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Pour des stages rémunérés en éducation

09/03/2017 06:15 EST | Actualisé 09/03/2017 09:36 EST

Depuis plus de cinquante ans, les étudiants en sciences de l'éducation participent à des stages, et ce, bénévolement. Les stagiaires prennent en charge des classes qui sont composées de petits individus en soif de savoir et d'amour. Ils créent du matériel afin de répondre aux besoins d'apprentissage des élèves, ils correspondent avec les parents, ils travaillent de pair avec les membres de l'équipe-école et, enfin, ils doivent répondre aux différentes attentes du stage. En soi, ils agissent au même titre que l'enseignant à qui ils sont associés. Dès lors, une réforme s'impose surement afin de reconnaitre le rôle des stagiaires en milieu scolaire.

On dit que les milieux où la rémunération est inexistante sont principalement des emplois féminins. Ces dernières revendiquent depuis déjà longtemps le droit à l'équité salariale. Actuellement, il ne devrait plus avoir de discrimination en ce qui concerne l'égalité des femmes, du moins, au Québec. Ainsi, est-ce que des stages rémunérés feraient en sorte que le milieu de l'éducation soit mieux considéré sur le plan de la hiérarchie sociale ? Peut-être. Malgré tout, il faut comprendre que les stages qui ne sont pas rémunérés sont principalement d'ordre public. Contrairement aux ingénieurs ou aux comptables, par exemple, les stagiaires en enseignement travaillent dans des milieux pour la plupart publics. Alors que ces stagiaires suivent les traces de leur maitre associé, les stagiaires en ingénierie ou en comptabilité, encore une fois, répondent à un besoin du milieu dans lequel ils sont engagés. Il faut comprendre que ces stagiaires ne remplacent pas un autre employé, mais qu'ils sont engagés pour faire une certaine tâche qui nécessite un employé spécifique. La classe qui accueille un stagiaire n'était pas dépourvue d'un enseignant. Celui-ci continue à vaquer à ses occupations en amenant le stagiaire à prendre exemple sur lui. D'un autre côté, il est stipulé dans certaines commissions scolaires que les écoles, qui recherchent un enseignant pour pourvoir un poste, peuvent engager un stagiaire, de stage 4, lorsqu'il n'y a personne de plus qualifié pour prendre le poste.

De plus, les stages sont inscrits dans le cheminement scolaire. Ainsi, il s'agit d'une formation aussi importante que les cours théoriques. Il faut donc payer ses frais relatifs aux cours reliés à l'université ainsi qu'aux stages. Compte tenu du fait que les étudiants en éducation vivent la vie d'un enseignant pendant dix semaines, notamment au dernier stage de la formation, il est impensable qu'ils puissent travailler à l'extérieur de la plage horaire de leur stage. Aller à l'école a toujours été considéré comme une « job à temps plein ». Toutefois, ce n'est pas ce qui est le plus payant. Plusieurs des étudiants sont aussi parents ou ont d'autres responsabilités. Puis, ce qui est surtout oublié, c'est qu'un enseignant ne travaille pas de « 9 à 5 ». Il faut toujours continuer à penser aux différents aspects de la profession. La planification et la conception d'activité prennent beaucoup de temps personnel. Donc, imaginez des stagiaires qui, en plus, doivent aussi remplir des documents universitaires afin de répondre aux exigences du stage.

La société se donne le droit de justifier ou de critiquer les changements faits en éducation sans omettre d'attaquer personnellement les professionnels à qui, pourtant, elle confie leurs enfants.

L'enseignement a toujours été le problème de tous. La société se donne le droit de justifier ou de critiquer les changements faits en éducation sans omettre d'attaquer personnellement les professionnels à qui, pourtant, elle confie leurs enfants. Elle considère « qu'il ne faut pas la tête à Papineau pour faire de la suppléance » lit-on, sur les réseaux sociaux, et que, pour cette raison, il est très normal que les étudiants au baccalauréat en éducation puissent faire de la suppléance après avoir réussi trente crédits universitaires, soit avoir accompli la première année du baccalauréat. Bien que ces étudiants fassent déjà de la suppléance, ils ne sont pas suffisamment formés pour être rémunérés lors des stages. Il est possible d'en douter.

Le salaire accordé au stagiaire répondrait-il réellement à une problématique ? Avec les protestations vécues il y a à peine un an, il faut se questionner sur la pertinence d'une telle réclamation. Bien que les enseignants ont été entendus, ils ne sont pas sortis de leurs négociations la tête tellement haute. Cette année, lorsque vous entrez dans les écoles, vous voyez les mêmes enseignants avec la même fatigue et les mêmes questionnements. Sont-ils réellement reconnus dans la société actuelle ? Plusieurs vous diront que l'éducation est à la base même d'une société. Les gens ne savent pas ce qui se passe dans les écoles. Ils ne savent pas ce qu'implique une carrière en enseignement. Pourtant, c'est un autre débat.

Un salaire pour les stagiaires en éducation est-il souhaité ? Certainement. Toutefois, ces enseignants qui disaient être fatigués, en manque de ressources, qui ne se sentaient pas épaulés, accueillent des stagiaires pour l'éducation des futures générations. Les mêmes à qui ils souhaitent davantage de ressources. S'il est possible de payer les stagiaires, il est possible de penser à de plus grands budgets dans les écoles pour des ressources matérielles et humaines. En effet, à quand des éducateurs spécialisés en classe ? Ils sont souvent réservés aux classes d'adaptation scolaire, mais il est évident que les classes, dites ordinaires, ne sont pas composées seulement d'enfants neurotypiques. Aussi, les recherches présentent qu'il est préférable d'avoir des orthopédagogues dans les classes. Les apprentissages se transfèrent plus facilement parce que tous les élèves d'une classe bénéficient d'interventions de la part de l'enseignant et de l'orthopédagogue. Toutefois, rares sont les orthopédagogues qui vont dans les classes même s'il est primordial que leurs interventions ne soient pas uniquement auprès des élèves en grandes difficultés. Cependant, les écoles sont dépourvues de budgets pour répondre à ces besoins réels. Enfin, la rémunération des stagiaires semble tout de même être comparable à ces déficits.

Finalement, une révision sur les priorités en éducation s'impose où d'autres aspects restent à traiter. En effet, qui devrait « engager » ces stagiaires dans le but de les rémunérer ? Il est inconcevable de favoriser un aspect en oubliant les intérêts principaux d'un enseignant, soit, l'instruction, la qualification et la socialisation de ses élèves. Les futurs enseignants revendicateurs aujourd'hui seront, sans doute, ceux qui revendiqueront les conditions dans lesquelles les enseignants travaillent tantôt. Cette cause ne doit pas devenir personnelle. Elle se doit d'être sociale pour les futures générations d'enseignants dévoués à leur profession et aux élèves qui visiteront leur classe le temps d'une année scolaire.

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