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Reconstruire la machine à perdre

20/11/2016 08:00 EST | Actualisé 20/11/2016 08:00 EST

Le chef du Parti québécois est probablement celui des quatre siégeant à l'Assemblée nationale qui a davantage le profil d'un chef d'État. Posé, brillant, bon orateur et surtout, possédant un bagage politique et journalistique peu commun - Lisée est un adversaire redoutable.

Toutefois, Jean-François Lisée semble dernièrement retomber dans de vieilles habitudes de sa personnalité - celle de se considérer plus brillant que les autres en démontrant une forme d'arrogance et d'assurance, traits que plusieurs lui reprochaient avant, pendant la campagne à la chefferie et qu'on lui reproche encore d'ailleurs...

Évidemment, je ne peux passer sous silence son sens de la stratégie et sa capacité à pondre plusieurs idées brillantes en un court laps de temps, néanmoins, ses dernières sorties tendent à démontrer qu'il s'est embourgeoisé dans ses pantoufles de chef de l'opposition officielle ou bien l'establishement a tout simplement repris le contrôle du parti.

Dans un article de la Presse paru le 17 novembre dernier, JFL met - étrangement - au grand jour sa stratégie qui, selon lui, devrait lui ouvrir la route vers le pouvoir en 2018.

Premièrement, Lisée admet que la laïcité ne fera pas partie de ses trois premières priorités puisque, l'économie, les petites et moyennes entreprises (PME) et la vitalité des régions, ainsi que la santé et l'éducation seront ses premières prérogatives - rien de bien nouveau en ce qui me concerne et erreur au sujet de la laïcité...

Deuxièmement, il affirme que « la campagne va se faire sur qui est le plus compétent, le plus intéressant et le plus raisonnable pour remplacer le gouvernement Couillard, ça va être ça la grande question de l'élection. »

Je ne partage pas non plus son enthousiasme sur cette question...

Il ajoute même que Philippe Couillard ne sera pas son adversaire dans la prochaine campagne, mais bien François Legault qui, selon Lisée, « est un leader qui verse dans l'excès et qui sort le bazooka plutôt que de chercher des solutions raisonnables. »

Oui, peut-être, mais n'était-ce pas le cas de Donald Trump dans la dernière présidentielle chez nos voisins ? N'avait-on pas une Hillary Clinton supposée meilleure, qui gagnait les débats télévisés et qui se sentait supérieure à son adversaire populiste et maladroit ?

Et Jean-François d'ajouter : « On voit bien que François Legault a des qualités. Mais il est impulsif, il est excessif et il n'a pas d'équipe. » Donald Trump aussi n'avait pas d'équipe et, surtout, était excessif et impulsif...

Et finalement, le chef péquiste qui continue sa lancée en affirmant que : « La démonstration de l'inaptitude du gouvernement est pas mal faite, je ne pense pas que les libéraux s'en remettent vraiment d'ici deux ans, compte tenu de l'équipe qu'ils ont, compte tenu du désert d'idées qu'ils ont et de la perte de militants qu'ils ont. »

Certes, les libéraux en arrachent et la CAQ semble être le parti d'un seul homme, cependant, l'histoire nous a démontré à plusieurs occasions que le PLQ était comme un chat - il a plusieurs vies, et que la Coalition elle, à force d'essayer des idées, risque par la loi de la moyenne d'en trouver une qui pourrait la mener au pouvoir en 2018.

Je ne suis évidemment pas un partisan de Legault, par contre, force est d'admettre que ce dernier a tout à fait raison quand il soutient qu'il y a des leçons à apprendre dans l'élection de Trump...

En d'autres termes, rien n'est gagné pour le PQ et en continuant à pécher par arrogance, tout en appliquant la trappe dans ses engagements - comme Cloutier à la dernière campagne à la chefferie - en ne faisant que parler d'enjeux vagues et de position de conciliation à outrance tout en affirmant que les autres n'ont pas d'équipe et qu'il est le meilleur, il risque fort bien de se faire jouer un tour qui, le cas échéant, pourrait marquer le Parti québécois au fer rouge et provoquer malheureusement son éclatement et ultimement son extinction.

Je ne suis évidemment pas un partisan de Legault, par contre, force est d'admettre que ce dernier a tout à fait raison quand il soutient qu'il y a des leçons à apprendre dans l'élection de Trump...

Voyez-vous, Thomas Mulcair était de loin un meilleur politicien et sûrement plus intelligent et doué qu'un Justin Trudeau, toutefois, il l'a échappé et l'establishement du NPD lui a montré la porte puisqu'il n'avait jamais été leur candidat et, plus important encore, avait tenté au maximum de plaire à l'establishement au lieu de s'imposer davantage comme il aurait dû le faire.

Résultat, quand il a perdu les élections en 2015, l'establishement a tout simplement manœuvré pour le mettre dehors, et une partie de ceux que Mulcair n'avait pas écouté au préalable afin d'éviter la catastrophe l'a quitté, en le laissant à lui seul devant l'adversité et surtout, avec la responsabilité d'avoir fait s'écrouler ce que Jack Layton avait réussi à construire - un parti aux portes du pouvoir...

Il y a évidemment des similitudes entre Mulcair et Lisée et si on additionne ce qui s'est passé aux États-Unis avec la défaite du clan Clinton qui s'est, disons-le, battu lui-même entouré de l'establishement du Parti démocrate et, plus près de chez nous, de la récente défaite d'Alexandre Cloutier entouré lui aussi de l'establishement, on peut facilement croire que Lisée n'a récemment pas opté pour la meilleure stratégie...

D'ailleurs, où est le Lisée audacieux de la dernière course à la chefferie qui sortait dix idées avant-gardistes avant que les autres en pondent une moyenne ! Où est le Jean-François Lisée rassembleur qui sortait des sentiers battus en allant repêcher dans les autres formations politiques ?

S'est-il fait absorber par l'establishement qui est en train de reconstruire la bonne vieille machine à perdre ?

Que le vrai Lisée sorte puisque ce n'est pas l'actuel qui s'est fait élire à la dernière campagne à la chefferie, mais l'audacieux stratège et rassembleur qui, contre toutes attentes, a réussi le tour de force de remporter une course perdue d'avance...

S'il veut remporter la bataille du nationalisme contre la CAQ, il devra faire beaucoup mieux et revenir à son essence naturelle de stratège et d'aventurier au lieu de se plier à l'establishement, s'il ne veut pas terminer sa carrière politique comme Thomas Mulcair - ce n'était pas lui le candidat de l'establishement...

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