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La stagnation des conditions de vie des femmes au cœur du règne libéral

Couillard, Barrette, Leitão et Coiteux sont tout à fait conscients des impacts des décisions sur les femmes.

09/11/2017 06:41 EST | Actualisé 09/11/2017 06:41 EST
Getty Images/iStockphoto
Dans les secteurs de la santé et des services sociaux, comme dans le secteur des services de garde, la privatisation assure une rémunération moindre à des centaines de milliers de femmes.

Nous étions récemment en instance à Sherbrooke. Le jeudi matin, je roulais sur la 143, vers le centre-ville pour animer cette réunion nationale importante. J'écoutais l'émission du matin à Radio-Canada en Estrie. L'animatrice de l'émission a fait référence à une étude qui démontrait qu'après 10 ans d'un certain progrès dans l'égalité entre les hommes et les femmes, nous revenons maintenant à une période de stagnation.

Une stagnation bien présente au Québec sous le règne de Couillard

Je me suis dit que le Québec contribuait à cette stagnation depuis 2015 en raison des politiques du gouvernement Couillard. Pour s'en convaincre, on n'a pas besoin de regarder plus loin que les secteurs où les femmes dominent en matière de nombre de personnes qui y travaillent. Regardons deux secteurs que nous connaissons assez bien à la FSSS-CSN, c'est-à-dire le secteur de la santé et des services sociaux, ainsi que le secteur des services de garde.

Le gouvernement augmente de 2 façons les iniquités entre les hommes et les femmes en s'attaquant à ces secteurs. D'abord, dans la négociation. Lors de la dernière ronde de négociation dans le secteur public, il y a eu une démarche de relativité salariale. À la FSSS-CSN, où nous représentons des travailleuses et travailleurs des 4 catégories dans la santé et les services sociaux, nous constatons que la plupart des titres d'emploi qui vont se retrouver avec des augmentations de moins de 6,35 % sur 5 ans sont surtout ceux composés majoritairement par des femmes. Souvent, ce sont en plus des postes les moins bien rémunérés dans le réseau de la santé et des services sociaux. À cela s'ajoutent des augmentations salariales insuffisantes pour permettre à des milliers de bas salariés du réseau, dont plusieurs femmes, d'améliorer leur sort de façon importante.

Le démantèlement des services publics au service de la stagnation de la condition des femmes

Mais la négociation dure n'est pas le moyen privilégié du gouvernement libéral pour assurer le maintien des écarts à moyen et à long terme entre les hommes et les femmes. Pour assurer de perpétuer les iniquités, le gouvernement préfère utiliser le véhicule de la privatisation et du démantèlement de nos services publics.

Dans les secteurs de la santé et des services sociaux, comme dans le secteur des services de garde, la privatisation assure une rémunération moindre à des centaines de milliers de femmes. De plus, le gouvernement peut de cette manière se déresponsabiliser du sort de ces femmes en indiquant qu'il n'est pas leur employeur.

Vous pensez que la privatisation n'a rien à voir avec une augmentation des écarts salariaux ? L'évidence du contraire est pourtant très lourde.

Vous pensez que la privatisation n'a rien à voir avec une augmentation des écarts salariaux ? L'évidence du contraire est pourtant très lourde. Dans les CHSLD privés, il faut sacrifier les salaires des femmes (peu importe leur titre d'emploi : préposée aux bénéficiaires, cuisinière, infirmière, technicienne en loisirs ou préposée à l'entretien, pour ne nommer que ces titres-là) qui offrent les services aux personnes aînées jour après jour, afin d'assurer un profit important aux Eddy Savoie de ce monde. Cette situation est semblable dans les soins à domicile, où le recours grandissant au privé recrée des ghettos d'emplois féminins.

Dans les services de garde, c'est exactement le même portrait ! Entre 1999 et 2010, dans les services de garde sans but lucratif, on reconnaissait l'apport des travailleuses en les payant de façon correcte. Depuis 2010, les gouvernements libéraux successifs se sont tournés vers leurs amis du privé. Le coût total du privé n'est pas moins cher à l'heure actuelle (lorsqu'on tient compte de l'ensemble, y compris les crédits d'impôt). Mais pour faire un profit, on paie moins cher les travailleuses du secteur. L'entente de principe dans le secteur sans but lucratif sera un baume pour les prochaines années. Cependant, on peut douter que cette entente arrête le gouvernement sur ses intentions de continuer à donner à ses amis du privé le plus gros morceau du financement public dans ces secteurs féminins.

Couillard, Barrette, Leitão et Coiteux sont tout à fait conscients de ces impacts sur les femmes. Ils sont tout à fait d'accord pour procéder ainsi et continuer de faire stagner les conditions de vie de milliers de femmes. À nous de nous souvenir que ce gouvernement fait sciemment la promotion de l'augmentation des écarts salariaux entre les hommes et les femmes.