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La gauche face à l'État islamique: un nouvel orientalisme

25/10/2014 08:40 EDT | Actualisé 25/12/2014 05:12 EST

Ils sont nombreux en Occident à supporter silencieusement l'État islamique. Je ne parle pas ici des musulmans en général ayant gagné les pays européens ni des terroristes ayant attaqué la démocratie en sol canadien dans les derniers jours. Je parle de ces milliers d'hommes et de femmes, de culture postchrétienne, qui condamnent avec émotion les frappes militaires occidentales en Irak.

Je parle de ceux et de celles qui voient dans ce énième conflit au Moyen-Orient la recrudescence d'un colonialisme, d'un impérialisme, d'un eurocentrisme. Je parle de cette gauche occidentale dont l'idéologie consiste actuellement à favoriser l'obscurantisme par un drôle souci d'équité. Je parle de ceux et de celles qui ne voient pas l'horreur, qui n'entendent pas les cris.

La vision qu'entretiennent la plupart des gauches en Occident face au monde musulman est tout aussi caricaturale que la vision qu'en entretenaient George W. Bush et son équipe. Pour les premiers, la terre d'islam est diabolique, tout simplement. Pour les seconds, elle est une bonne mère de famille tentant désespérément de sauver sa progéniture du viol collectif occidental. Deux constructions de l'Orient façonnées par des siècles de romantisme.

La gauche perçoit effectivement l'espace arabomusulman comme une vaste terre de résistants pacifiques aux prises avec des impérialistes sanguinaires prêts à affamer des populations entières pour quelques gouttes de pétrole supplémentaires. Cette vision semble tellement enracinée que l'implantation d'un régime totalitaire et génocidaire en Irak ne saurait convaincre ces progressistes du bien-fondé d'une intervention armée.

Car le discours sur l'Orient demeure fabriqué - à droite comme à gauche - et c'est pourquoi le progressisme occidental n'échappe aucunement à la sécrétion de ses propres fantasmes. Dans l'imaginaire de gauche, l'Afghane est une Pocahontas dont le pays est mis à feu et à sang par les compagnons de John Smith. Quelle importance si cette beauté exotique ne va pas à l'école ? L'Orient est une terre chaleureuse dont la douceur de vivre devrait épargner à ses habitantes de se plier à la rude doctrine féministe.

Au Québec, au Canada, en France, plusieurs préféreraient donc combattre Daesh avec des sachets de lait et poudre et quelques denrées non périssables (ce qu'on appelle l'aide humanitaire). C'est ce que recommande d'ailleurs l'aspirant au poste de premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Bref, l'Orient serait tellement miséreux qu'il ne pourrait être responsable de la manifestation de ses propres démons intérieurs. À la conception manichéenne des croisades s'est substituée la conception rose bonbon de l'Autre. La dernière a sans doute le mérite de ne pas s'en remettre à la violence. Elle n'en demeure pas moins stéréotypée et infantilisante.

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