Jocelyne Robert

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Éjaculation féminine: Performance sexuelle ou dysfonction organique?

Publication: 30/03/2012 00:17

Jamais un phénomène sexo-physiologique n'a autant été récupéré par la pornographie. Il suffit de taper «éjaculation féminine» dans Google pour être téléporté au milieu d'un harem de «pétasses bien baisées», grâce, bien sûr, au bâton des grands sourciers...

L'expression même est mal choisie puisque la manifestation n'a rien a voir avec l'éjaculation masculine qui consiste en l'émission de sperme. Cela montre bien, encore une fois, l'historique tendance à expliquer la femme par l'homme et à fonder, à tort, l'érotisme féminin sur l'érotisme masculin.

On parle aussi de femmes sources, de femmes fontaines. C'est à la psychanalyste Frédérique Gruyer qu'on doit cette expression dont elle fit le sous-titre d'un livre en 1984. Ces appellations, plus empreintes de poésie, portent néanmoins une connotation de supériorité agaçante: si tu n'es pas fontaine qui es- tu? Une femme gouttelette?

Enfin, loin d'être nouveau, le phénomène aurait, selon Leleu, Sundahl et d'autres, été observé dès l'antiquité. Les nectar des dieux, liqueur féconde, écoulement tantrique y référaient. Dit-on.

Qu'en est-il du phénomène et du liquide-mystère expulsé?

Il s'agit d'une expérience vécue par un certain nombre de femmes consistant en l'expulsion en jets, parfois puissants, d'un liquide, pendant l'orgasme, ou en cours d'activité sexuelle. Peu de femmes en parlent. Le mystérieux liquide serait clair et moins visqueux que le lubrifiant vaginal. Et la quantité «éjaculée» varierait énormément d'une femme à l'autre, et selon l'intensité de l'excitation sexuelle. Ce liquide est expulsé par l'urètre et non par le vagin.

Si on est unanime à reconnaître l'existence du phénomène, les chercheurs, médecins, scientifiques, sexologues ne s'entendent pas sur les propriétés du liquide émis.

Grafenberg et Wipple croient qu'il est unique et spécifique. Pour Masters & Johnson,ainsi que pour Kaplan, il s'agit d'un dysfonctionnement urinaire lors des contractions provoquées par l'orgasme et cette eau serait essentiellement constituée d'urine.

Schubach a voulu en avoir le cœur net . Il a installé un cathéter via l'urètre dans la vessie de femmes volontaires qui déclaraient avoir régulièrement des « éjaculations ». Une émission de liquide, déclenchée lors de masturbations accompagnées d'orgasme, a effectivement été observée. Le liquide analysé s'est révélé être constitué essentiellement d'urine mêlée d'un peu de sécrétion provenant des glandes de Skene.

Cette dernière étude est intéressante, bien au delà de l'analyse des propriétés du liquide. Elle vient contredire:

1. L'idée souvent émise par de nombreux hommes et par des « femmes éjaculatrices » que ce type d'orgasme puisse être dépendant de la qualité de la relation à l'autre et de la capacité d'abandon et de confiance

2. L'hypothèse à l'effet que « l'orgasme éjaculatoire féminin » soit exclusivement le lot ( je n'ai pas écrit le gros lot) d'un érotisme vaginal et d'une stimulation de la région du point G

3. La croyance colportée à l'effet que la baguette du sourcier soit indispensable et nécessaire au jaillissement de la fontaine

Distinguer le vrai ...

Le phénomène existe

Les mécanismes liés à son activation sont très controversés

Entre 10 et 40% des femmes l'expérimenteraient

Pour certaines, l'expérience est récurrente et régulière alors que d'autres l'ont éprouvé une seule fois ou à l'occasion

La quantité de liquide varie et ne se mesure pas toujours en litre, comme le prétend la pornographie
Toutes les femmes ne se glorifient pas d'éprouver cette expérience. Nombreuses sont celles qui demandent à être « guéries ». Elles en ont marre de devoir changer la literie à chaque relation sexuelle et plusieurs freinent leur sexualité tant cela leur est pénible.

... Du faux

Le phénomène n'est pas systématiquement associé à l'orgasme (certaines femmes sont capables de se « faire éjaculer » sans éprouver le moindre orgasme)

Il n'a jamais été mesuré que l'orgasme « éjaculatoire féminin » était plus intense ou supérieur.

J'espère que ce survol de la question rassurera un peu TOUTES les femmes. Et surtout, que celles qui n'expériment pas l'expérience, autant que celles qui l'éprouvent, cesseront de se laisser tourmenter par la quête d'une peudo normalité ou d'une performance présentée comme ultime.

 
 
 

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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
20:21 sur 01/04/2012
Dictionnaire de la langue française : éjaculation : le fait d'éjaculer un liquide, notamment le sperme.

L'expression n'est donc pas particulière au sperme et votre théorie du complot mâle ne tient plus.

Pour le reste, est-ce le rôle d'une sexologue de mêler un discours moraliste à chacune de ses interventions. En ce qui me conserne je considère qu'il y a manquement professionnel de votre part.
Dommage qu'Il n'y ait pas un ordre des sexologues pour justement vous ramener à l'ordre..
17:29 sur 01/04/2012
Encore un mythe de brisé.
Décidément, la science va finir par nous ôter nos rêves un à un.
20:53 sur 30/03/2012
Merci beaucoup, encore une fois un pas de géant pour l'humanité grâce à
des âmes pensantes et intelligentes comme vous Mme. ;)
12:21 sur 30/03/2012
http://www.cnrtl.fr/definition/academie9/éjaculer

"XVIe siècle, au sens de « lancer une arme de trait » ; XIXe siècle, en physiologie. Emprunté du latin ejaculari, « lancer avec force, projeter ». PHYSIOL. Expulser de son corps une sécrétion, un jet de liquide organique. Certains insectes et certains reptiles éjaculent une humeur caustique sur les personnes ou les animaux qui veulent les saisir. Absolt. Émettre du sperme."

http://fr.wikipedia.org/wiki/Éjaculation

"L’éjaculation est l’expulsion (habituellement en jet) d’un liquide biologique, à l’approche ou au moment de l’orgasme lors d’un rapport sexuel, d’une masturbation ou d’une pollution nocturne. Chez l’homme, l’éjaculat est constitué de sperme ou de liquide séminal, alors que chez la femme, il s’agit du fluide sécrété par les glandes de Skene."
23:53 sur 30/03/2012
Vraiment? Les hommes aussi, et même les insectes? Y a-il des études qui prouvent ca?
18:01 sur 01/04/2012
J'ai perdu des commentaires et je m'excuse pour les liens brisés, je ne comprends pas ce qui ce passe.

http://www.cnrtl.fr/definition/

Je crois que ce lien devrait marcher. On peut y trouver les références que j'utilise en accédant aux base de donné linguistique (définition, synonyme, étymologie, etc) de l'Académie française, le TLFi de l'Université de Lorraine, et même la Base de données Lexicographiques Pan Francophone auquel participe l'Université Laval.

"Les hommes aussi?"

Je comprends pas pourquoi j'ai inclus le lien à wikipédia. Ça pas d'affaire là. J'allais mettre un autre lien à un dictionnaire étymologique.

"les insectes?"

En bref, au début le mot éjaculation faisait référence à lancer quelque chose comme une arme, ensuite le mot est aussi devenue une référence à la voix, un genre de synonyme de crier, et finalement avant que le mot éjaculer deviennent prioritairement une référence à l'éjaculation de sperme le mot servait à décrire toute sécrétion de liquide biologique, par exemples: "la mouffette éjacula son liquide puant", "éjaculation de l'urine de l'uretère dans la vessie", "l'insecte éjacule par ce canal un liquide caustique dans la plaie", ou plus morbide "une fois la veine couper, on pouvait voir le sang éjaculer".