Jocelyne Robert

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Pour que votre enfant ne soit jamais prisonnier du silence

Publication: 28/06/2012 10:57

Y'a pas que les fleurs qui éclosent l'été : les abus et agressions sexuels aussi. Je ne me perdrai pas ici en statistiques fastidieuses. Il est démontré qu'il y a recrudescence d'agressions sexuelles durant la belle saison. Tant à l'égard des enfants que des femmes adultes. Je m'attarderai ici à la violence sexuelle contre les enfants.

J'entends encore Manon: Cela a commencé, l'été, à la pêche, dans la chaloupe. Il s'est masturbé. Je m'étais sentie si mal et coupable, je me disais que je n'aurais pas dû me mettre en bikini. Elle avait 9 ans. Et le pêcheur était son père.

Ou Chloé : Nous étions en camping. Il a plu et la tente des moniteurs a pris l'eau. Ceux-ci se sont dispersés dans d'autres tentes. Durant la nuit, allongé tout près de moi, Luc a mis une main dans ma culotte et l'autre sur ma bouche.... C'était son animateur favori et il lui chuchotait que c'était ok, parce qu'ils s'aimaient, que cela allait être leur secret d'amour... Elle venait d'avoir 12 ans.

Pour que votre enfant ne devienne jamais prisonnier du silence

On ne le répétera jamais assez : La plupart des abus sexuels sont commis par des proches, parents ou amis de la famille, hommes et hétérosexuels. Ce sont aussi les moins dénoncés. Trop d'enfants croient, encore, que n'importe quelle « grande personne » a tous les droits sur eux. Cela arrive aussi aux garçons, mais les filles sont plus exposées et sont souvent âgées de moins de 8 ans.

La meilleure prévention : Une éducation sexuelle limpide et adaptée à son âge. Il s'agit d'éclairer l'enfant, pas de l'effaroucher. Pour qu'il soit apte à se défendre, il doit être franchement renseigné sur la nature de la sexualité, l'anatomie, la confection des bébés, mais aussi sur la dimension plaisir et désir, de manière à ce qu'il saisisse que des adultes peuvent avoir des désirs sexuels sains ou... déviants.

Le défi : les renseigner sans miner la crédibilité de tous les adultes qui s'occupent d'eux.

Même si elle échoue, la tentative d'abus plonge l'enfant dans un climat d'insécurité. Si on l'a prévenu de cette réalité, il en parlera naturellement à une personne de confiance s'il lui arrive d'être l'objet d'une sollicitation sexuelle. Le fait d'en parler amoindrira son sentiment de désarroi. Évidemment, l'enfant qui n'a jamais entendu parler de sexualité, qui n'a pas de vocabulaire sexuel, saura difficilement décrire l'abus ou la tentative d'abus dont il a été victime.

Quand et comment en parler?

Tôt. En saisissant les situations propices à l'information sexuelle. Expliquer aux enfants ne risque jamais de les perturber. Prévenir, c'est enseigner aux enfants à s'affirmer : NON à l'adolescent cool qui tente de le tripoter en lui apprenant à nager, NON au gentil monsieur qui veut le raccompagner, NON à n'importe quel proche qui veut "caresser' son sexe, ou se faire "caresser" bref, NON à celui oui celle qui lui fait des choses qui le gênent, qui lui font peur ou mal.

Et l'interdit de l'inceste doit être dit clairement

- Quand je serai grand, je me marierai avec toi.
- Non. Jamais nous ne nous marierons. Nous nous aimons toi et moi comme un parent et son enfant, pas comme des amoureux!

Voilà une occasion de lui signaler qu'il arrive à des enfants d'être abusés par leurs parents, que cela n'est pas normal, que c'est interdit par la loi, que ces parents-là ont un très grave problème et qu'il faut les dénoncer même si on les aime parce qu'ils ont besoin d'aide.

Vous venez de surprendre votre fillette en train de jouer au docteur avec son petit copain, saisissez ce moment pour les rassurer: C'est normal que vous soyez curieux et préoccupés par la sexualité. La sexualité c'est beau et bon. Puis on peut ajouter: Mais jamais avec les grands, même pas les grands qui sont nos amis ou qui font partie de la famille!

Dissocier l'amour de la sexualité

Enfin, attention aussi de ne pas toujours associer amour et sexualité comme s'ils étaient indissociables. L'amour peut s'exprimer en dehors de la sexualité. Et la sexualité en dehors de l'amour. C'est important de le dire. Autrement, l'enfant finit par croire que la personne qu'il l'aime, et de qui il est aimé, a des droits sexuels sur lui. S'il pense ainsi, il perd ses moyens de défense.

Une dernière chose: cessez aussi la métaphore du "monsieur qui offre des bonbons". J'ai croisé des enfants qui croyaient leurs parents inquiets des sucreries, parce que celles-ci donnent des caries!

Un code éducatif à repenser...

Trouveriez-vous agréable quand vous vous balladez en ville qu'une personne 4 fois plus grande et plus grosse que vous, avec des mains énormes, vienne vous caresser les cheveux? Que votre supérieur de travail insiste pour que vous l'embrassiez parce qu'il a eu un égard à votre endroit? Non? Pourtant, combien de fois les enfants sont-ils touchés, cajolés ou pris dans les bras alors qu'ils ne le souhaitent pas? On ne devrait jamais insister pour qu'un enfant donne un bisou s'il ne le veut pas. Pas même à grand-mère. Si mamie est tellement triste de ne pas recevoir de bise et si grand-père menace de ramener son cadeau parce qu'il n'a pas eu de câlin, l'enfant retient : « Si je refuse qu'on me touche et me cajole, cela ne m'apporte que des ennuis. »

Pensez-y... Et retenez ceci: Si vous gardez votre aplomb, l'enfant en fera autant.

Pour poursuivre votre travail de prévention.

 

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