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La crise au CHUM montre le vrai visage du ministre Barrette

16/03/2015 10:56 EDT | Actualisé 17/05/2015 05:12 EDT

Cette semaine, il a fallu l'intervention du premier ministre du Québec pour trouver une résolution de crise au Centre Hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

Depuis le début du mois d'octobre dernier, nous avons dénoncé les orientations du projet de loi 10. Une de nos critiques les plus virulentes était au sujet de la centralisation des pouvoirs entre les mains du ministre Barrette. Ce qu'on a rapidement appelé la «réforme Barrette» porte bien son nom. C'est une réforme par et pour le ministre. C'est quand même impressionnant que même avant la mise en application de la nouvelle loi, le ministre se soit permis d'agir comme il l'a fait au CHUM. La loi 10 sera en vigueur dans seulement 2 semaines et voilà qu'on constate que le ministre se permet déjà de mettre une pression indue sur la direction du CHUM.

Ce centre hospitalier est, fort probablement, le plus influent au Québec. La nouvelle administration est très respectée. Si le ministre s'attaque même aux plus forts et aux plus respectés, je me demande ce qu'il fait ailleurs. En juin 2014, le ministre a menacé publiquement les directions des établissements en disant que le ministère allait prendre des décisions. Pour ceux et celles qui n'appliqueraient pas ces décisions, il y aurait des conséquences. On a vu avec la crise de cette semaine au CHUM que ce n'était pas de la frime. Le directeur général, M. Turgeon, ne voulait pas se voir imposer la décision du ministre pour nommer un médecin à la tête du département de chirurgie. Le ministre était prêt à lui faire payer le gros prix...

D'ailleurs, le ministre a mis en place, dans le cadre du PL10, beaucoup de moyens pour faire respecter ses décisions. Rappelons quelques éléments de contrôle mis en place par ce ministre, ainsi que l'élimination de plusieurs contre-pouvoirs :

  1. Le ministre nomme plusieurs membres du conseil d'administration;
  2. Le ministre nomme le Directeur général;
  3. Le ministre nomme le Directeur général adjoint;
  4. Le ministre décide du niveau salarial du Directeur général;
  5. Le ministre décide du niveau salarial du Directeur général adjoint;
  6. La loi abolit l'association qui regroupe les directions des CISSS;
  7. La loi interdit qu'une autre association puisse prendre sa place sous peine de sanctions financières, ce qui va assurer que les directions des établissements restent isolées sans capacité de faire des critiques globales des politiques du ministère.

Le premier ministre a diminué la pression sur la demande de démission de son ministre Barrette en intervenant directement dans la crise. Il n'a pas pour autant réglé le problème de fond. Je suis convaincu qu'il a exigé de M. Barrette qu'il soit plus prudent dans ses déclarations publiques, qu'il soit moins direct dans ses demandes auprès des directions. Cependant, la loi 10 ne changera pas d'ici le 1er avril. Tous ses pouvoirs restent.

Les pressions indues ne sont surement pas limitées au puissant CHUM. Je peux imaginer que la plupart des établissements ont déjà reçu des commandes de la part du ministre. Tel que la loi est formulée, il n'y a rien qui permet de penser qu'après une période d'accalmie, le ministre n'utilisera pas tous les pouvoirs à sa disposition. À moins qu'il y ait d'autres directeurs généraux qui trouvent l'incroyable courage nécessaire pour affronter le ministre, nous ne saurons pas sur quelle base les personnes ont été nommées sur le poste et les raisons qui ont dicté leur niveau salarial. Il me parait absolument nécessaire de faire la lumière là-dessus.

En soi, ces gestes envers la direction du CHUM étaient assez pour exiger la démission du ministre. Il n'a plus de marge de manœuvre et la prochaine fois qu'il abuse de son pouvoir, les demandes de démission seront plus soutenus encore.

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