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La grande trahison gauchiste: la répudiation de la laïcité

17/09/2013 10:20 EDT | Actualisé 17/11/2013 05:12 EST

Question de ne pas lâcher le morceau: je reviens encore une fois sur cette fameuse Charte des valeurs québécoises. Plus précisément, je veux vous parler de laïcité, tout court. Cette laïcité qui jusqu'à tout récemment, aura toujours été associée à une mesure progressiste, à une mesure de gauche. Inutile de tourner autour du pot : la gauche a trahi l'une de ses propres déclinaisons idéologiques. Une mère a renié sa fille. La gauche a renié son enfant.

Il suffit de faire un petit survol historique pour le réaliser. Avant la laïcité, il y a plus de 200 ans, il y eut d'abord en France le laïcisme, cette véritable « religion politique » qui entendait éradiquer totalement la religion de la société. Le laïcisme n'était pas réactionnaire : il n'était évidemment pas du côté de la droite catholique de l'époque. Le laïcisme déifiait la Raison avec un grand R, celle-ci était sa véritable déesse.

Les laïcistes étaient des intégristes anticléricaux qui souhaitaient évacuer totalement de la sphère publique toute forme de superstition. Durant la Révolution française, ce n'est pas sans raison que des prêtres furent éventrés, que des sœurs furent atrocement violées et que des églises furent incendiées. Au 19e siècle, ces gauchistes d'antan combattront ensuite férocement les milieux conservateurs qui souhaitaient préserver l'influence de la religion au sein des institutions publiques. Les partisans du laïcisme contribueront ainsi grandement à l'avènement de la laïcité telle qu'on la connait aujourd'hui dans l'Hexagone. La loi de séparation de l'Église et de l'État, décrétée en France en 1905, suscitera l'indignation de nombreux catholiques issus de la droite.

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Avant 1905 et environ un demi-siècle après la Révolution française, c'est le marxisme qui arrivera à s'imposer durablement sur la scène politique de plusieurs pays occidentaux, et ce pour plusieurs années. Profondément athée, misant sur le «matérialisme historique» en condamnant plus que férocement le capitalisme, Karl Marx popularisera un dicton devenu célèbre: «La religion est l'opium du peuple». Au 20e siècle, les divers mouvements marxistes feront sur l'ensemble de la planète, peut-être à l'exception de l'Amérique latine, la vie extrêmement dure aux religions, même en Chine. Nous étions vraiment très loin des ambitions multiculturalistes des gens opposés à la Charte des valeurs québécoises.

Le marxisme entendait donc lui aussi faire table rase d'un passé religieux qu'il considérait comme révolu et oppressant. Avec raison, les marxistes considéraient la religion comme un instrument destiné à assujettir les populations et à maintenir celles-ci indéfiniment dans un état d'ignorance.

Toutefois, une grande mutation a eu lieu. Le gauchisme, par sa nouvelle adhésion inconditionnelle au multiculturalisme, semble maintenant avoir plus en commun avec la droite économique qu'avec une certaine gauche d'autrefois. La gauche mise dorénavant sur des libertés individuelles qui ont toujours été perçues par les socialistes à travers l'histoire comme des caprices idéologiques que réclamait la bourgeoisie industrielle. Le refus du collectif - de l'unité - de la nation - illustrés par l'aversion des intellectuels de gauche envers le projet laïque québécois, contraste beaucoup avec les visées révolutionnaires des siècles derniers.

Autrement dit, la gauche s'est profondément métamorphosée. Son opposition au projet de Charte des valeurs québécoises traduit la montée d'un «islamo-gauchisme» qui ne cadre absolument pas avec ce qu'elle a déjà été. Des partisans de Québec solidaire brandissent aujourd'hui le spectre de la haine de la religion tandis que des féministes qui se sont battues aux côtés des marxistes encouragent officieusement le port du voile pour les femmes au service de l'État québécois. L'image en dit long.

Si la gauche n'y voit pas d'incohérence, qu'elle persiste à s'opposer au projet : qu'elle assume.

Le gauchisme n'est plus ce qu'il était et ses adhérents devront l'admettre et le réaliser.

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