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Il faut enrayer le problème de la contrebande du tabac au Canada

Selon la Gendarmerie royale du Canada, il s’agit d’une industrie de milliards de dollars où prospèrent des groupes tentaculaires du crime organisé.

15/10/2017 08:00 EDT
MmeEmil via Getty Images
Étant donné que la taxe représente 70 % du prix des produits du tabac légaux au Canada, l’industrie légale n’a pas de marge de manœuvre pour concurrencer ce marché parallèle.

Pendant près d'un siècle, l'industrie de la marijuana au Canada a été laissée au marché noir. Cela a enrichi les organisations criminelles, encouragé la violence dans les communautés et fait bien peu pour prévenir l'accès des jeunes aux drogues. Aujourd'hui, le gouvernement fédéral veut redresser la situation; en légalisant la marijuana, il espère retirer ce marché des mains des criminels pour le confier à un réseau de commercialisation plus responsable.

Le succès de cette politique sera largement tributaire des modalités réglementaires et, plus particulièrement, du prix. Si le prix de la marijuana légale est beaucoup plus élevé que celui de la marijuana vendue au noir, on ne peut s'attendre à ce que les consommateurs s'approvisionnent auprès d'une source légale. Jusqu'ici, le gouvernement a fait preuve de clairvoyance, de pragmatisme et de rationalité dans son approche : tant M. Trudeau que M. Morneau ont martelé qu'il fallait maintenir un faible taux de taxation pour assurer la viabilité de l'industrie légale aux dépens du marché noir.

Il est décevant de voir les gouvernements ignorer ces mêmes principes pour régler la question du tabac illégal au Canada.

Nous saluons leurs efforts pour endiguer une industrie illégale, ce qui assurera la protection des consommateurs et des collectivités. Toutefois, il est décevant de voir les gouvernements ignorer ces mêmes principes pour régler la question du tabac illégal au Canada. Selon la Gendarmerie royale du Canada, il s'agit d'une industrie de milliards de dollars où prospèrent des groupes tentaculaires du crime organisé. Presque le quart du tabac consommé au pays provient de la contrebande; nos gouvernements sont privés de plus de 2 milliards de dollars en revenus de taxe chaque année, tandis que les détaillants ont peine à tirer leur épingle du jeu.

Il y a une explication simple à cette réussite commerciale des contrebandiers : le prix. En Ontario, le consommateur paie plus de 100 $ pour une cartouche de 200 cigarettes légales, alors que les contrebandiers vendent des sacs de 200 cigarettes pour aussi peu que 15 $. Étant donné que la taxe représente 70 % du prix des produits du tabac légaux au Canada, l'industrie légale n'a pas de marge de manœuvre pour concurrencer ce marché parallèle.

Actuellement, le tabac illégal accapare une part de marché de près de 40 % en Ontario, atteignant jusqu'à 70 % dans certaines parties de la province.

Et pourtant, les deux paliers de gouvernement en Ontario ont haussé les taxes sur les produits du tabac l'an dernier, incitant encore davantage de consommateurs à migrer vers le marché noir. Actuellement, le tabac illégal accapare une part de marché de près de 40 % en Ontario, atteignant jusqu'à 70 % dans certaines parties de la province.

Alors que les gouvernements préparent leurs budgets pour l'année 2018, Imperial Tobacco Canada souhaite qu'ils s'inspirent de l'approche pragmatique du gouvernement fédéral concernant la taxe sur la marijuana. Céder à la tentation de continuellement augmenter les taxes sur les produits du tabac ne fait que profiter aux criminels et non aux contribuables. En cette ère de politiques progressives, peut-être verrons-nous les gouvernements travailler à neutraliser ce dangereux marché noir.