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L'État islamique et l'apocalypse, de William McCants

11/01/2016 10:48 EST | Actualisé 11/01/2017 05:12 EST

Il est presque impossible pour un esprit de culture occidentale de concevoir ce qui peut justifier l'intensité de la violence exercée par l'État islamique et d'en comprendre les motivations. C'est pourtant ce qu'essaie de nous faire saisir William McCants dans son ouvrage intitulé The ISIS Apocalypse: The History, Strategy, and Doomsday Vision of the Islamic State.

D'où provient ISIS (ou État islamique)?

En quoi cette créature se distingue de son organisation parente, l'aile irakienne de al-Qaeda menée par Al-Zarkawi (tué en 2006)? Quelle importance revêt le symbolisme affiché sur le drapeau de l'ÉI? Comment le passage des Américains et le printemps arabe ont fécondé la montée et l'expansion de l'organisation? En quoi et comment la détestation des chiites du chef de l'aile irakienne d'Al-Qaeda Zarkawi et la croyance obsessionnelle des leaders de l'ÉI dans l'arrivée imminente du Mahdi (sauveur des Musulmans) et de l'Apocalypse, ont teinté les stratégies du groupe?

Voilà autant de questions auxquelles répond l'auteur en plus de relever deux aspects importants du phénomène: d'abord, les facteurs qui peuvent malheureusement expliquer son succès jusqu'à présent puis, le lien indélébile entre l'idéologie de l'ÉI et les écritures islamiques (le Coran oui, mais également des collections de propos attribués au prophète Mahomet qu'on désigne sous le nom de ahadith ou hadith). 

Ce qui explique le succès de l'État islamique

Pour l'auteur McCants, puisque «les prophéties exigent la conquête de tous les pays sur la terre», le slogan ou la devise de l'État islamique sont clairs: Endure and Expand (Persister et s'étendre). La méthode pour y arriver comporte trois ingrédients: 1) la construction immédiate de l'État islamique; 2) la notion que la dernière bataille de la fin des temps est imminente (l'Apocalypse) et 3) l'extrême brutalité pour arriver à ses fins.

Contrairement aux dirigeants d'al-Qaeda (dont Osama bin Laden et son second, al-Zawahiri) qui voulaient obtenir un appui populaire d'un grand nombre de musulmans avant d'annoncer le «califat islamique», les leaders de l'État islamique (dont Abou Bakr al-Baghdadi depuis 2010), ne sont distraits ni par cette idée de conquérir les coeurs et les esprits des peuples musulmans, ni par le renversement des gouvernements locaux. Affairés à construire l'État islamique, et à le construire maintenant, les djihadistes de l'ÉI profitent du chaos des guerres civiles pour envahir, posséder, contrôler des territoires abandonnés à eux-mêmes ou isolés des grands centres où la sécurité est encore présente.

Leurs arguments de vente: un «pitch» apocalyptique qui attire des combattants qui veulent participer au combat final et être du bon côté de l'histoire, ainsi qu'une extrême brutalité qui attire les plus radicaux qui sauront tuer leurs adversaires (des leaders de tribus qui contestent leur présence, par exemple) et instaurer par la force un régime «pratiquement identique au Wahhabisme, courant ultraconservateur de l'islam que l'on retrouve en Arabie saoudite».

En imposant dans les régions sous le contrôle de l'État islamique, la forme la plus sévère des hudud (punitions décrites dans les écritures islamiques: la mort, la flagellation, la lapidation, l'amputation de membres, etc.), l'auteur s'interroge cependant: une population qui est violentée à ce point peut-elle réussir à renverser des dirigeants de l'État islamique? Sa réponse n'est pas très encourageante. Bien qu'il veuille le croire possible, il lui semble bien difficile qu'une population puisse expulser de tels extrémistes sans une quelconque aide de l'extérieur.

Sa crainte? Qu'au contraire, d'autres groupes de djihadistes (satellites de al-Qaeda par exemple) adoptent la formule de l'État islamique, ayant conclu au succès de l'approche brutale ultra-conservatrice. Malheureusement, selon l'auteur qui rappelle au passage des épisodes de l'histoire humaine, «violence works».

Le lien avec les écritures

Dans un sondage mené par Pew Research, «la moitié des Arabes sondés en 2012 croyaient que le Mahdi, le sauveur des musulmans, allait apparaître de leur vivant», rappelle McCants. Le chaos qui a suivi l'invasion américaine en Irak a fait resurgir l'appétit pour une explication apocalyptique, telle que prévue dans les écritures. La renaissance d'un califat islamique et d'un nouvel empire seraient donc imminents. Selon certains, la ville où auront lieu les derniers combats est même désignée: la ville syrienne Dabi (du même nom que le magazine de propagande de l'État islamique).

Alors qu'en Occident, on peine à nommer l'État islamique et qu'on se refuse à établir un lien entre une organisation aussi brutale et l'islam, les soldats de l'ÉI se rassemblent par milliers avec la conviction qu'ils participent à une bataille de la fin des temps. Comment affirmer après ça, que l'État islamique n'a rien à voir avec l'islam?

Enfin, selon McCants, l'État islamique est fondé à partir d'une prémisse sectaire: les chiites sont une menace à la communauté sunnite (les factions musulmanes doivent se faire la guerre entre elles avant l'arrivée du Mahdi). Réunissant les éléments d'une politique identitaire sectaire, d'une idéologie ultra-conservatrice et d'une approche brutale de gouvernance, l'ÉI a réussi pour l'instant à «persévérer» et continue à «s'étendre». La suite appartient à l'Histoire qui s'écrit sous nos yeux.

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