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Le «Mystère Québec»

02/08/2013 12:26 EDT | Actualisé 01/10/2013 05:12 EDT

Voilà une expression bien populaire dans le giron souverainiste québécois qui me fait bien sourire: le «Mystère Québec». C'est le nom donné à l'incompréhension qu'ont les bonzes de l'indépendance pour la timidité des citoyens de la Capitale-Nationale face à la question nationale. Pour plusieurs, c'est un peu comme si la région de Québec était protégée par une espèce de bulle bien difficile à péter.

La question se pose, en effet: comment la région - qui serait pourtant celle d'une nouvelle capitale sur la mappemonde - peut se montrer si timide à faire du Québec un pays? Est-ce le message indépendantiste qui passe mal ou est-ce que Québec serait simplement frileuse?

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Le message indépendantiste, depuis plus de 40 ans, a la fâcheuse tendance de taper continuellement les mêmes clous: identité, langue, culture. «On veut être nous-même» est un slogan souvent utilisé, surtout par les politiciens, pour expliquer la nécessité de se faire un pays.

L'ennui, c'est que les gens de Québec sont déjà eux-mêmes. On y parle déjà français en forte majorité et on y trouve une identité propre à la vieille capitale. Qui plus est, Québec est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. De fait, le message identitaire et culturel est, de façon plus que compréhensible, plus ou moins important dans une des plus vieilles villes d'Amérique-du-Nord.

Le message plus mesquin du méchant pouvoir anglophone qui domine les petits habitants francophones est aussi devenu totalement hors d'ordre. La ville a son parc technologique, en est pratiquement au plein-emploi, accueille annuellement des artistes plus grands que nature et rayonne dans toute la francophonie avec un maire qui, même s'il ne fait pas l'unanimité, ne peut recevoir de reproches de quiconque en ce qui a trait à son dynamisme et sa force d'attraction.

L'économie? La ville de Québec vient d'être classée 4e au Canada dans le palmarès des meilleurs endroits où faire du business pour les entrepreneurs. Les quartiers Saint-Roch, Saint-Sauveur et Limoilou ont été revitalisés à vitesse «grand V» dans la dernière décennie et la Boulevard Charest est devenu la Silicon Valley du jeu vidéo au pays. Les grands restaurants comme les bons petits endroits branchés (Le Cercle, Méduse, l'AgitéE et tout ce qui se trouve sur Grande-Allée) apparaissent en claquant les doigts.

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Bref, le party est «pogné» à Québec. Alors mettez-vous dans la peau d'un résident de Québec: «Pourquoi risquerait-il de tout perdre cet élan de dynamisme alors qu'il commence tout juste à en profiter. Pourquoi est-ce que je prendrais ce risque alors que nous avons déjà tout ce que la souveraineté nous propose»? Nous éviterons ici de faire la démonstration qu'il n'y a aucun lien de causalité entre souveraineté et perte de vitesse économique... Ceci dit, la question mérite d'être posée.

On peut dire ad vitam æternam qu'il s'agit de confort et d'indifférence. Mais si le confort peut être pris en compte, les gens de Québec sont loin d'être indifférents face à la question nationale. L'ennui, c'est qu'ils ne se sentent pas visés.

On dit souvent d'ailleurs que lorsqu'on connaît une seule réalité et que celle-ci est acceptable, on tente à ne pas en désirer une autre. C'est très machiavélique comme affirmation, mais comme la réalité est acceptable dans la région de la Capitale-Nationale, on peut se permettre de l'appliquer.

Pourtant, la cause indépendantiste a besoin de l'appui massif de sa capitale pour se concrétiser. Le Parti québécois peut bien faire des calculs stratégiques pour aller gagner deux ou trois comtés de plus dans la région (les circonscriptions de Jean-Lesage et Jean-Talon semblent plus propices à la cause) mais on est encore loin du 60% d'appui pour la souveraineté nécessaire à ce qu'un référendum passe compte tenu du poids énorme qu'a l'ouest de l'île-de-Montréal sur les résultats.

Ce qui est étrange, c'est qu'il n'y a pas si longtemps, la région de Québec comptait sur plusieurs circonscriptions dites «sûres» pour le Parti québécois (Charlesbourg, Vanier, Louis-Hébert et Montmorency étaient péquistes). Même Chaudière-Appalaches, à l'exception de la Beauce, était un bastion péquiste avec les Goupil, Carrier-Perreault, Lachance et Paré.

Mais qu'est-ce qui a changé en si peu de temps?

Ce qui a changé, c'est que le giron indépendantiste (devenu souverainiste pour avoir l'air plus léger) est devenu tellement technocrate et embourbé dans sa stratégie qu'il est maintenant moribond. On s'est lancé dans une ronde interminable de pourparlers, de changements de messages, de comités dédiés à étudier l'autre comité qui étudie la stratégie que les rangs souverainistes devraient étudier pour trouver une stratégie qui nous mènera à une association étudiée et négociée avec le Canada à condition que. À l'occasion, même, on s'excuse pratiquement d'être indépendantiste pour ne pas froisser quiconque.

Tant et si bien que les citoyens de Québec, pressés de faire de leur région une réelle capitale, ont perçu la cause souverainiste comme une perte de temps. Parce que détrompez-vous, chers lecteurs: les gens de Québec ne sont pas moins souverainistes qu'avant. Ils sont simplement plus impatients face au niaisage.

Et pourtant, ça ne prend qu'un tout petit déclic.

À preuve, Jean-Martin Aussant s'est sorti de ce «niaisage» est a présenté Option nationale à la population. Un message clair, limpide, net et précis ainsi qu'une démarche (ou feuille de route) tout aussi limpide. Un discours inspirant qui explique de A à Z les nécessités à la fois sociales et économiques de faire du Québec un pays. Pas juste pour les francophones: pour tous les Québécois. Et comme par magie, sa candidate de Taschereau, Catherine Dorion, a été la candidate d'ON qui a reçu le plus de voix de sa circonscription après M. Aussant lui-même. Preuve encore plus concrète: lorsque M. Aussant se présentait à CHOI Radio-X pour une entrevue, les animateurs - pourtant très peu réceptifs à la cause souverainiste - avouaient ici et là, en ondes, que M. Aussant les séduisait. Faut le faire!

Les gens de Québec n'aiment pas l'excès de paperasse, de technocraties et de pourparlers interminables qui ne mènent jamais à rien à l'exception de quelques coquetels où des souverainistes vont rêver ensemble à leur projet avant de se dire «on se voit dans six mois». Ils n'aiment pas ces élus qui «niaisent avec la puck». Ils aiment la clarté, la sincérité et l'honnêteté. La Capitale-Nationale, au fond, ne demande que ça. Si les intellectuels pensent au projet souverainiste, les gens de Québec veulent le bâtir. C'est des Jean Garon et des Catherine Dorion, des René Lévesque, des Jacques Parizeau et des Jean-Martin Aussant qui font rêver et les gens de la Capitale et les inspire: pas des Marie Malavoy.

Vous en voulez une, une bonne stratégie qui séduirait les gens de Québec? Allez lire le nouveau billet de mon collègue Vladimir de Thézier. C'est exactement ça.

En somme, il n'y a pas de mystère, à Québec. Le mystère persistant, c'est que les bonzes indépendantistes cherchent encore à trouver une explication au non-appui de la capitale qui est pourtant très facile à pointer.

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