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La police et l'esprit chevaleresque, est-ce la fin?

Préparons-nous, les policiers vont prendre de moins en moins de risque pour nous protéger et ça, les criminels l'ont déjà très bien compris.

08/02/2018 09:00 EST | Actualisé 08/02/2018 09:00 EST
Getty Images/iStockphoto

Récemment, au palais de justice de Maniwaki, il y a eu une violente altercation entre un constable spécial et un individu. Rapidement, à la vitesse des caméras sur téléphone cellulaire et à celle de la lumière numérique du tribunal populaire que sont devenus les médias sociaux, le 100 % coupable était automatiquement trouvé dans la personne du représentant de l'ordre. La sentence maximale était alors promptement prononcée et une manifestation quand même petite était organisée dans les rues de Montréal, contre la brutalité policière.

La prise de risque par les policiers en vue de nous défendre ira en diminuant, surtout avec la prolifération des caméras numériques.

Ce n'est pas un cliché de rappeler qu'il ne faut jamais perdre de vue que la police est le dernier et notre seul et unique rempart contre la violence sous toutes ses formes. Mais au rythme actuel, soyons conscients qu'il n'y aura bientôt plus personne pour venir nous défendre, même s'il y aura toujours des policiers en uniforme. En fait, mon hypothèse à l'observation, c'est que la prise de risque par les policiers en vue de nous défendre ira en diminuant, surtout avec la prolifération des caméras numériques. Ce qui, comme corolaire avec le passage du temps, rendra cette profession de moins en moins attrayante, sauf pour la rémunération; c'est un métier quand même assez bien payé et doté d'un généreux fonds de pension.

Pourquoi j'en arrive intuitivement à cette conclusion? Parce que la société, du moins au Québec, est en train de tuer à petit feu l'essence de ce qui fait un policier : son esprit chevaleresque. Souvenons-nous du preux chevalier de notre enfance et du cinéma qui fonçait la tête baissée pour sauver au péril de sa vie, la princesse, sa famille et le reste de la forteresse. Je sais, j'ai une vision un peu machiste du travail policier et je travaille fort sur moi, surtout à mon âge vénérable.

Ceci étant, en 2018, si tu fonces avec ton « char » de police pour sauver la veuve et l'orphelin ou suivre un suspect sur le point de passer à l'acte, assure-toi de respecter les limites de vitesse, la signalisation routière et quoi encore? Parce que sinon, tu risques de te retrouver en déontologie avec une note à ton dossier ou même accusé d'un délit quelconque, victime des bien-pensants de notre société et de leur rectitude politique, qui inondent et dominent de plus en plus notre monde. Ce qui précède n'est pas un éloge au retour du bon vieux temps des abus policiers et des desperados de toutes sortes. C'est essentiellement un appel à la réflexion sur ce que nous sommes tranquillement en train de faire avec notre police.

Encore récemment, le policer Éric Deslauriers a été reconnu coupable d'homicide involontaire après fait feu sur un jeune suspect dans des circonstances sous très haute tension. Il devra passer 4 ans en prison. Souvenons-nous aussi de Patrick Ouellet, accusé de conduite dangereuse ayant causé la mort, lors d'une filature où il se déplaçait à 120 km/h dans une zone de 50. Je ne veux pas excuser personne ici, mais avouons que plusieurs seront tentés de lever le pied, au propre comme au figuré. Présentement, c'est le cas Cariolan qui échauffera les esprits dans lequel les policiers du SPVM ont géré le risque en n'en prenant, à ce qui semble, aucun. Était-ce justifié considérant qu'il y a eu mort d'homme? Chacun jugera selon ses préjugés, mais une éventuelle condamnation quelconque des concernés en fera réfléchir plusieurs, sur le niveau de risque qu'eux-mêmes doivent dorénavant prendre. Détourner les yeux pourrait alors devenir une méthode de mitigation du risque en vogue.

Ceci étant, à l'image des réécriveux de l'Histoire et des féministes de l'extrême qui jugent des situations passées (où on laissait souvent faire) avec le filtre des systèmes de valeurs actuels, la question fondamentale qui se pose est : « Est-ce que l'on peut juger un policier selon les mêmes règles de droit que pour le citoyen ordinaire, considérant que ceux-ci interviennent dans une autre dimension que celle justement occupée par monsieur et madame Tout-le-Monde? »

Est-ce que l'on peut juger un policier selon les mêmes règles de droit que pour le citoyen ordinaire, considérant que ceux-ci interviennent dans une autre dimension que celle justement occupée par monsieur et madame Tout-le-Monde?

Ma réponse est un non utopique et celle de la société est toujours un gros oui. Alors, préparons-nous, les policiers vont prendre de moins en moins de risque pour nous protéger et ça, les criminels l'ont déjà très bien compris.

Si votre réponse est toujours non. Alors, nous entrons en Terre inconnue d'un système de droit criminel qui, contrairement à ce qui se fait aujourd'hui, devra s'adapter aux circonstances et à tous (ex. : LGBTQ, joueurs de pétanque, etc.). Un méchant défi quand on sait comment est déjà embourbé notre système judidicaire, qui en est rendu à s'obliger à des règles extrémistes comme l'arrêt Jordan pour pouvoir aboutir.

La société étant ce qu'elle est, laissant les problèmes complexes se résoudre par eux-mêmes. Il en ira ainsi avec la problématique que ce billet soulève. Cela a d'autant plus de chance d'être la voie à suivre parce que comme l'écrit Steven Pinker dans son magistral et célèbre livre La part d'ange en nous, Histoire de la violence et de son déclin qui nous démontre sur plus de 900 pages que : « ... dans l'histoire de l'humanité... la violence n'a cessé de reculer sur de longues périodes, et aujourd'hui il se pourrait bien que nous vivions l'époque la plus pacifique depuis que le genre humain existe. » Ce qui est corroboré par Statistique Canada (catalogue 252-0051), le nombre de crimes au Canada est stable dans la durée quoique la gravité de ceux-ci soit en augmentation (source : Radio-Canada). Alors, pourquoi s'énerver?

Mais, souvenons-nous de la série policière 19-2 avec Claude Legaultqui interprétait le patrouilleur Benoît Chartier. À un moment donné, il est dans un souper de couple où l'une des personnes présentes, une dame, se met à vertement critiquer le travail policier. Réaction de Chartier-Legault, de mémoire : « On est peut-être des beus pas de tête, mais le jour où à 3 heures du matin, il va y avoir un enragé en train d'essayer de défoncer ta porte, les seuls qui vont venir te défendre, c'est des crottés dans mon genre ».

Conclusion, même si j'ai grandement apprécié l'histoire de Robert « Shotgun » Ménard sur Historia, sans nous ramener à son époque glorieuse, ne tuons pas l'esprit policier en le javellisant par abus de rectitude politique et du principe de précaution. Nous pourrions le regretter.

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