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Excalibur, le chien révolutionnaire

18/10/2014 08:34 EDT | Actualisé 18/12/2014 05:12 EST

Excalibur est mort. Le chien de l'aide-soignante espagnole atteinte du virus Ebola, Teresa Romero Ramos, nous a quittés. Son euthanasie préventive a engendré des réactions passionnées chez les défenseurs des droits des animaux. À Madrid, de vives manifestations ont eu lieu. On a dénoncé cette grande injustice. On s'est indigné de la mort du perro revolucionario.

À l'heure actuelle, les animalistas affirment toujours qu'il était scientifiquement inutile et même «discriminatoire» d'euthanasier Excalibur. Contrairement au département de Santé de la communauté de Madrid, les défenseurs des droits des animaux soutiennent qu'il n'existe aucun risque de transmission du virus Ebola d'une personne humaine à un animal.

Un nouveau prolétariat

Impossible de voir dans cette affaire une simple anecdote dénuée de tout caractère idéologique. Dans ce monde où l'émancipation s'applique à toutes les sauces, les producteurs de viande sont devenus les nouveaux génocidaires dans l'imaginaire populaire. Les abattoirs sont devenus les nouvelles chambres à gaz et les végétariens, les nouveaux résistants.

L'hystérie collective qui a suivi la mise à mort d'Excalibur en territoire ibérique est symptomatique d'une transposition de vieux fantasmes marxistes à une situation actuelle. Les mouvements d'émancipation se sont succédé au XXe siècle : Afro-américains, homosexuels, pays colonisés, minorités culturelles. Quel groupe porte-t-il désormais sur ses épaules toute la souffrance du monde? Les animaux sont-ils les nouveaux martyrs dont la libération finale coïncidera avec l'instauration d'un nouvel ordre mondial?

Auparavant, les fronts de libération étaient des mouvements nationaux. Nous pensons au Front de libération du Québec, au Front de libération algérien en activité sous l'Occupation française. Il existe désormais un Front de libération de l'animal.... En 2009, le FLA revendiquait la «libération» de 4200 visons d'Amérique provenant d'un élevage de l'Aquitaine. On projette sur les animaux des désirs de délivrance proprement humains.

Une question de priorité

Non pas que l'octroi de droits juridiques aux espèces animales soit totalement loufoque, quoiqu'un peu romantique. La question se pose et doit être étudiée. Il ne s'agit pas de rester insensible face au sort des animaux.

Toutefois, pendant que des dizaines d'Humains meurent du virus Ebola, on pleure la mort d'un chien nommé Excalibur. On s'inquiète du sort des baleines bleues pendant que des populations africaines subissent de véritables massacres. Pendant qu'une femme est violée en Inde toutes les 22 minutes, on parle de la ségrégation dont souffrent les truites mouchetées élevées artificiellement dans l'Atlantique.

L'humanisme, c'est mettre l'Humain au cœur de nos préoccupations. Ce n'est pas de laisser des vaches sacrées se balader au beau milieu de la route. Excalibur était mignon, je l'avoue. Mais en valait-il vraiment les coups de matraque?

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#SauvonsExcalibur

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