter les cours du pétrole à court terme : selon Goldman Sachs, le prix du baril de pétrole devrait se maintenir autour de 55$ pour les cinq prochaines années en raison d'une demande plus faible et de l'augmentation de la production, notamment aux États-Unis. Dans ce contexte, le pétrole des sables bitumineux qui a les coûts de production parmi les plus élevés au monde n'est plus concurrentiel. Il n'est donc pas étonnant que près de 60 milliards $ d'investissements aient été reportés dans les sables bitumineux, soit 30% de tous les investissements pétroliers reportés dans le monde pour les trois prochaines années. Une analyse de la firme Wood Mackenzie soutient que les investissements dans les sables bitumineux pourraient diminuer des deux tiers au cours des prochaines années. Les actions des projets des sables bitumineux de l'Alberta se sont effondrées de 70% au cours des sept dernières années. Selon l'ancien économiste en chef de la banque CIBC, Jeff Rubin, les oléoducs dont le gouvernement fédéral a tenté d'accélérer la construction n'ont tout simplement plus de raison d'être dans ce nouveau contexte économique. Les projets qui doivent les alimenter risquent simplement de ne pas voir le jour.

La stratégie pétrolière du Canada est un échec. Elle laisse le pays au seuil d'une récession, avec un secteur manufacturier qui n'est plus l'ombre de ce qu'il était, un déficit commercial record, des ménages surendettés et une bulle immobilière au bord de l'éclatement. Il est risqué de placer tous ces œufs dans le même panier comme nous l'avons fait depuis 15 ans. Notre pays est aujourd'hui à la merci des cycles de boom and bust qui caractérisent les économies trop dépendantes des ressources naturelles. Le réveil est brutal : le Canada se retrouve aujourd'hui au fond du baril, sans stratégie économique alternative. Que faire maintenant ? S'enfoncer encore plus dans le pétrole ou promouvoir une économie diversifiée, innovatrice et productive ? C'est à cette question que la présente campagne devra répondre et il appartiendra aux électeurs de trancher.

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