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Mon #!@-)($& de iPhone

12/05/2014 09:46 EDT | Actualisé 12/07/2014 05:12 EDT

Samedi, 7h48. Vous allez me dire que je suis gâté. Que si j'avais des enfants, ce serait une heure plus que raisonnable pour se lever. Même un samedi. Sauf qu'il y a un détail important dans l'introduction de cette histoire: je n'ai pas d'enfant. Et j'en veux pas. Et le samedi, pour moi, c'est l'occasion de faire un rond de bave sur un oreiller tout en envoyant un finger à toute obligation professionnelle ou morale.

J'ai un chien, par contre. Quelle race? Dur à dire. Si mes calculs sont exacts, le mâle était un mélange de husky et de berger allemand alors que la femelle était un mélange de Retriever et de Labrador. D'ailleurs, parenthèse: si votre Retriever est roux, ce n'est pas un «golden», ok? C'est un Red Retriever. S'il est noir? Un Black Retriever (c'est mauditement rare, si vous en avez un, chanceux). S'il est blond, oui, c'est un Golden. Retriever. La race, c'est un Retriever. Pas un «golden».

Fin de la parenthèse. Revenons au cabot, le mien. Parce que lui, contrairement à l'enfant, s'il me réveille avant 7h48, c'est parce qu'il a envie de pisser et rien d'autre. Et que lui aussi, il a les yeux dans la colle. Alors tu le sors, tu le laisses faire sa besogne, tu le rentres et il se recouche. En clair, pour mon chien, 7h48, c'est tôt en ti'peupère. Ce qui fait que toi aussi, tu peux te recoucher.

Good boy, Charlie. C'est le nom du chien.

7h48, donc. Le téléphone vibre. «Fuck off», lui dis-je. Un courriel.

7h49. Le téléphone vibre encore. Un texto, cette fois. «Fuck off, j'ai dit».

7h49 et 48 secondes. Le téléphone vibre une troisième fois. Message Facebook. «Voyons, sacrament». Charlie soupire en s'étirant. Il me dévisage en ayant l'air de me dire «Vas-tu la fermer, ta maudite boîte à niaiseries?!». C'est le iPhone, la boîte à niaiseries.

Mais bon, je suis directeur de la programmation d'une station radio. Et je suis le premier contact, en cas d'urgence. Donc le fuck off initial s'est bien entendu transformé en «kossé'ki a, là?».

C'était effectivement un animateur bénévole. Le pauvre avait oublié le code de la porte. Et ses écouteurs dans le studio, le soir d'avant. «Je ne voulais pas te réveiller en t'appelant, alors je t'ai envoyé des messages autrement».

Hum. Oui, moi aussi, j'ai roulé les yeux. Principalement parce que son objectif, dans le fait de m'envoyer des messages autres qu'un simple appel, n'est pas tout à fait atteint.

Bref, le gars s'oublie. Mais il est franchement sympa. Alors j'ai évité de partager avec lui tous les mots qui me passent par la tête.

Mais là, il est trop tard pour me rendormir. Le soleil est levé pis, bon, «les parents se lèvent à cette heure-là, après tout». Café, douche et promener le chien.

C'est en marchant avec Charlie le gentil bâtard que j'ai eu une révélation soudaine. «Et si je lançais mon iPhone dans l'fleuve?».

Je m'explique: à part être une laisse tirée par des gens qui ne veulent pas vraiment te parler, mais qui veulent seulement se mêler de ta vie parce qu'il n'y a rien de bon à ti'vi, un téléphone intelligent, ça sert à quoi? Est-ce que le prix mensuel de la bébelle est vraiment nécessaire compte tenu de ce qu'il donne? Nah. Et je ne sais pas vous l'avez remarqué, bonnes «gensses», mais l'avènement de cette go'gosse a diminué grandement la qualité du travail de tous et de toutes. Simplement parce que celui qui l'a n'a pas le temps de réellement penser à son affaire avant de s'occuper d'un dossier ou d'une tâche et fait tout à moitié pour ne pas faire attendre le prochain. Résultat global: très moyen, travail à recommencer, perte de temps et on fait doublement attendre le/la prochain(e).

La marche avec mon chien, je disais. Parce que bien entendu, j'avais traîné le iPhone avec moi pour promener mon chien. Faudrait surtout pas que je manque un autre appel impertinent tandis que je ramasse le caca de mon cabot en saluant les passants qui me donnent d'excellents commentaires sur la grosseur du tas. Tels que: «Eh boy!, y'é en santé, ton chien! Han? Hahahaha! Han? Han?». En passant, si vous n'avez rien d'autre à dire que de faire un commentaire éditorial sur la grosseur du tas à ramasser, vous savez, des fois, un signe de la main et un sourire, c'est ben en masse.

Lancer mon iPhone dans l'fleuve, donc? Bah non, je l'ai pas fait. Pas parce que l'envie me manquait, mais parce que j'avais un meilleur plan que lancer mon appareil à cellules polluant dans un fleuve qui a besoin d'un peu plus d'amour.

Et si j'allais reprendre un téléphone niaiseux qui reçoit et envoie des appels? Bonne idée. Ça va me coûter moins cher chaque mois et il n'y a personne qui va m'envoyer trois messages plutôt qu'un pour me dire qu'il a oublié le code de la porte de la station.

Je vous entends penser. Ben oui, qu'il l'avait dans ses courriels, le code de la porte. Et qu'il a un téléphone intelligent qui a ses courriels dans lesquels il aurait pu trouver l'os*** de code de la porte. Mais il est sympa.

C'est donc mon projet de la journée. Je me présente chez mon fournisseur cellulaire avec mon iPhone. Le gars qui me reçoit a pas envie d'être là, a trop de gel dans les cheveux et l'air de me regarder en me jugeant: «Maudit gauchiste qui a des macarons sur son coat de cuir».

- «Salut. Sais-tu quoi? Moi, un iPhone, finalement, bof».

Je ne pensais pas lui faire autant plaisir. Toutes les phrases en pré-fab qu'il a apprisses dans ses innombrables formations suivies dans des salles éclairées au néon au 10e étage d'un building déprimant se sont enchaînées, une après l'autre, pour me convaincre de la grande - très grande - importance qu'a un #!@-)($& de iPhone dans ma vie. Tout y est passé: mon compte iTunes, mon application AccèsD, mes filtres Instagram, l'application du RTC qui me permet de dire «Fuck, j'ai manqué le bus» rendu à l'arrêt: toutes ces choses qui rendent ma vie tellement meilleure.

- «Non, sérieux. J'veux un téléphone à flip. Laid. Qui pèse 10 livres. Qui reçoit et envoie des appels. Que je peux échapper par terre sans que ça me coûte 40$ de changement de vitre à chaque fois. Tsé? Un téléphone».

J'avais oublié qu'en vente, on t'apprend à ne pas décrocher d'un client tant qu'il ne te dit pas trois fois le mot «non».

- «Okay. On va couper ça court. Non. Non. Non. Ça fait bien trois fois "non", ça?»

J'ai éveillé la bête. Il a sorti l'artillerie lourde. C'est là qu'il m'a sorti les pénalités que je devais payer pour me débarrasser de mon iPhone. Avec un ton grave, bien sûr. «134$, monsieur!», dit-il en se pinçant les lèvres et en hochant de la tête pour bien souligner à quel point c'est un gros montant.

Sauf qu'il a oublié un détail: je sais compter.

- «OK. 'Mettons que je ne te dis pas que je trouve que ton 134$, c'est d'la vidange et/ou de l'extorsion. T'es en train de me dire que ça me coûte 134$ pour baisser mes paiements mensuels de 50$? Pis qu'en plus, il ne me coûtera pas 40$ de vitre aux 4 mois? Donc qu'en moins de trois mois, j'rentre dans mon argent et je n'ai pu de téléphone qui me donne l'impression que l'oeil de Sauron me surveille dans mon sommeil? Donc exactement ce que je veux?».

Échec et mat. Ses cours de vente à pression offerts gracieusement par *censure du nom de mon fournisseur cellulaire*, le Gracient Formula qu'il a dans la tête et le gel cheap qui pogne tout ça en pain avec une magnifique odeur de char neuf n'ont pu m'abattre.

Ce qui fait que ça fait deux semaines que j'attends mon téléphone à flip par la malle. Maudit qu'il est laid, mon téléphone. Non, sérieusement, c'est les bas blancs du téléphone cellulaire. La Corolla 1998 automatique à intérieur beige du cellulaire. Le Sher-Wood en bois acheté au Canadian (China) Tire du cellulaire.

J'ai appelé chez mon fournisseur pour savoir où était rendu mon téléphone anti-niaiseries. Parce que bien entendu, le téléphone intelligent qui fait des bruits de sabre laser de Star Wars, ils l'ont en stock. Mais pas le téléphone à gros pitons qui fait des bruits de modem 56K. «Ah, ben il nous faut le commander. Puis le vérifier. Puis l'homologuer. Puis y goûter. Puis faire un crash test. Puis vous l'expédier. Dans environ 3 semaines».

Pour vrai, là?

7h32. Dimanche. Mon téléphone vibre.

Calice.

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