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Romantisme et multiculturalisme: deux côtés d'une même médaille

18/10/2013 12:06 EDT | Actualisé 17/12/2013 05:12 EST

L'adhésion au multiculturalisme est, pour plus d'un, l'envers total du racisme et de la xénophobie. Pour l'ensemble de la classe intellectuelle, l'idéologie multiculturaliste est destinée à la mise en place d'un vivre ensemble plus sain et plus fraternel au sein duquel chaque groupe culturel pourrait s'épanouir pleinement. Le multiculturalisme favoriserait les échanges entre groupes communautaires et pourrait même ultimement mener, dans une logique utopiste, vers la pacification complète des rapports sociaux. Les multiculturalistes seraient donc les nouveaux propagateurs de la Bonne Nouvelle postmoderne.

Mais serait-il possible que derrière ce véritable acharnement à vouloir préserver intégralement les héritages culturels des immigrants se soient dissimulé des motivations beaucoup moins nobles que celles que l'on aime tant évoquer ? Que la psyché collective multiculturaliste renferme des motivations refoulées qui n'auraient absolument rien à voir avec le soi-disant «altruisme» que font valoir ses fidèles pour promouvoir cette religion de la diversité ?

La réhabilitation par la gauche et les libéraux du romantisme en politique traduit d'abord la recrudescence d'une droite anti-humaniste. Système de pensée dont la condamnation de la raison humaine est la spécialité, le romantisme est alimenté par une profonde animosité envers les valeurs universelles telles que la laïcité. Caractérisés par un fort, très fort idéalisme, les idéaux romantiques espèrent réactiver les pulsions enfouies au plus profond de la conscience collective. Il s'agirait surtout de réagir face au déracinement contemporain produit par des sciences aliénantes et une bureaucratie comptable, d'inscrire sa destinée au sein d'un univers franc et dynamique. Dangereux, le romantisme représente la recherche perpétuelle d'une authenticité survalorisée et est à l'amour ce qu'il est aussi au multiculturalisme : un mélange de passion, d'aveuglement et de désirs contradictoires.

Ce n'est pas une mauvaise blague : l'idéologie multiculturaliste, parce qu'elle sacralise la plupart des cultures ancestrales, est porteuse d'un réenchantement du monde voué à la destruction progressive du rationalisme occidental que l'on considère comme dégradant envers l'environnement, envers la dignité «naturelle» de l'homme et envers ses «élans passionnels». La sagesse sauvage des populations immigrantes serait appelée en renfort pour faire face au vilain chauvinisme existentiel d'un être humain persuadé d'être la seule espèce vivante digne de ce nom. Et nous les Blancs sommes des barbares, des colons, des impérialistes, des créatures superficielles dont les femelles assassinent de pauvres baleines bleues en se maquillant quotidiennement. C'est toute cette dynamique revancharde qui a été transposée dans le film Avatar.

Autrement dit, ce fort engouement pour les cultures étrangères, cette aversion envers l'assimilation des immigrants, ce respect inédit pour les traditions séculaires s'inscrivent dans une conception du monde qui n'est pas sans rappeler les prémisses d'une idéologie fasciste qui entendait soumettre l'Humanité à un ordre naturel délivré de sa superficialité bourgeoise. D'ailleurs, n'étaient pas rares les inspirateurs du Reich tels que Diederichs qui, contrairement à la croyance populaire, entretenaient une véritable fascination pour les peuples orientaux qui vivaient selon eux en harmonie avec le cosmos. J'écrivais dans un récent blogue que la nouvelle gauche considérait désormais certaines cultures comme le prolongement de la nature, comme l'expression tangible d'une résistance face à l'artificialisation du monde produite par la projection massive d'un américanisme homogénéisateur.

Le romantisme multiculturel tend donc à la condamnation du progrès scientifique qui est à l'origine de la crise écologique. Le progrès scientifique, corollaire d'un cartésianisme froid, trop froid pour répondre aux aspirations chaleureuses de l'Homme authentique, n'est plus trop à la mode. Le romantisme multiculturel incarne donc aussi une certaine révolte contre l'hégémonie matérialiste issue d'une culture judéo-chrétienne accusée de tous les maux planétaires. Après tout : n'est-il pas écrit dans les premiers versets de la Genèse que l'Éternel avait sommé l'Humain de dominer les eaux et la terre ? Que celui-ci devait se multiplier et se répandre partout sur la surface terrestre jusqu'au retour triomphal du Seigneur ?

C'est donc une profonde haine des origines judéo-chrétiennes de notre civilisation que l'on peut extirper de l'inconscient multiculturaliste. Cette conviction latente, mais bien présente que l'Occident est une civilisation pécheresse qui doit être sévèrement punie pour avoir propagé des philosophies malsaines telles que l'humanisme et l'existentialisme, lesquelles ont pour conséquence la domination par l'Homme de son environnement. C'était aussi cette détestation obsessionnelle des racines juives de l'Europe qui auront poussé les nazis à se prétendre les descendants d'ancêtres mythiques dont la religiosité païenne devait n'avoir rien en commun avec les principes d'un christianisme qui ne respectait pas les «lois de la nature» et qui était trop juif pour être vraiment allemand.

Les mocassins des Amérindiens étaient ainsi tellement plus sympathiques que nos chaussures de mauvaise qualité fabriquées à la chaîne par des enfants exploités honteusement au profit de transnationales. Leur fabrication était tellement plus en harmonie avec la Déesse mère que nos produits caoutchouteux désincarnés vendus dans des magasins sans âme peuplés de personnel robotisé. Il manque de mystère à nos vies, de ces «énergies vitales» dont s'abreuvaient fièrement les hommes primitifs. Les multiculturalistes observent un monde fatigué des aléas incessants de l'histoire humaine. Ils nous proposent de mettre fin à notre époque en adhérant au romantisme du XXIe siècle.

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