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Mettre fin aux mines antipersonnel: passer de la parole aux actes

04/04/2016 12:13 EDT | Actualisé 04/04/2017 05:12 EDT

10 ans. 10 ans que je rencontre des victimes de mines antipersonnel et autres déchets explosifs de guerre au Laos, au Cambodge, au Liban, en Colombie.

10 ans que je vois les déchirures des corps et des esprits, les voiles qui ne quitteront plus les yeux des mères sans enfants, la colère des communautés qui, en plus de pleurer leurs morts et leurs amputés, vivent en plein milieu de champs de mines.

mines

Amputés, c'est bien le mot. Dans tout ce qu'il a de plus tranchant quand l'explosion perfide vient ravir des jambes, des bras, des yeux.

Amputés, d'un avenir, d'une intimité, du regard et de l'attention des autres.

Amputés, d'une aide qui leur est promise depuis la fin des années 1990 mais qui tarde toujours à atteindre les plus vulnérables.

Amputés, d'une sécurité indispensable à tout développement, à tout relèvement. Le temps presse et chaque heure, chaque jour qui passe menace toujours plus d'innocents.

J'étais en Colombie au début du mois de mars. Handicap International y mène des opérations depuis la fin des années 1990, notamment un important programme d'assistance aux victimes de mines antipersonnel soutenu par le Canada depuis 2012, et qui vient de se terminer. Puis, surtout, Handicap International se prépare à déminer les terres qui seront bientôt rendues accessibles par les accords de paix...

Quelques jours passés avec ces survivants et leurs familles, ce n'est pas grand-chose finalement. Et pourtant, j'en reviens rempli d'autant de joie que de colère, de rires que de larmes.

Comment admettre que de vieilles bouteilles de soda et des seringues se transforment en pièges explosifs et menacent des villages entiers? Comment accepter que les blessés puissent mettre 8 heures pour atteindre le premier service d'urgence?

Comment supporter que les services auxquels ont droit les survivants ne soient accessibles qu'à un petit nombre?

Comment comprendre que derrière la carte postale se dissimule des centaines de milliers de monstres en attente de leurs proies, faisant de la Colombie le deuxième pays le plus pollué après l'Afghanistan?

Ceux qui vivent cette horreur ont pourtant transformé leur colère en énergie. Gracias a Dios, au Canada et à Handicap International, ils sont debout, retournent à l'école, sont référés vers les services existants , connaissent leurs droits, apprennent un nouveau travail, démarrent une nouvelle activité économique et, pour certains, deviennent démineurs...

Puis ils parlent, témoignent, réclament.

Car pour eux, les promesses ne suffisent pas. Ils savent ce que ça coûte que de poser une prothèse, ce que ça coûte que de recevoir des soins de physiothérapie, ce que ça coûte de suivre des formations professionnelles, ce que ça coûte d'éduquer les communautés aux risques des mines, ce que ça coûte de déminer un territoire à 10 heures de marche de la première route asphaltée ou simplement de l'autre côté de la clôture de l'école...

Ils savent surtout ce que ça épargne : des vies, des drames, des avenirs mutilés et leurs lots d'angoisses.

Alors, qu'ils soient de Colombie, de Syrie, du Yémen, du Sénégal, d'Irak, d'Ukraine, du Cambodge... ce que veulent ces gens, c'est simplement que nous passions tous de la parole aux actes. Pour vivre enfin dans un monde sans mines.

Et quand mes yeux se plongent au plus profond des leurs, je peux vous assurer que rien ne saurait mettre en doute cette responsabilité qui est la nôtre.

À quoi bon servirait notre humanité sinon?

À l'occasion de la Journée internationale de sensibilisation au problème des mines le 4 avril, Handicap International, qui a partagé le prix Nobel de la paix en 1997 pour son combat contre ces armes, souhaite rappeler l'ampleur de la tâche et la nécessaire mobilisation de toute la communauté internationale pour combattre ce fléau.

Plus d'informations sur www.handicap-international.ca.

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