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Voix réservée à Québec

06/12/2013 12:43 EST | Actualisé 04/02/2014 05:12 EST

Non non, il n'y a pas de faute d'orthographe dans le titre.

Quelle surprise, jeudi matin. Éric Caire, député de La Peltrie à l'Assemblée nationale, s'insurge contre les voies réservées sur les autoroutes urbaines de la ville de Québec. Il va même jusqu'à initier une pétition contre des voies réservées supplémentaires sur le réseau routier de la Ville de Québec. Voici le texte de la pétition:

CONSIDÉRANT QU'il y a déjà des voies réservées sur le boulevard Robert-Bourassa qui sont sous-utilisées à l'heure actuelle;

CONSIDÉRANT QU'il n'y a qu'un parcours sur le tronçon visé par le projet de voies réservées sur l'autoroute Henri-IV et que cela ne représente seulement que quelques déplacements par jour;

CONSIDÉRANT QUE le Réseau de transport de la Capitale (RTC) et la Ville de Québec sont clairs sur leur intention de ne pas ajouter de parcours sur l'autoroute Henri IV;

CONSIDÉRANT QUE l'autoroute Henri-IV est l'artère la plus congestionnée de la ville;

CONSIDÉRANT QUE le secteur ouest se développe rapidement et que le nombre de véhicules augmentera rapidement;

Nous, citoyennes et citoyens de Québec, demandons au ministre des Transports d'exclure les voies réservées de son projet de réfection de l'autoroute Henri-IV.

Eh ben. C'est étrange. Attendez un instant, je vous trouve l'engagement #71 de la Coalition Avenir Québec dans leur plateforme électorale de 2012. Ah!, le voici.

« Il faut toutefois se rappeler que le recours au transport en commun est également générateur d'activité économique en ce qu'il accroît la productivité des entreprises en diminuant le temps perdu dans la congestion automobile et qu'il entraîne des réductions de dépenses importantes pour les ménages, lesquelles peuvent être investies bien plus avantageusement dans l'économie québécoise que ne le sont les dépenses en carburant. La grande région de Montréal et la Capitale nationale seront donc les premières bénéficiaires d'une amélioration de l'offre et de l'efficacité du transport collectif.

Un gouvernement de la Coalition Avenir Québec entend relever ces défis et faire des principales villes du Québec, notamment de la grande région de Montréal, des modèles en matière de développement des transports publics. Il encouragera notamment le recours à des méthodes éprouvées et peu coûteuses pour améliorer la rapidité et la fluidité du transport vers les grands centres, comme l'implantation de voies réservées, associées à un meilleur contrôle (notamment par géolocalisation) des systèmes de signalisation. »

Oups.

Bon. On ne peut reprocher à M. Caire de réserver sa voix à l'Assemblée nationale pour les citoyens et citoyennes qui l'ont élu. Ça me va. Cependant, M. Caire devrait aussi citer quelques notions de bases en matière d'urbanisme.

- Les autobus de NovaBus contiennent jusqu'à 80 personnes en incluant celles qui sont debouts et ça monte à 112 pour les bus articulés. Comme le montre le devis technique de NovaBus. On peut donc penser qu'un grand nombre de ces personnes utiliseraient une voiture pour se rendre au travail ce qui - la vie est ainsi faite - augmenterait la circulation routière dans la ville de Québec.

- S'il n'y a pas de voies réservées, on enlève un incitatif pour les citoyens à prendre le transport en commun. Bien entendu, c'est parce qu'on veut s'éviter d'être pris dans le trafic.

- Qu'il y ait deux, trois, huit ou douze voies sur une autoroute ne change strictement rien si, à l'autre bout, il y a le même nombre de voies qu'avant. On ne fait qu'élargir le bouchon de circulation.

- C'est en utilisant le service qu'il s'améliorera: pas en gardant sa sacro-sainte voiture pour se rendre - seul - au travail. Plus des gens l'utilisent, plus l'accessibilité à certains endroits de la ville s'améliorera. Encore une fois, la vie est ainsi faite.

La ville de Québec est le paradis de l'automobile. L'urbanisme est fait en fonction de celle-ci. Mais je ne crois pas avoir à vous rappeler les coûts reliés à la surutilisation de l'automobile (pollution, usure accélérée du réseau routier, retards au travail qui entraîne des pertes pour les entreprises, etc). Pour un parti qui se déclare "champion de l'économie", M. Caire devrait savoir ça.

Oh, bien sûr. Encore une fois, il représente la population qui l'a élu. Mais justement: le devoir de M. Caire n'est pas de mettre de l'huile sur un feu qui s'embrase généralement par lui-même: il est de faire la pédagogie de la nécessité d'un bon réseau de transport en commun pour sa population. Mais bien entendu, je sais, c'est plus difficile et le but est simplement d'être réélu, pas vrai?

Je termine en proposant une question existentielle à M. Caire: comment se fait-il qu'une ville comme Québec - qui contient environ 510 000 citoyens - a besoin de 8 autoroutes urbaines (Henri IV, Duplessis, Robert-Bourassa, Charest, de la Capitale, Dufferin, de la Bravoure, Laurentienne) alors que Seattle, à environ 630 000 habitants, n'en a besoin d'absolument aucune?

Peut-être que se questionner sur l'urbanisme de la ville de Québec et son étalement urbain serait plus constructif. Mais oui, je sais: se questionner ne fait pas gagner ses élections. Voeux pieux, n'est-ce pas?

Joyeux noël, M. Caire.

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