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Accès aux services en orthophonie: trop d'enfants sur les listes d'attente

07/02/2014 12:37 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

Ce texte est cosigné par Judith Labonté, orthophoniste et représentante des orthophonistes de la Fédération des professionnèles de la CSN; Anne-Laure Gille, orthophoniste et représentante du comité secteur public de l'AQOA; Marie-Claude Rousseau, orthophoniste et vice-présidente de l'AQOA.

Nous sommes trois orthophonistes qui côtoyons au quotidien des enfants d'âge préscolaire aux prises avec des difficultés de langage importantes.

Prenons le cas réel de celle que nous appellerons Rosalie, pour les besoins de la cause. Le niveau de langage de Rosalie, qui a quatre ans, correspond à celui d'un enfant de moins de deux ans. Rosalie s'exprime avec des mots très simples. Les seules consonnes qu'elle peut produire sont «t», «m» et «p». Elle peut aussi prononcer quelques voyelles. Lorsqu'elle désire un objet, il arrive régulièrement à Rosalie de crier et de le pointer du doigt. À la garderie, elle est un peu en retrait et joue peu avec les autres enfants. Elle a aussi du mal à comprendre les histoires que raconte l'éducatrice à tout le groupe. Les parents de Rosalie sont très inquiets. Elle commence bientôt l'école. Que va-t-il se passer? Sera-t-elle capable de suivre en classe? Arrivera-t-elle à se faire des amis, à converser avec les autres, à apprendre à lire et à écrire?

Ils ne sont pas les seuls à vivre cette situation. Au Québec, on estime qu'environ 15 % des enfants d'âge préscolaire et scolaire présentent des retards ou des troubles de la communication. En 2009, à Montréal, 21 261 enfants âgés de 0 à 5 ans présentaient une vulnérabilité reliée au langage et avaient besoin de services en orthophonie. Malheureusement, l'attente pour rencontrer une orthophoniste dans le réseau public de la santé au Québec est souvent très longue, celle-ci pouvant aller jusqu'à 18 mois. Dans le privé, les parents doivent débourser environ 100 $ pour une séance d'une heure. Pour bon nombre d'entre eux, c'est hors de prix.

Ces statistiques sont préoccupantes, d'autant plus que le développement du langage est primordial pour acquérir de bonnes habiletés sociales et pour l'apprentissage scolaire. Les enfants qui éprouvent des difficultés de langage sont plus susceptibles de manifester des problèmes de comportement, de rendement scolaire et d'adaptation sociale, lesquels persistent souvent jusqu'à l'âge adulte. De telles difficultés en bas âge sont de plus un facteur de risque accru pour les troubles de santé mentale et la faible employabilité à l'âge adulte.

Peu de mesures ont été mises en place pour tenter de régler le manque d'accessibilité aux services en orthophonie par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Malgré ces efforts, il existe toujours un problème récurrent de listes d'attente en orthophonie dans de nombreux établissements au Québec. Où est le problème? La pénurie d'orthophonistes qui régnait il y a quelques années n'est plus puisque les finissants et finissantes sortent de plus en plus nombreux des universités québécoises.

En fait, cette situation est en grande partie causée par le nombre restreint de postes d'orthophonistes dans le secteur public de la santé. L'offre de service en orthophonie est dépendante de la volonté des gestionnaires des établissements, puisqu'il n'existe pas de budget de développement spécifiquement attribué aux soins en orthophonie. Lorsque ce budget est accordé par les établissements, il a, le plus souvent, fait l'objet de choix entre plusieurs disciplines.

Le gouvernement du Québec doit attribuer des enveloppes réservées à l'ouverture de postes pour les orthophonistes dans le réseau de la santé et des services sociaux. Il en va de l'accès aux services en orthophonie et d'une meilleure qualité de soins. Il en va de l'égalité des chances pour tous les enfants du Québec.

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