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Et maintenant, la déferlante des bateaux polaires

22/01/2017 08:34 EST | Actualisé 23/01/2017 09:23 EST

Les croisières connaissent un engouement sans pareil, avec des navires de plus en plus géants, hébergeant plus de 6000 passagers. Mais aussi avec des bateaux à taille plus restreinte, pour des passagers plus exigeants voulant découvrir des mers moins fréquentées. Ils ont le vent en poupe: près de vingt de ces yachts polaires viennent d'être mis en chantier et seront opérationnels dès l'an prochain.

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Avec un carnet de commandes de plus de 50 milliards de dollars, la construction navale de bateaux de croisières ne connaît pas la crise. Car c'est le secteur du marché du tourisme le plus en vogue : il y a eu 16 millions de passagers marins dans le monde en 2011, 23 millions l'an passé, ils seront 35 millions dans cinq ans. Et ce n'est pas fini : trois raisons réjouissent les armateurs et agences de voyages. D'abord un réel rajeunissement de la clientèle, passée de 65 ans en moyenne il y a dix ans à 49 ans aujourd'hui. Ensuite, si les Américains représentent 31 % des croisiéristes, l'Asie, encore peu concernée (4,5 % en 2015) devrait représenter 11 % cette année et 15 % dans trois ans. Enfin, même si les Caraïbes comptent encore pour un bon tiers des navigations, et la Méditerranée pour un petit quart, d'autres destinations recueillent de plus en plus l'intérêt des passagers : Océanie, Alaska, Japon, Amérique latine. Et les mers polaires, Arctique et Antarctique, le « voyage d'une vie », des lieux réellement magiques que l'on peut désormais d'autant plus facilement atteindre avec un indéniable réchauffement climatique que les bateaux sont mieux adaptés, taille restreinte, coque renforcée, mazout moins polluant et règles environnementales plus élaborées.

Face à une demande de plus en plus forte - les réservations se font une année (au moins !) à l'avance - les compagnies maritimes s'engagent avec avidité sur ce marché de niche, d'autant plus rentable que la clientèle est aisée et rarement déçue. En moins d'un an, c'est une vingtaine de ces navires hors normes qui ont été passés en commande et vont donc déferler sur les mers des Grands Nord et Sud dès 2018. De là à craindre un déferlement touristique dans ces régions inoubliables ? Ce n'est pas (encore !) un tourisme de masse qui menace même si l'on escompte 50 000 visiteurs en Antarctique cette année, plus du double en Arctique : les prix vont de 7000 à 30 000 dollars par passager et sont (encore !) sélectifs.

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L'effet réchauffement climatique

Actuellement, plusieurs compagnies proposent des navigations polaires sur des navires spécialisés : la française Ponant (groupe Pinault), la norvégienne Hurtigruten, l'américaine Scenic Cruise ou l'allemande Hapag-Loyd. D'autres agences dédiées (Grand Nord Grand Large, Grands Espaces, 66Nord, Mer-et-Voyages) profitent de l'armement spécifique d'anciens bateaux de recherche ou de brises-glaces russes, du petit « Sea Endurance » 49 mètres de long et 52 passagers à l'impressionnant « 50 ans de victoire », le plus grand brise-glace du monde à propulsion nucléaire avec ses six moteurs développant 75.000 cv (contre 3 à 4000 cv pour un bateau polaire), 160 mètres, 2 hélicoptères et 128 passagers... mais aussi 140 membres d'équipage tant la machinerie est complexe, en passant par le bon vieux « Ortelius » de 1989, 89 mètres et 100 passagers, l'étonnant « Polaris » construit en 1973 pour le transport de munitions de la Royal Navy (d'où sa coque renforcée), 34 mètres et 12 passagers ou le majestueux trois mats « Rembrandt Van Rijn », 56 mètres et 30 passagers. Ces derniers cabotent seulement dans les eaux arctiques, puisque la navigation dans l'Antarctique est nettement plus réglementée. C'est ainsi que les bateaux au mazout lourd de plus de 500 passagers y sont interdits, alors qu'aucune loi ou autorégulation n'empêchent ces mastodontes de franchir le 66 ° Nord, limite du cercle polaire. Ce fut le cas cette année avec le « Crystal Serenity » qui avec ses 255 mètres de long et ses 1200 passagers et 650 membres d'équipage partis de Seward en Alaska a rejoint New York via le fameux passage du Nord-Ouest désormais libéré d'une partie de ses glaces !

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Pour 2018, déjà des réservations

D'ici à l'an prochain, pour répondre à une demande polaire de plus en plus pressante, les armateurs ont signé d'innombrables mises en chantier, souvent via des entreprises qui maîtrisent la technique de ces navires dits d'expédition, répondant à la fois à des techniques environnementales contraignantes (moteurs, coque, sonars...) et un besoin de confort allant pour certains vers un luxe indéniable (cabines de plus 16 min 2 s, restaurant gastronomique, salle de théâtre...).

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Parmi ces industriels à la technologie de pointe, on retrouve l'italien Fincantieri, (qui a récemment pris 66 % des Chantiers de l'Atlantique, une usine spécialisée dans les super paquebots, le dernier mastodonte sorti de Saint Nazaire étant « Harmony of the sea », 326 mètres de long, 55 m de large, 6700 passagers, 1100 équipages !!) et sa filiale scandinave Vard, le croate Uljanik, le norvégien Ulstein ou le hollandais Damen. Tous aux carnets chargés de commandes d'unités polaires livrables le plus rapidement. Ces navires de 110 à 170 mètres de long, pouvant accueillir entre 140 et 340 passagers sont facturés chacun entre 100 et 150 millions d'euros (contre 1 milliard pour un géant des mers). Les premiers de ces nouveaux navires seront mis en service l'an prochain. Les deux commandés par Hurtigruten, « Roald Admundsen » et Fridtjof Nansen sont annoncés pour 2018 et 2019, tout comme l'« Hondius » d'Oceanwide. Et des quatre commandés par Ponant à Fincantieri, deux, « Champlain » et « Lapérouse » font l'objet de réservations sur le site de la compagnie basée à Marseille : les places se font déjà rares...

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