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Baisses d'impôts: un cadeau au 1%

23/02/2017 02:14 EST | Actualisé 23/02/2017 02:14 EST

Après une demi-journée de travail, le 3 janvier dernier à 11h47, les 100 dirigeants d'entreprises les mieux payés au Canada avaient déjà gagné le salaire moyen d'un travailleur canadien, soit 49 510$. Leur rémunération moyenne en 2015 a été de 9,5 millions de dollars, soit 193 fois le salaire du travailleur et de la travailleuse moyenne. Après trois années d'austérité, le gouvernement Couillard vient de leur consentir une baisse d'impôt.

Le gouvernement justifie cette décision par le besoin d'offrir au Québec le même cadre fiscal que d'autres juridictions, dans l'espoir d'attirer ici des entreprises et leurs dirigeants. La logique de la mondialisation est implacable : les entreprises et les acteurs de la haute finance menacent de déplacer leur argent là où les impôts sont les plus bas, les subventions les plus grasses, les paradis fiscaux les plus généreux. Ce chantage permanent force les États à consentir des privilèges toujours plus indécents à une classe mondialisée de cadres et d'entreprises qui contribuent de moins en moins au bien commun.

L'économiste Thomas Piketty a démontré dans son best-seller, Le Capital au XXIème siècle, que l'émergence d'une classe de super-cadres au sein de notre économie a été l'un des facteurs les plus importants de l'augmentation des inégalités dans nos sociétés. En 1995, la rémunération moyenne des 50 dirigeants d'entreprise les plus aisés au Canada était de 85 fois celle du travailleur moyen. En 2015, ils gagnaient 290 fois le salaire moyen d'un employé. À travers le monde, les inégalités sociales se creusent : le 1% le plus riche possède plus de richesses que 99% de la population mondiale. À eux seuls, les 62 personnes les plus riches possèdent plus que la moitié de l'humanité. Les paradis fiscaux permettent de cacher 7600 milliards de dollars, soit près de 10% de l'économie mondiale qui échappe à toute contribution sociale.

Pendant que les dirigeants se voient consentir toujours plus de privilèges fiscaux, nos enfants passent leurs journées dans des écoles pleines de moisissures, nos aînés mangent des patates pilées en poudre et ne reçoivent qu'un seul bain par semaine. Des gens vaillants et honnêtes doivent occuper deux, parfois trois, emplois à temps partiel pour joindre les deux bouts, ou simplement pour faire le paiement minimal sur des cartes de crédit à 19,5% de taux d'intérêt.

Le chauffeur d'autobus qui transporte nos enfants n'est pas moins important que le millionnaire.

C'est de là que le Trumpisme nous arrive : une colère contre un système de privilèges qui favorisent toujours les mêmes, le tout combiné à une propagande incessante qui soutient que ce sont les riches qui créent la richesse. Et sur cette base on a élu à la tête des États-Unis un homme qui ne paie pas d'impôts. Tout cela est faux. Les riches accaparent la richesse. L'infirmière ne crée pas moins de richesse que le médecin. Le travailleur de la construction ne crée pas moins de richesse que l'ingénieure. Le chauffeur d'autobus qui transporte nos enfants n'est pas moins important que le millionnaire. Tous ont droit à un traitement équitable.

Si seulement ces écarts de richesse étaient justifiés au plan économique. Mais ils ne le sont pas. De Thomas Piketty à Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, en passant par le Fonds monétaire international, un consensus a émergé ces dernières années pour affirmer que les inégalités sont présentement un frein à la croissance économique. En distribuant mal la richesse, en consentant des privilèges au 1%, en protégeant les paradis fiscaux, on retire de l'économie réelle des dollars qui stimuleraient la croissance économique et qui permettraient à tous d'aspirer à mieux. L'équation est simple : mille familles qui reçoivent 1000 dollars feront rouler l'économie locale beaucoup plus qu'un seul dirigeant qui recevra un million pour le placer dans un paradis fiscal.

La vraie richesse d'une société ne se compte pas par le nombre de Mercedes et de BMW qui roulent sur nos routes. Elle se compte par le nombre d'enfants qui ont de quoi manger avant d'aller à l'école le matin et qui réussissent leurs études. Le gouvernement du Québec semble l'avoir oublié. Il faudra le lui rappeler.

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