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La Havane, la séductrice

Il persiste chez les Havanais quelque chose comme une excentricité, comme une éternelle joie de vivre dont aucun dictateur ne pourra jamais venir à bout.

19/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 19/07/2017 09:00 EDT
Getty Images
La Havane surprend d'abord par ses couleurs.

J'avais toujours voulu aller à La Havane. Non pas vraiment pour me prélasser sur les plages, mais pour comprendre son esprit. Je voulais humer son air, flâner dans ses ruelles, me glisser tranquillement dans ses plus beaux habits tropicaux. Je voulais admirer ses femmes, écouter son souffle, apprivoiser son accent. Je voulais découvrir l'Espagne coloniale et l'Afrique contrainte un jour de s'y greffer.

Oui, je voulais voir La Habana. Je me suis donc finalement rendu pour quelques jours dans la plus grande ville des Caraïbes, une cité de plus de 2,5 millions d'habitants.

La Havane surprend d'abord par ses couleurs. Par la couleur de ses habitants bien sûr, mais surtout par celle de son magnifique et monumental délabrement. La capitale de Cuba est multicolore: outre ses bâtiments espagnols qui nous rappellent dignement sa fondation, ses édifices forment une indescriptible mosaïque dont tous les éléments se complètent dans une sorte de chaos organisé.

Il est étonnant de voir coexister la totale désuétude du modèle économique castriste avec les formes les plus festives et les plus poétiques de la culture cubaine.

Malgré l'aridité du socialisme, il persiste chez les Havanais quelque chose comme une excentricité, comme une éternelle joie de vivre dont aucun dictateur ne pourra jamais venir à bout. Il est étonnant de voir coexister la totale désuétude du modèle économique castriste avec les formes les plus festives et les plus poétiques de la culture cubaine.

La Havane, c'est comme une ville dessinée au crayon de cire: elle amalgame dans un esprit baroque propre à l'Amérique latine le plus beau et le plus laid, le plus étonnant et le plus familier. Les édifices sont quasi burlesques: les couleurs vives et pastel sont mises à l'honneur, et les vieilles voitures américaines des années 1950 ajoutent au paysage urbain une touche fantaisiste digne d'un vieux décor de cinéma.

Aller à La Havane, c'est d'abord voyager dans le temps.

Il n'est pas rare de voir défiler une rutilante voiture décapotable complètement rose où s'y est installé un couple de touristes en quête de dépaysement. Aller à La Havane, c'est d'abord voyager dans le temps.

Mais l'aspect multicolore de la géante caribéenne n'en fait pas pour autant une ville multiculturelle. Au contraire, ce qui étonne encore de plusieurs pays latino-américains, c'est la forte unité culturelle qu'on y trouve. À La Havane, la diversité, du moins au sens qu'on lui donne ici, n'existe pas. Le métissage règne en maître, le mariage des origines est depuis longtemps consommé.

C'est préciser que la diversité ethnique ne rime pas toujours avec la diversité culturelle, contrairement à ce que plusieurs intellectuels laissent entendre dans les pays occidentaux. D'ailleurs, Cuba est loin d'en être le seul exemple.

Enfin, La Havane est aussi (mais surtout?) la ville de la séduction. Dans les ruelles les plus sombres comme dans les barcitos où l'on passe les succès reggaeton, la sexualité fait partie du quotidien; les regards jetés d'un sexe à l'autre témoignent en permanence d'une acceptation des choses telles qu'elles sont vraiment. Por qué no bebé?

Là-bas, les hommes sont encore des hommes et les femmes, encore des femmes. Désolé, mais vous ne verrez jamais de transgenres à La Havane. Dans cette Babylone socialiste où la tentation apparait comme un véritable art de vivre, le rouge à lèvres carmin a encore le dessus sur beaucoup de nos lubies actuelles.

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