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Cancer du Sein et Facebook?

27/02/2017 12:28 EST | Actualisé 27/02/2017 12:30 EST

Dans le cadre de mon travail, j'ai le privilège de recevoir beaucoup de confidences et j'ai la chance de participer à des discussions vraiment significatives et profondes. Dernièrement, je discutais avec une de mes clientes, chez Studio Équilibra.

Bien que chaque femme vit à sa façon le diagnostic de cancer du sein et les traitements, certaines situations reviennent. Une de ces situations est celle-ci : une fois que nous sommes entraînées, bien malgré nous, dans l'aventure du cancer du sein, notre entourage est inquiet. C'est bien normal. Les personnes qui nous aiment veulent savoir ce qui nous arrive, ce qui va suivre, comment elles peuvent nous aider, etc. Une fois que nous avons raconté le début de l'histoire, les gens veulent savoir la suite : les résultats des examens, ce que le médecin a dit, ce que ça change dans le plan de traitement, comment on vit tout ça...

La plupart des femmes apprécient ces attentions. Le contraire, soit peu d'intérêt, ne serait vraiment pas aidant. Par contre, il y a une observation qui revient très souvent lors de mes discussions avec ces femmes. Après un certain temps, il devient difficile de donner des nouvelles à tout le monde. Et cette difficulté s'exprime à plusieurs niveaux :

C'est difficile au niveau du temps:

Garder tous nos contacts au courant demande du temps. Il faut se souvenir des informations déjà données à chaque personne, puis raconter la suite. Dans une journée, si on le fait avec une personne, ça va. C'est quand il faut le faire à répétition avec plusieurs personnes que ça devient exigeant.

C'est difficile au niveau de l'énergie:

Parler de ce qui nous arrive fait du bien. Je le sais, je suis passée par là. Mais quand on raconte notre histoire pour la Xième fois, ça n'apporte plus le réconfort initial. Et ça draine de l'énergie. On entend les inquiétudes des autres et on sent le besoin de les rassurer.

Oups... Voilà que subtilement, les rôles s'inversent... Les gens nous parlent et nous téléphonent pour nous aider, mais à un certain moment, c'est souvent la femme touchée par le cancer du sein qui rassure l'autre personne. Résultat : l'autre personne est effectivement rassurée, mais en terminant la conversation, la femme touchée par le cancer du sein se sent parfois vidée d'énergie. Sans compter qu'elle se remet à penser à sa situation et à devoir gérer la peur à nouveau.

C'est difficile au niveau émotif:

Imaginez l'impact d'un diagnostic de cancer. L'inconnu face aux traitements. La peur face à ce qui nous attend. Cette peur, viscérale, nous devons la dompter pour vivre au mieux cette aventure. C'est à tous les instants qu'il faut se parler, se donner confiance, se relaxer. J'aime les images et je me disais parfois que c'est comme un château de cartes. Que l'on bâtit, avec beaucoup de temps et d'attention, mais que l'on sait fragile. Alors quand une personne, même bien intentionnée, pose une question très indiscrète, ou nous raconte la tournure des événements pour d'autres femmes touchées par le cancer du sein (c'est comme les histoires d'accouchement, ça! À la veille d'accoucher, ça nous fait plus de peur que de bien!), il arrive parfois que notre château de cartes construit au fil du temps s'écroule en quelques secondes. Après une conversation, il faut parfois rebâtir ce château de cartes à partir de zéro...

Et parfois aussi, notre confiance est ébranlée. Il devient alors plus difficile de la rebâtir, et pourtant, il le faut, car c'est l'espoir qui nous propulse. Il arrive également un moment où on y croit moins et où la peur reprend le dessus. À ce moment, il devient encore plus difficile de rassurer les autres, surtout s'ils nous connaissent bien. Quand ces situations se répètent, jour après jour, ça peut devenir lourd.

Maintenant, vous devez vous demander le lien avec le titre? Avec Facebook?

Je vous explique...

Lorsque j'ai été touchée par le cancer du sein, j'avais trouvé une solution bonne pour moi. J'envoyais des courriels de groupe. J'avais expliqué à mon entourage ce que je viens d'expliquer ci-haut. Lorsque j'en avais envie, j'écrivais un courriel avec les informations que je voulais bien partager. Tout le monde pouvait ainsi avoir des nouvelles, régulièrement, pendant que moi, je me concentrais sur la meilleure façon de vivre cette expérience difficile (et que je fortifiais mon château de cartes). J'ai aussi utilisé Facebook pour donner des nouvelles, mais puisque je le faisais sur ma page personnelle, je donnais des informations plus générales.

Tout le monde pouvait ainsi avoir des nouvelles, régulièrement, pendant que moi, je me concentrais sur la meilleure façon de vivre cette expérience difficile.

Je reviens à la conversation avec ma cliente. Dans son cas, sa fille lui a ouvert un groupe Facebook privé. Vive l'évolution! Dans ce type de groupe, on accepte et on sélectionne les personnes à qui on donne l'accès. Pour cette raison, on peut se permettre de donner plus de détails... Cette dame disait qu'elle allait sur la page quand elle le voulait, écrivait quand l'inspiration se pointait et surtout quand elle avait le temps et que l'énergie était au rendez-vous. Cette façon de faire lui permettait aussi de répondre aux commentaires au moment de son choix.

Ce dernier point peut sembler anodin, mais il est tellement important! Je vous donne un exemple. Il arrive que dans les moments plus pénibles, notre peur soit plus difficile à dompter. On peut y mettre de l'énergie pendant des jours, à jongler avec les pensées plus inquiétantes. Et parfois, un soir où on écoute de la musique ou un film, ou qu'on arrive à s'évader dans un bon livre, ça fait vraiment du bien... La peur se calme... Si à ce moment le téléphone sonne, que l'on doive raconter notre histoire à nouveau et prendre le temps de rassurer les gens, il arrive souvent que le petit hamster se remette à tourner dans notre tête. Avec une énergie folle. Juste au moment où on doit penser à aller dormir. Voilà que le but de l'appel, bien intentionné, passe complètement à côté de la cible.

Je tiens à mentionner que le but de ce billet est d'expliquer une réalité rapportée par plusieurs femmes. L'entourage des personnes touchées par le cancer comprenant mieux la situation, tout le monde peut s'ajuster.

Si vous êtes touchés par le cancer, je vous invite à partager comment vous avez vécu cette situation.

J'ai hâte de vous lire!

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