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Lutter contre les combustibles solides: une question de vie ou de mort

25/11/2014 09:01 EST | Actualisé 25/01/2015 05:12 EST

Cuisiner peut tuer. Voici le leitmotiv du sommet des fourneaux du futur organisé à New York le 20 et 21 novembre 2014 par l'Alliance mondiale pour les foyers améliorés (Global Alliance for Clean Cookstoves en anglais), une organisation à but non lucratif basée à Washington et soutenue par la Fondation des Nations unies.

Les quatre chiffres suivants mettent en lumière la nécessité d'aborder au plus vite le problème de l'obtention de fourneaux propres - une thématique cruciale liée à la santé et à l'environnement.

4.3 millions de morts

Chaque année, 4,3 millions de personnes meurent prématurément, car elles sont exposées à la fumée des fourneaux traditionnels, selon les statistiques de la AMFA. L'organisation a pour objectif l'adoption de fourneaux et de carburants propres dans 100 millions de foyers d'ici 2020.

« Nous croyons que cuisiner ne devrait pas tuer, » a déclaré Kathy Calvin, la présidente et directrice de la Fondation des Nations unies lors de l'ouverture du sommet des fourneaux de l'avenir à New York.

Pourtant, la fumée produite par les combustibles solides, tels que le fumier de vache, le bois et le charbon, constitue la quatrième cause de mortalité dans le monde, dépassant ainsi les morts attribuables au VHI, au paludisme ou à la tuberculose.

L'étude du fardeau mondial des maladies (Global Burden of Disease Study en anglais) a estimé en 2010 que l'exposition à la fumée produite par le simple acte de cuisiner est le quatrième facteur de risque de maladie dans les pays en développement. Cette fumée engendre des problèmes de santé aigus tels que la pneumonie infantile, le cancer du poumon, des maladies cardiaques ainsi que des dangers pendant la grossesse.

« C'est un problème important et il est impensable que nous ne nous soyons pas penchés dessus plus tôt, » a souligné Kris Balderston, Directeur général chez Fleishman Hillard, une agence de communication américaine, lors d'un entretien exclusif le 20 novembre 2014. M. Balderston a été un représentant spécial au sein du bureau du secrétaire d'État des États-Unis.

90% des viols au Tchad se produisent lorsque les femmes collectent des combustibles

Dans de nombreux pays en développement, tel que le Tchad, les femmes sortent tôt le matin pour ramasser du bois afin de cuisiner et de chauffer leur foyer. Cette situation les expose à de multiples violences humaine et animale. Il y a davantage de dangers dans les camps de réfugiés, car les femmes collectent des combustibles en dehors du camp. Dans les sociétés traditionnelles, cuisiner et collecter du carburant demeurent en grande partie la responsabilité des femmes, car elles sont en charge de leur foyer.

L'obtention de fourneaux propres « est une question d'habilitation des femmes, » a dit M. Balderston. En effet, le manque d'accès des ménages à l'énergie propre empêche les femmes d'obtenir une éducation dans les pays les moins développés. Les filles sont forcées d'abandonner l'école ou sont souvent en retard, car elles doivent recueillir du carburant, a souligné Radha Muthiah, Directrice exécutive de la AMFA lors d'une rencontre exclusive organisée par la Fondation des Nations unies le 22 septembre 2014 à New York.

Acquérir des fourneaux qui ne polluent pas et ne menacent pas la santé « n'est pas seulement un sujet de cuisine: les femmes ont également la possibilité de commercer, car elles ont des poêles et peuvent donc créer une petite entreprise, les vendre et gagner de l'argent », a déclaré Lawrencia Laraba-Mallam, ministre de l'Environnement du Nigeria, lors du sommet le 20 novembre 2014.

Les fourneaux traditionnels polluent jusqu'à 100 fois au delà des limites fixées par l'OMS

De même que les feux ouverts, les fourneaux à bois rudimentaires - qui sont généralement utilisés dans les pays d'Afrique, d'Asie du Sud-est et d'Amérique latine - émettent des particules fines ainsi que du monoxyde de carbone. Cela constitue une menace grave pour la santé.

De plus, les pays en développement consomment plus de 500 millions de tonnes de bois de feu non renouvelable chaque année afin de cuisiner et de se réchauffer. Trois milliards de personnes utilisent chaque année des fourneaux traditionnels qui polluent considérablement.

« La fumée produite par la cuisson exacerbe la menace directe du dérèglement climatique, » a déclaré Mme Calvin lors du sommet des fourneaux du futur le 20 novembre 2014. En outre, brûler des combustibles solides revient à respirer la fumée de 400 cigarettes en une heure, a expliqué Kirk Smith, Professeur de santé publique à l'université de Californie, Berkeley, lors d'une réunion organisée par la Fondation des Nations unies le 19 novembre 2014.

Les fourneaux traditionnels augmentent de 50% les émissions de noir de carbone de la planète

L'on estime que le noir de carbone, qui résulte de la combustion incomplète, augmente de 25 à 50 pour cent le dioxyde de carbone à l'échelle mondiale, a affirmé Mme Muthiah.

L'utilisation de fourneaux polluants et inefficaces représente également une menace pour la biodiversité. La quantité importante de bois qu'ils nécessitent épuise les forêts. Cela affaiblit les sols, entraîne des glissements de terrain et détruit les terres fertiles pour l'agriculture.

Kamilia Lahrichi est une correspondante étrangère basée en Argentine qui couvre les affaires internationales en anglais, français, espagnol et arabe. Elle est récipiendaire de la bourse de presse de la Fondation des Nations unies à New York.

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