Julie Neveux

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Les commentaires sur Internet: expression démocratique ou tyrannie de l'opinion?

Publication: 19/08/2013 23:44

Un nouveau système de communication s'est imposé ces quelques dernières années, dont le pouvoir ne cesse de se développer : les commentaires sur le Net. Ai-je envie d'aller au restau, au théâtre, à l'hôtel? Je file sur tripadvisor, billetreduc, ou bien d'autres sites encore dont le monopole terrorise les acteurs du secteur tertiaire, mais ravit les consommateurs.

Car, a priori, quoi de plus utile que l'avis de vrais utilisateurs avant de vider son porte-monnaie? de Mr Chose dont le frigo XXXX a vraiment claqué entre les doigts au bout de deux mois, de Melle Machin selon qui la douche de l'hôtel 5 étoiles sentait le vomi, et de Madame Truc que la comédie réputée hilarante n'a pas fait rire une seule fois?

Certes, vous et moi sommes conscients, au fond, que Mr Chose et Melle Machin n'ont sans doute pas du tout le même avis que vous et moi, que les expériences et perceptions sont subjectives: si l'une sent le vomi dans sa douche, peut-être y sentirai-je l'essence volatile et précieuse de la rose ; si Madame Truc n'a pas ri, peut-être serai-je, moi, effondrée comme une baleine pendant une heure et demie.

Mais, en bon peuple cartésien que nous sommes, on imagine que "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée" (Descartes poursuit pourtant avec ironie "car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont", Discours de la Méthode); et on fait confiance à la majorité des opinions qui se dessine. Si plus de 80% des commentaires sont favorables, le produit en vaut sans doute la peine? Oui, mais cette majorité est-elle représentative? Quid de celui qui a vraiment détesté? Celui-là, dont la plume est acerbe, instille le venin du doute, et en décourage beaucoup..

Tous les hôteliers, restaurateurs et dramaturges avouent trembler à la lecture d'un nouveau commentaire. J'ai joué une pièce sept mois d'affilée: le public, 99 fois sur 100, était hilare; à la sortie du théâtre, ils étaient nombreux, enthousiastes, à me serrer à la main et à dire qu'ils parleraient en bien de la pièce... Le lendemain, seul le mécontent assis dans un coin sombre du public consignait son avis.

C'est naturel, le désaccord motive davantage que l'harmonie, qui s'éprouve et s'oublie. Demain est un autre jour. Heureusement que les consommateurs ne savent pas à quel point, aujourd'hui, dans ce nouveau système de com, leur avis compte pour nous. Ils en seraient gênés, responsabilisés à l'excès.

Quand on écrit des billets sur Le Huffington Post, on le sait pertinemment: les mécontents ont le verbe bien plus réactif que les autres. Et pourtant, c'est là que le bât blesse, on se réjouit de les avoir, ces commentaires, on les veut, même s'ils font mal. Car ils prouvent qu'on a été lu. Les commentaires, comme les applaudissements à la fin d'une pièce, valent salaire (quand il n'y en a pas d'autres) et récompense. Ils prouvent qu'on existe, et que notre existence est "bankable", puisqu'elle fait trace (crée réaction) sur le médium le plus visible. C'est là que le système est pervers. On le redoute autant qu'on en a besoin. L'indépendance d'un auteur s'arrête quand il recherche les commentaires. Sur billetreduc, ils peuvent signer l'arrêt de mort d'une pièce, ou favoriser son succès ; puisque le même site est parmi les premiers revendeurs de billets de théâtre en France aujourd'hui.

D'après une charmante hôtelière rencontrée dans le Verdon, certains commentaires proviennent sans doute d'entreprises basées à Madagascar dont les petites mains tapent des avis en toc à la chaîne. Alors, Monsieur Truc et Melle Machin, vrais salariés malgaches simulant de fausses expériences de consommation?

Les commentaires sur le Net sont-ils les signes précieux d'une pratique démocratique ou manifestent-ils la tyrannie de l'opinion exprimée? Pour les consommateurs de produits touristiques, culturels ou autres, expression démocratique certes, mais partielle ; car eux aussi subissent alors ce que John Stuart Mill (De la Liberté) appelle la "tyrannie de la majorité", qui est un abus de pouvoir contre lequel toute démocratie viable doit lutter.

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