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Construire la paix sans la religion

30/12/2014 08:53 EST | Actualisé 28/02/2015 05:12 EST

Dans un article paru au Devoir le 24 décembre dernier, Chaim Steinmetz, rabbin de la synagogue Tifereth Beth David Jerusalem à Côte-Saint-Luc, écrivait que «le désir d'universaliser sa propre vision du monde» était la principale cause des conflits politiques dans le monde.

En revenant sur le grand débat engendré l'an dernier par le projet de Charte de la laïcité, M. Steinmetz condamnait les rêves prométhéens de la civilisation occidentale faisant de l'unité du genre humain une nécessité. Selon lui, «l'unité est possible sans l'unanimité» et la cohésion sociale serait plus solide dans une société tournée vers la diversité. Dans cette perspective, la Charte des valeurs serait inutile et nuisible, elle tendrait même à la division.

La religion au service de la paix?

Plus encore, la religion pourrait même nous aider à mettre un frein à la violence. Voilà qui peut en étonner plus d'un dans un monde où les guerres saintes ont historiquement ensanglanté l'Humanité et où celles-ci ne cessent de se renouveler avec la montée de l'islamisme.

M. Steinmetz devrait pourtant savoir que les monothéismes sont des religions intransigeantes qui s'accommodent généralement bien mal de l'ouverture à l'Autre. Malgré certaines qualités théologiques, les religions abrahamiques - et en particulier l'islam - sont des systèmes religieux rigides et exclusivistes qui ne peuvent être admirés pour leur «vocation pacifique».

C'est dans un esprit pour le moins fleur bleue que certains intellectuels soutiennent que les grandes religions peuvent coexister pacifiquement au sein d'une civilisation occidentale fortement ébranlée par les attentats terroristes et marquée par la recrudescence de l'antisémitisme. À lui seul, le conflit israélo-palestinien et son importation symbolique dans nos sociétés témoignent du retour des guerres religieuses.

C'est dans un esprit tout aussi naïf que plusieurs de nos intellectuels soutiennent que la simple valorisation de la diversité culturelle par nos gouvernements pourrait s'avérer efficace pour favoriser les échanges entre les nouveaux arrivants et notre société. Au contraire, la communication passe nécessairement par l'établissement d'un espace public universel dénué de référents religieux hostiles à la modernité.

La construction de la paix n'est possible que dans la mesure où tous ceux et celles qui y participent abandonnent ce qui les divise pour focaliser sur ce qui les rassemble. Force est de constater que la religion n'est pas un facteur de rassemblement, mais bien une source de tensions et d'affrontements violents.

Pour le dire autrement, que plusieurs membres de la communauté juive, musulmane et sikhe puissent s'émerveiller devant l'illumination d'un sapin de Noël est peut-être émouvant comme le souligne M. Steinmetz, mais cela ne réglera certainement pas tous les conflits auxquels prennent part les adeptes d'une lecture fondamentaliste de la religion.

Rejeter l'universel?

Il se trouve donc que plusieurs personnes optent pour une conception différentialiste de la société qui, bien que respectable en apparence, contient les germes du communautarisme et de la ghettoïsation. Le rejet de l'universalisme correspond au rejet d'une société forte fondée sur des valeurs et des aspirations communes.

Inutile de rappeler que l'universalisme est à l'origine de la diffusion des droits de l'homme sur la planète et que «d'universaliser une vision du monde» permet également d'étendre les mêmes droits et obligations à tous les citoyens, et ce indépendamment de leurs origines ethniques et de leur appartenance confessionnelle.

En dénonçant ce qu'il considère comme une atteinte à la liberté de culte et en pensant régler tous les problèmes en valorisant naïvement la diversité religieuse, Chaim Steinmetz plaide donc pour l'instauration d'une société réenchantée au détriment d'un universalisme qui ne fait pas la différence entre un juif, un chrétien et un musulman.

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La charte des valeurs vue par Twitter

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