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L'ennemi devant soi

19/08/2013 11:45 EDT | Actualisé 19/10/2013 05:12 EDT

S'il y a bien une chose que Pauline Marois souhaite en ce moment, c'est de voir Philippe Couillard à l'Assemblée nationale. Car si le chef du Parti libéral du Québec n'est pas devant elle, la première ministre est forcée de surveiller ses angles morts plus qu'à l'habitude. N'étant pas forcé de suivre l'agenda parlementaire, M. Couillard peut parler du sujet qu'il veut, quand il le veut, s'il le veut, parce qu'il le veut. En ce sens, il peut détourner l'attention du gouvernement de bien des façons.

C'est pourquoi Mme Marois a invité M. Couillard, dimanche, à se présenter pour les élections partielles de la circonscription de Viau, laissée vacante par le départ de Emmanuel Dubourg qui préfère manifestement la politique fédérale. Faut dire que le salaire au fédéral est intéressant et la prime de départ provinciale, elle, est alléchante.

En ce sens, la première ministre a même proposé à M. Couillard de ne présenter aucun(e) candidat(e) dans Viau, laissant la circonscription sur un plateau d'argent au chef du PLQ. Et si Philippe Couillard soutient qu'il est plus intéressé à se présenter dans une circonscription qu'il connaît bien (les rumeurs parlent de Roberval), le gouvernement rétorque qu'il aura le loisir de le faire à la prochaine élection générale.

Intéressante dichotomie

C'est cependant une intéressante dichotomie à laquelle on assiste en ce moment. Le parlement britannique étant ce qu'il est, le gouvernement et le premier parti d'opposition sont forcés à des bras de fer qui n'ont rien à voir avec la bonne gestion publique, mais tout à voir avec la stratégie.

Pourtant, si Mme Marois offre l'amnistie durant l'élection partielle à son opposant libéral (un fédéraliste), elle était beaucoup moins intéressée à l'offrir à des adversaires souverainistes tels que Françoise David, Amir Khadir ou Jean-Martin Aussant. C'est l'ironie de notre système parlementaire: on laisse entrer des adversaires et on s'efforce à combattre ceux et celles qui partagent avec nous les principales raisons de notre existence. Intéressant, n'est-ce pas?

La chef du Parti québécois préfère M. Couillard au parlement, donc, question qu'il réponde de ses idées, de ses projets et, bien entendu, de son passé comme ami de Arthur Porter et comme conseiller en Arabie-Saoudite. C'est clair comme de l'eau de roche qu'au fond, le PQ souhaite envoyer Philippe Couillard dans la fausse aux lions.

Le chef du PLQ mordra-t-il à l'appât qui lui est offert? C'est à en douter. Il est en ce moment à sa tournée des régions, à la rencontre des citoyens, et c'est une situation qui lui plaît amplement. Comme je le disais plus tôt, il peut divaguer sur tous les sujets sans suivre l'agenda parlementaire question de déstabiliser le gouvernement, il rencontre les citoyens par le fait même, rebâtit le coeur de son parti qui en a bien besoin et est, par surcroît, payé par son parti grassement pour le faire. «La belle vie», dirait un autre chroniqueur.

Le dos au mur?

En revanche, le PQ pourra bomber le torse et accuser le chef du PLQ d'esquiver les débats, les projets de loi ainsi que la gestion de l'État pour manger du blé d'Inde avec le Club Lions du coin. Il pourra aussi attaquer un parti qui est devenu moribond au parlement sans avoir de réelles oppositions à ces attaques.

Aussi, s'il refuse la circonscription de Viau, le Parti québécois pourra y faire une attaque en soulignant à gros traits aux citoyens concernés que M. Couillard ne semble pas leur donner beaucoup d'importance. Et si le PQ réussit à présenter un candidat de qualité dans cette circonscription, il n'est pas hors d'ordre de penser à un gain pour le parti souverainiste. Dans ce comté teint de rouge, ce serait toute une défaite morale pour le premier parti d'opposition.

Pendant ce temps, à Londres...

Pendant ce temps, dans la capitale du Royaume-Uni, un homme défait ses boîtes et se demande vraiment pourquoi Pauline Marois ne lui a pas offert la même amnistie dans Nicolet-Bécancour alors qu'il était en tête des sondages locaux. Comme quoi l'important n'est pas toujours le projet de pays, mais bien de former le gouvernement.

Mais le PQ se demande encore pourquoi plusieurs souverainistes ne veulent plus rien savoir de lui. La vie a beaucoup d'humour, des fois.

Et dire qu'une coalition des forces souverainistes auraient eu pour effet, au dernier scrutin général d'assurer une majorité de souverainistes au parlement...

Mieux: dire qu'un mode de scrutin avec une composante de proportionnelle, comme le proposait le PQ à sa fondation, arrangerait le problème en un claquement de doigts. Comme quoi, des fois, les souverainistes sont leurs propres ennemis.

Ben coudonc.

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