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La Meute est-elle multiculturaliste?

Peut-on vraiment affirmer qu'il s'agit d'une formation raciste? Mon hypothèse est que La Meute ne fait, au fond, que jouer le jeu du multiculturalisme.

28/08/2017 10:57 EDT | Actualisé 28/08/2017 10:57 EDT
Stringer . / Reuters
Le choix de nom du groupe La Meute n'est pas anodin, il permet de mieux comprendre son esprit.

La Meute fait beaucoup parler depuis les dernières manifestations qui l'ont opposée à l'extrême gauche dite antiraciste. Le dimanche 20 août dernier, le groupe qui se décrit comme opposé à l'immigration illégale a attendu que les militants violents soient écartés de la circulation avant d'entamer une marche silencieuse dans les rues de la capitale. La plupart des observateurs estiment ainsi que La Meute a fait preuve d'un certain sens politique en laissant à ses détracteurs le monopole de l'incivilité.

Quoi qu'il en soit, quels sont les véritables idéaux qui animent La Meute? À quel genre d'imaginaire doit-on rattacher son action? Peut-on vraiment affirmer qu'il s'agit d'une formation raciste? Contrairement à ce que prétendent une majorité de commentateurs, mon hypothèse est que La Meute ne fait, au fond, que jouer le jeu du multiculturalisme. La Meute combat moins le multiculturalisme qu'elle ne le pousse à son paroxysme.

Le multiculturalisme ou l'enromancement du monde

Ce n'est pas la première fois que j'établis un lien entre le multiculturalisme et des mouvements apparentés à une certaine extrême droite. Dans plusieurs textes et dans mon livre Le Retour du bon sauvage, j'ai déjà suggéré que le culte de la diversité se nourrissait d'une imagination romantique exaltant l'authenticité des peuples. Loin de concevoir le vivre-ensemble de manière rationnelle, le multiculturalisme encourage la préservation d'identités folkloriques destinées à s'entrechoquer. Cette nouvelle idéologie dominante favorise la division de la société en de multiples tribus désireuses de défendre leurs cultures, voire leurs petits territoires respectifs.

Le choix de nom du groupe La Meute n'est pas anodin, il permet de mieux comprendre son esprit.

Le choix de nom du groupe La Meute n'est pas anodin, il permet de mieux comprendre son esprit. Le dictionnaire Larousse en donne trois définitions. Premièrement, une meute peut renvoyer à un «ensemble de chiens pour chasser à courre». Deuxièmement, dans le scoutisme, une meute peut renvoyer à une troupe de louveteaux. Troisièmement, une meute peut renvoyer à une «foule, bande de gens acharnés contre quelqu'un». Le caractère sauvage et tribal de ce terme est en parfaite harmonie avec l'esprit du romantisme multiculturel, le propre de ce dernier étant de reconfigurer la société à partir de communautés fermées les unes aux autres. Les idéaux chevaleresques affichés par plusieurs membres du groupe (goût pour la moto, les uniformes, les séries télévisées comme Game of Thrones, etc.) confirment d'ailleurs que le mouvement baigne dans un esprit quasi moyenâgeux.

Le groupe La Meute comme tribu

Qu'on me comprenne bien: La Meute a parfaitement le droit d'exprimer des réserves en ce qui concerne la montée de l'islam radical et la gestion irresponsable par nos politiciens de l'actuelle crise migratoire. Mais en choisissant de défiler avec ses propres étendards (drapeau noir avec la patte de loup) au lieu d'en appeler à un idéal plus rassembleur, La Meute ne récupère pas seulement une culture politique issue de la droite extrême, elle alimente le phénomène qu'elle veut contrer. La Meute agit en fait comme une minorité «racisée», en ce sens qu'elle participe à la dynamique de confrontation produite par la division du corps social. Dans certaines situations, il est vain de combattre le feu par le feu.

En résumé, on a souvent écrit que l'objectif du multiculturalisme canadien était de faire du peuple québécois une minorité parmi d'autres: c'est probablement arrivé. Ce n'est pas contre le multiculturalisme que La Meute opère, mais bien à l'intérieur de lui. Il ne s'agit pas de voir dans le multiculturalisme la source de tous les maux sur Terre, mais bien de constater qu'il mène à des affrontements à et l'enromancement de la réalité.

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