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Philippe Couillard fait une passe sur la palette à Jean-François Lisée

12/06/2017 09:55 EDT | Actualisé 12/06/2017 09:55 EDT

On ne s'attendait pas entendre parler de constitution dans la sphère politique québécoise et canadienne, mais force est d'admettre que le premier ministre du Québec, en l'occurrence Philippe Couillard, a bel et bien sorti un lapin de son chapeau.

En effet, le premier citoyen du Québec a déposé jeudi un document de 200 pages pour mettre en œuvre une politique d'affirmation qui permettra au « seul État majoritairement francophone d'Amérique » de reprendre des pourparlers constitutionnels avec le Canada dans l'esprit qu'« être Québécois, c'est notre façon d'être Canadiens...

En somme, dans ce document, le gouvernement Couillard reprend à son compte les cinq demandes dites traditionnelles du Québec.

• Reconnaître le Québec comme société distincte, mais cette fois-ci comme nation au sein du Canada;

• Fixer les limites au pouvoir fédéral de dépenser;

• Garantir une représentation québécoise à la Cour suprême;

• Donner au Québec un droit de veto sur les modifications constitutionnelles;

• Donner au Québec des pouvoirs accrus en matière d'immigration.

Cependant, le document n'était même pas encore déposé que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avait déjà fermé à double tour la porte sur la question, en déclarant suite aux rumeurs d'un tel dépôt de document de part Philippe Couillard : « vous connaissez mon opinion sur la Constitution, on n'ouvre pas la Constitution».

Une stratégie politique ou une volonté honnête de signer la Constitution ?

Le premier ministre du Québec a raison de dire que le problème de la Constitution est toujours d'actualité et qu'un jour on devra régler cette situation. Malgré cela, on peut également se questionner sur les véritables raisons de ce soudain réveil nationaliste de monsieur Couillard.

Certes, le document en question est le fruit d'un travail de plus de deux ans, par contre, pourquoi le sortir maintenant, et ce, seulement à 17 mois du déclenchement des prochaines élections générales au Québec? En politique, les hasards sont peu rares...

Je crois que plusieurs facteurs peuvent entrer en ligne de compte dans cette récente sortie constitutionnelle, notamment les résultats des derniers sondages qui démontrent un affaiblissement du Parti québécois et une montée de la Coalition Avenir Québec.

Je crois que plusieurs facteurs peuvent entrer en ligne de compte dans cette récente sortie constitutionnelle, notamment les résultats des derniers sondages qui démontrent un affaiblissement du Parti québécois et une montée de la Coalition Avenir Québec.

En jouant ainsi la carte constitutionnelle, le Parti libéral coupe l'herbe sous le pied de la CAQ qui elle, avec son nationalisme nouvellement avoué, affirme vouloir rapatrier certains pouvoirs d'Ottawa.

Évidemment, avec la déclaration de Trudeau sur le sujet, on peut déjà penser facilement que la Coalition frapperait un mur avec ses demandes, elle qui n'est pas prête à aller jusqu'à la séparation du Québec le cas échéant d'un refus de la part de Trudeau, n'ayant ainsi pas de levier de négociation.

La Coalition est d'ailleurs absente du présent débat, ne sachant pas sur qu'elle pied danser sur cette question...

Par ailleurs, à bien des égards la CAQ et le Parti libéral se ressemblent puisqu'ils sont présentement de centre droit, favorable aux coupures, adepte du libre marché à la sauce néolibérale et fédéraliste.

En résumé, ils se battent tous deux en partie pour le même électorat...

D'un autre côté, Philippe Couillard sait pertinemment que le Parti québécois de Jean-François Lisée est affaibli sur sa gauche grâce à leur nouvel allié solidaire qui draine des appuis à la formation de René Lévesque.

Toutefois, comme vous l'avez sûrement remarqué, l'auteur du Tricheur et du Naufrageur, est un poisson dans l'eau quand il s'agit de parler de constitution.

Le but recherché

Le but de la manœuvre est d'affaiblir la CAQ tout en renforçant le Parti Québécois afin de polariser de nouveau l'électorat québécois, tout en sachant que le projet de convergence des forces souverainistes est à l'eau et que Québec solidaire, avec l'arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois, fragilise beaucoup les appuis du PQ.

Encore ici, la bonne vieille stratégie de diviser pour mieux régner...

D'ailleurs, à ce sujet, vous remarquerez que Philippe Couillard ne s'est pas donné d'échéancier dans son projet, ce qui indique clairement que rien ne sera décidé avant la prochaine élection...

Une stratégie qui pourrait lui sauter en plein visage

En sortant ce lapin de son chapeau et en exécutant une passe sur la palette de cette façon à JFL, le chef du PLQ croit redonner juste assez d'oxygène au Parti québécois pour qu'il retourne en deuxième place afin d'affaiblir la Coalition de Legault pour naturellement retomber dans la dualité souverainiste-fédéraliste puisque depuis des lunes, cette stratégie a fonctionné à merveille pour les libéraux, en apeurant la population sur les dangers du séparatisme...

Néanmoins, en aidant Lisée de cette façon, il peut également permettre à celui-ci - ébranlé par les derniers événements entourant la convergence souverainiste - de se réveiller comme joueur politique de premier trio, surtout en ce qui concerne les débats constitutionnels.

Avec ses histoires entourant Marc-Yvan Côté et les allégations de corruption du Parti libéral et la présente dynamique politique québécoise, Philippe Couillard joue un coup de Poker avec ses propositions à saveur constitutionnelles qui sert également de diversion.

Par contre, il vient peut-être de donner l'occasion à Jean-François Lisée de rebondir et, peut-être, de rebondir plus haut que le chef libéral pourrait croire...

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