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Le cannabis sera légalisé

04/01/2014 06:33 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

La prohibition du cannabis a assez duré : le Colorado, l'État de Washington et l'Uruguay viennent d'ailleurs d'y mettre fin. D'autres juridictions suivront au cours des prochaines années. Les citoyens comment sur ce sujet à se réveiller, comme l'indiquent plusieurs sondages récents : un nombre rapidement croissant d'individus jugent cette prohibition rétrograde et irrationnelle, parce que trop irréaliste, inhumaine et coûteuse.

Les raisons de souhaiter une légalisation sont nombreuses et déjà largement connues. Il faut simplement les reprendre et les reformuler, et les répéter jusqu'au jour où le cannabis sera enfin légalisé. Voici donc les quatre principales raisons de désirer une légalisation contrôlée de son usage récréatif, par-delà l'usage médical déjà autorisé :

1) Légaliser le cannabis stimulerait l'économie légale et enrichirait l'ensemble de nos sociétés, en transformant un vaste marché noir, ne bénéficiant qu'à quelques-uns, en marché légitime bénéficiant à tous, via sa soumission aux règles et taxations normales de toute économie développée. Les consommateurs et producteurs de cannabis contribueraient enfin officiellement à faire progresser ce fameux PIB si cher à nos économistes. Une industrie florissante et multimilliardaire de la marijuana et du chanvre créerait une multitude d'emplois et des centaines d'entreprises dûment incorporées payant permis, loyers, comptables et impôts comme tout commerce légitime. Ces prélèvements permettraient notamment aux États d'injecter de nouveaux capitaux dans les systèmes de santé ou d'éducation. Cette industrie deviendrait ainsi source d'enrichissement et d'épanouissement tant collectif qu'individuel. Il s'agit ici de l'avantage le plus lourd de retombées bénéfiques récurrentes.

2) Légaliser le cannabis mettrait fin à une incohérence flagrante du Code criminel, en empêchant que des individus ne se voient attribuer un casier judiciaire pour quelques grammes ou plants de marijuana. Ces personnes n'auraient plus à vivre avec le boulet, trop lourd considérant la nature du délit, d'un casier judiciaire rebutant pour la plupart des employeurs. Ces individus, jeunes pour la plupart, n'auront plus à souffrir toute leur vie à cause d'une « erreur de jeunesse » pour un crime qui ne devrait pas même exister. La peine est ici disproportionnée et manifestement cruelle. C'est pourquoi on peut parler d'incohérence flagrante. Cette peine trop sévère nuit d'ailleurs à la réputation du système de justice dans son ensemble. La criminalisation du cannabis donne l'impression d'un système inégal et erratique, avec des crimes légers trop sévèrement punis, et des crimes graves trop légèrement punis. Une impression qui alimente le cynisme et le ressentiment de la population envers les professions associées au fonctionnement de l'État de droit : procureurs, juges, policiers, législateurs, etc.

3) Légaliser le cannabis permettrait aux corps policiers de se concentrer sur des crimes autrement plus sérieux. La lutte au cannabis apparaît en effet, et de plus en plus, être une perte de temps et un véritable gaspillage de ressources policières. Utilisons une image : s'attaquer à une plante qui finira toujours par repousser revient à vouloir vider l'océan un verre d'eau à la fois. Le côté franchement ridicule de la chose doit être souligné. La criminalisation du cannabis fait ainsi figure, pour plusieurs, de manœuvre de diversion. Elle donne l'impression qu'on s'attaque de préférence aux petits drogués plutôt qu'aux grands fraudeurs. C'est plus facile ! L'ordre normal des priorités semble par conséquent inversé et bien des gens, encore ici, accuseront le « système » dans son ensemble et ses représentants en particulier. Bien des juges et de nombreux policiers en ont sans doute d'ailleurs assez de combattre en vain cette substance moins nocive que l'alcool. Ils auraient d'autres chats à fouetter : trafic d'êtres humains, GHB, prédateurs sexuels, corruption, contrefaçon, violence domestique...la liste sera toujours assez longue.

4) Légaliser le cannabis permettrait à l'État d'épargner des millions, année après année, en frais d'administration du système de justice. Toute une foule d'individus cesserait d'alimenter l'engorgement dudit système, qui aurait grand besoin d'être enfin désengorgé afin de limiter certains délais aujourd'hui trop longs. La légalisation du cannabis serait ainsi une mesure concrète de conservatisme fiscal et de saine gestion du capital administratif étatique. L'État épargnerait aussi en n'ayant plus à défrayer les coûts d'emprisonnement liés à une activité relevant davantage du jardinage que de la criminologie.

D'autres raisons et d'autres faits militent en faveur d'une légalisation contrôlée, mais ces quatre arguments sont cardinaux. Des arguments qu'il faut reprendre et répandre contre les préjugés et les campagnes de désinformation des partisans du statu quo...car non, le consommation de cannabis ne sera pas tolérée dans les écoles, les restaurants ou les autobus, et non, consommer du cannabis ne conduit pas à consommer de l'héroïne. Arrêtons de vouloir faire peur aux grand-mères ! Mourir d'une surdose de marijuana, c'est impossible, chère madame...

Le cannabis sera un jour légalement commercialisé pour le plus grand bien de tous les citoyens, consommateurs ou non : la démographie et les sondages pointent clairement dans cette direction. Deux tiers des citoyens canadiens souhaitent maintenant la fin de la prohibition. Ce n'est donc plus qu'une question de temps. L'approche rationnelle et tolérante finira par triompher.

Légaliser le cannabis: pour ou contre?

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