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Maria et le Bonhomme Sept Heures

19/12/2013 09:31 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Non, il ne s'agit pas d'un conte provenant du folklore québécois. Il s'agit plutôt d'une triste histoire politique contemporaine. Alors que, lundi dernier, Daniel Paillé a annoncé sa démission de la chefferie du Bloc Québécois pour des raisons de santé, deux jours plus tard, l'ex-députée bloquiste Maria Mourani faisait sa profession de foi fédéraliste. Si le momentum peut être jugé comme discutable par certains, les nouvelles allégeances de la députée fédérale d'Ahuntsic le sont encore davantage.

Depuis que le Directeur général des élections du Canada a annoncé le redécoupage des circonscriptions fédérales, c'était un secret de polichinelle au Bloc Québécois que Mme Mourani était très nerveuse et se demandait sur quel pied danser afin de pouvoir conserver son poste. Il faut comprendre qu'avec ce redécoupage, le visage de la circonscription d'Ahuntsic changera littéralement. Elle perdra de ses sections les plus souverainistes pour en gagner des plus fédéralistes dans le secteur de Saint-Laurent-Cartierville. Sans vouloir prêter des intentions de calculs électoraux et de petites manœuvres politiques à Mme Mourani, disons que la coïncidence mérite tout de même d'être mise de l'avant. Mais bon. Présupposons de sa bonne foi et regardons de plus près son argumentaire.

Il faut se le dire, je crois que même Justin Trudeau n'aurait probablement pas été capable de pousser la note aussi loin au sujet du fédéralisme canadien. D'aller affirmer que la Charte canadienne des droits et libertés est la meilleure défense pour notre identité québécoise, il faut le faire ! Alors que durant toute sa carrière, Maria Mourani s'est battue contre cette même Charte et en a démontré ses profondes lacunes, ce revirement est plutôt inattendu. Qui plus est, il est quand même étonnant de la voir joindre le camp fédéraliste, celui qu'elle a pourfendu avec ardeur. Ce camp qui a trempé allègrement dans le scandale des commandites. C'est d'ailleurs au dégoût de la population face à ce scandale que Maria Mourani doit sa première élection à titre de députée bloquiste de Ahuntsic.

Dans sa lettre, la députée mise aussi sur le projet de Charte des Valeurs proposé par le gouvernement péquiste pour expliquer son adhésion au fédéralisme canadien. Là-dessus, il appert important de mettre les choses en perspective. Alors que Mme Mourani nous invite presque à aller se cacher dans des abris nucléaires avec des provisions de Gatorade pour échapper à cette si ignoble loi, il faut se le dire: il y a une enflure verbale et une sur réaction franchement déconcertantes au sujet de cette Charte. Quand ce sont les Mathieu Bock-Côté ou Richard Martineau qui prennent le crachoir pour appuyer le projet de loi du gouvernement, il est facile de crier au méchant nationalisme ethnique de droite. Or, quand c'est Guy Rocher, Claire L'Heureux-Dubé ou Jeanette Bertrand s'en mêlent, c'est une toute autre paire de manches.

Après tout, comme la plupart des partis d'opposition à l'Assemblée nationale se plaisent à le rappeler, dans une très grande proportion, le projet de loi fait l'unanimité. Pensons entre autres à la marche à suivre proposée pour mieux encadrer les accommodements raisonnables. Ce qui semble diviser davantage les gens, c'est la question du port de signes religieux ostentatoires. Ce que certains appellent la clause des femmes voilées. Ainsi, si on considère que les réticences de Mme Mourani sont du même ordre que celles de la plupart des partis opposés à la Charte, la nouvelle profession de foi de la députée semble légèrement empreinte de démesure. Pour ainsi dire, et parce que des femmes devront se dévoiler pour travailler dans la fonction publique, Maria Mourani a une illumination et est devenue subitement fédéraliste? Houston, on a un problème!

La permission du port de signes religieux ostentatoires dans la Fonction publique serait plus importante que tout ? Plus importante que les dégoûtantes résultantes du scandale des commandites ? Plus importante que le rapatriement de la Constitution ? Plus importante que la Loi sur la clarté référendaire? Si tel est le cas, nous n'avons clairement pas les mêmes priorités elle et moi. Le destin commun d'un peuple est plus important que tout et ne devrait en aucun cas être relié à un projet de loi qui ne fait pas notre affaire. Dans un tel cas, le terme « convictions à géométrie variable » semble bien se prêter. Alors que Mme Mourani décrie, à tort ou à raison, que le gouvernement péquiste veut baser son option sur une vision du nationalisme, c'est se basant sur une critique de cette vision que la députée d'Ahuntsic base son adhésion au fédéralisme. Encore une fois, un grand manque de cohérence.

S'il ne semble faire aucun doute pour quiconque que nous retrouverons Mme Mourani comme candidate au sein d'un parti fédéraliste en 2015, il ne faudrait pas faire l'erreur de voir sa nouvelle profession de foi fédéraliste comme un dur coup pour le mouvement souverainiste. À chaque jour, dans un clan comme l'autre, on convertit de nouvelles personnes. Ainsi est faite la politique. Par contre, il faut apprendre à lire entre les lignes de la lettre de Maria Mourani. Ce qui est le plus intéressant, ce n'est pas ce qui y est écrit. C'est justement ce qui n'y est pas. Puisque les véritables motifs de sa désertion demeurent plutôt flous. Document pour document, je crois que le rapport sur le redécoupage électoral a davantage effrayé Mme Mourani que le projet de loi péquiste.

La légende veut que pour s'assurer que leurs enfants rentrent à la maison à une heure décente, jadis, les parents leur faisaient peur en leur disant que le Bonhomme Sept Heures allait venir les ramasser s'ils ne s'empressaient pas de suivre les consignes. Aujourd'hui, nous savons que ce n'était que des sottises. Maria Mourani, de son côté, nous invite à nous coucher alors que le soleil ne commence qu'à se lever pour les souverainistes. La vieille peur fédéraliste revient dans les parages. Or, nous sommes en 2013. Cette fois-ci, le folklore n'aura pas raison de nous.