Jocelyne Robert

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Sexe et Pouvoir : Pourquoi les scandales sexuels font-il tant frémir les Américains ?

Publication: 17/11/2012 18:31

Il est clair que les scandales sexuels des hommes de pouvoir fascinent les États-Uniens d'une manière démesurée. On n'a qu'à voir le tohu-bohu provoqué par l'affaire du Général Petraeus puis du Commandant Allen ces jours derniers pour le constater. J'ai été invitée à en discuter sur plusieurs plateaux cette semaine dont chez BazzoTV.

Pourquoi fait-on tant état des scandales sexuels?

Je crois que l'excitation suscitée par les turpitudes érotiques des hommes de pouvoir est proportionnelle au degré de puritanisme des États-Uniens. Cela les change et les distrait de l'emprise de la religion et leur permet, en s'offensant, de vivre leurs fantasmes par procuration: d'autres transgressent les interdits à leur place...

On sait aussi que les gens sont plus tentés par l'infidélité et les écarts extra-conjugaux en situation de crise économique. Il est en effet documenté, qu'en période de vaches maigres, il y davantage d'insatisfaction sexuelle dans les couples et que le désir érotique y est en chute libre. On peut donc supposer que lorsque certains « grands » se font prendre à sauter la clôture, d'autres se régalent...

Les hauts gradés fascinent-ils tant les femmes et pourquoi ?

En boutade, je dirais que plus il y a d'étoiles sur le costume du haut gradé, plus la femme semble rêver que "l'étoilé" pourrait lui en faire voir... Un leurre, qui ne sera pas développé ici .

La réalité: le pouvoir des uns érotise les autres. Cela est connu. L'intimité avec un homme puissant donne l'illusion de s'approprier un peu de cette puissance, par procuration. Les « military groupies » existent. Elles traînent autour des bases militaires pour tenter de cueillir qui un amant, qui un mari. De plus, il y a ce défi pour certaines séductrices de faire craquer le roc, de faire défaillir l'indéfectible, de déstabiliser le mur de solidité.

Cela dit, rappelons qu'en soi, l'uniforme, même sans étoiles ou galons, est un objet érotique. Le fantasme du pompier et de sa lance à incendie n'est pas un lieu commun. C'est un fait, documenté aussi. Il fait partie de l'imaginaire érotique de 50% des femmes et sans doute d'autant d'hommes homosexuels.

Au fond, l'uniforme et à fortiori l'uniforme couvert d'étoiles pourrait correspondre au fantasme du super héros.

Par ailleurs, il faut noter que le « super héros » à uniforme n'est pas inébranlable. Il reçoit le même traitement que les célébrités et il lui arrive de se saouler de toute cette admiration ébahie dont on l'abreuve. Il faut se demander si c'est l'adoratrice béate qui le fait flancher ou si ça n'est pas plutôt le reflet de son propre pouvoir dans la prunelle de celle-ci qui le fait craquer. Comme un œuf trop plein de lui-même !

Vie privé/vie publique : Différences culturelles

Le clivage entre vie privée et vie publique, si cher aux Européens et en particulier aux Français, est à peu près inexistant aux Etats-Unis. L'exemple le plus repris est celui de François Mitterrand et de sa fille née hors mariage, une histoire dont les Français n'ont jamais fait de cas. Plus récemment, pensons à Rachida Dati, cette ministre célibataire sous Sarkozy qui est revenue à l'Assemblée Nationale, une semaine après avoir accouché d'un enfant dont personne ne connaît le père. La presse française s'est émue de l'impact que pouvait avoir ce retour précoce sur la perception de l'importance du congé de maternité des femmes. Un peu aussi sur le fait que Madame Dati portait des talons hauts quelques jours après avoir accouché. Le reste, on s'en balance. Ou presque. C'est sa vie privée.

On peut imaginer le traitement rocambolesque qu'auraient eu semblables situations si elles avaient pris place chez l'oncle Sam.

Mais attention, ce clivage serré entre le privé et le public est une arme à deux tranchants. Il arrive parfois que la défense farouche de ce principe fasse tolérer l'intolérable (violence conjugale, inceste, violence sexuelle etc). Dans ces cas, la « vie privée » a le dos large . Cela a pris longtemps, bien longtemps, pour qu'en France, on finisse par reconnaître que Domique Strauss-Kahn s'était comporté comme une ordure .

Québec exemplaire ?

À cet égard, le Québec me semble au confluent de ces deux tendances. Plutôt mesuré et équilibré. On ne s'y complait pas dans le voyeurisme comme chez nos voisins du sud. Si c'était le cas, bien plus d'histoires d'infidélités conjugales ( car il y en a ) seraient étalées sur la place publiques.

On n'est pas non plus dans l'aveuglement ou dans le déni comme c'est assez souvent le cas chez nos cousins français.

 

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