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La solidarité entre vieilles et jeunes féministes, ça se peut-tu?

14/03/2016 02:05 EDT | Actualisé 14/03/2017 05:12 EDT

Aux lendemains de la journée internationale des droits des femmes, aux lendemains de cette discussion sur la place publique sur «l'être ou ne pas être féministe», mes pensées vagabondent: un féminisme transgénérationnel, ça existe? Et plus précisément: la solidarité entre jeunes et vieilles féministes, ça se peut-tu?

Cette réflexion m'a été inspirée par deux féministes que 80 ans séparent. Léa Clermont-Dion, 25 ans, et Annette Côté-Savoie, cette jeune féministe de 105 ans découverte au téléjournal de Patrice Roy. Léa gazouilla récemment sur Twitter que les «deux attaques les plus fréquentes faites aux femmes sont reliées à deux choses: leur sexualité et leur physique.» Elle a raison. Mais elle occulte une troisième attaque, virulente, insidieuse et plus inéluctable que les deux précédentes, car elle les contient et les déborde: leur âge. Bien sûr, on ne tape pas sur les féministes centenaires. Celles-là, on les vénère. Mais on prend sa revanche sur les autres, de 55 à 85 ans!

Le corps, la sexualité, l'âge...

J'ai développé dans mon livre Les femmes vintage l'idée qu'il arrive avec l'âge ce qui est arrivé avec la beauté corporelle et le sex appeal à tout prix. Dès l'aube de la cinquantaine, le monstre passe de bicéphale à tricéphale: pas le droit d'être grosse, pas le droit d'être laide (de ne pas correspondre aux stéréotypes sexuels et culturels de beauté), pas le droit d'être vieille.

Cette violence en raison de l'âge, souvent déguisée, est cruelle. Cela m'a frappée lors de récentes émissions de Tout le monde en parle où se sont succédé, une semaine après l'autre, deux grandes stars, toutes deux âgées de 71 ans: Priscilla Presley et Roger Waters.

ELLE, est arrivée sur le plateau momifiée, inhumainement lissée et figée par les multiples chirurgies. Et bien qu'elle se montra fort sympathique et généreuse, elle a subi, sur les réseaux sociaux, les foudres des détracteurs, hommes et femmes confondus.

LUI, est apparu grisonnant, ridé et désinvolte. Et il a subi les foudres amoureuses des téléspectateurs, hommes et femmes confondus: « Wow! 71 ans et quel symbole sexuel! Il est merveilleux.»

Lissée ou ridée, quand t'es vieille, t'es out!

Priscilla Presley serait arrivée grisonnante, ridée et désinvolte qu'on l'aurait invectivée tout autant: «Wo! Mémé se prend pour une jeune poulette! Elle est grotesque.» Et le pire c'est que c'est précisément pour rester belle et désirable que Priscilla s'est imposé tout cela.

Petit aparté ici pour rappeler les commentaires disgracieux et nauséabonds proférés à l'égard de l'allure ou de la décrépitude, physique ou «mentale», d'une Hillary Clinton, d'une Pauline Marois ou d'une Lise Payette... ainsi que les louanges à l'endroit de la maturité séduisante des hommes politiques aussi vieux, présentés comme étant dans la «force de l'âge» et «en pleine possession de leurs moyens».

Ceci étant, le but de ce billet n'est pas le rappel de ce double standard. Le but est de poser une ou deux questions: se pourrait-il que les jeunes femmes, si féministes soient-elles, obnubilées par leur propre peur de vieillir, jettent un voile sur les femmes «âgées» qui leur rappellent trop leur propre finitude? Se pourrait-il que même les jeunes féministes excluent parfois, plus ou moins consciemment, les vieilles féministes?

So so so...

La solidarité à laquelle on convie, ou dont on se réclame à grand renfort, pourrait et devrait rallier les femmes de toutes allégeances sans empêcher les divergences d'opinions ou d'idéologies, la valeur pivot étant la quête d'égalité entre les hommes et les femmes. N'en va-t-il pas de même pour l'âge? N'est-ce pas une réalité incontestable que la valeur d'une personne n'est pas tributaire de son âge?

La féministe assumée rencontre jugements et dénigrements liés à son adhésion même au féminisme. La femme vieillissante rencontre jugements et dénigrements liés à cet inéluctable processus chronologique. La féministe vintage mange doublement la claque.

Vivement un féminisme qui, au lieu de le nourrir, s'incarne dans la dissidence sans équivoque à l'égard du préjugé, inavoué et inavouable, «t'es vieille, t'es out». Encore une fois, loin de moi l'idée qu'il faille tout tolérer ou tout accepter les unes des autres. Je pose candidement la question: la solidarité féministe transgénérationnelle est-elle possible? Vu le nombre de fois que de jeunes féministes montrent la porte à leurs aînées, vu surtout leur silence, leur oubli ou leur déni, il m'arrive de douter...

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