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<em>Supercondriaque</em>: le malade (trop) imaginaire

05/09/2014 10:11 EDT | Actualisé 05/11/2014 05:12 EST

Supercondriaque est réalisé, scénarisé et joué par Dany Boon et le fi;m est diffusé en salles au Québec depuis le 4 septembre. Romain Flaubert (Boon) souffre d'hypocondrie, une maladie qu'il a sûrement développée en exerçant son travail : c'est un photographe pour un dictionnaire médical en ligne. À la suite du décès de l'un de ses rares amis, il est pris en pitié par son médecin, le Dr Dimitri Svenka (Kad Merad), qui l'héberge chez lui. Et comme tout médecin qui se respecte, il croit qu'en trouvant l'amour, son patient sera enfin débarrassé de ses symptômes. Au fil des multiples rencontres qui se soldent par des échecs, Romain rencontre la femme de sa vie, Anna (Alice Pol) qui est en fait la sœur de Dimitri. Mais c'est à coups de mensonges tous plus farfelus les uns que les autres qu'il parvient à la séduire... jusqu'à ce qu'il se fasse déporter dans le Tcherkistan, un pays fictif où il ne fait pas bon vivre.

Quatrième long métrage de Boon derrière la caméra, Supercondriaque enfile les situations improbables avec un seul but : faire rire. N'y parvenant qu'à moitié (et encore), la seule raison probable pour aller s'enfermer dans une salle de cinéma durant 107 minutes est de voir l'acteur principal à l'œuvre, avec ses mimiques et ses imitations; ce qui n'est malheureusement pas suffisant pour nous faire passer un bon moment.

L'amour vient tout régler

C'est dans un bar, alors que Romain sirote un verre avec son ami Marc (Jonathan Cohen), que ce dernier perd la vie; victime d'une hémorragie cérébrale. Pris de panique, il est certain qu'il va y passer aussi. Dimitri exècre ce patient, mais lui propose de l'héberger, sachant qu'il n'a personne d'autre vers qui se tourner. Rapidement, la cohabitation tourne au cauchemar. Romain est pris de crises de paniques pour un oui ou pour un nom et fait de l'insomnie, ce qui pousse toute la famille Svenka à bout. Pour se débarrasser de lui, Dimitri décide de l'inscrire sur un site de rencontres. Après quelques échecs prévisibles, les deux hommes vont faire du bénévolat dans un camp de réfugiés d'Europe de l'Est, parmi lesquels se trouve Anton Miroslav (Jean-Yves Berteloot), un éminent révolutionnaire recherché par son pays d'origine qu'est le Tcherkistan (une sorte de dictature rappelant l'ex-URSS) et qui vient tout juste d'être poignardé. Romain qui essaie de le soigner perd (évidemment) connaissance et Anton échange leurs papiers et s'enfuit. Lorsqu'Anna vient soigner Romain, elle le confond avec le héros rebelle qu'elle admire et c'est à son tour de l'héberger chez elle. Grâce à la nouvelle identité du protagoniste, c'est le coup de foudre entre les deux et Romain n'a d'autres choix que prétendre être ce slave « alpha », ce qu'il n'est pas du tout en réalité. Et ce qui devait arriver arriva, Anna apprend la vérité lorsque les autorités, croyant qu'il s'agit du vrai Anton l'arrêtent et l'extradent au Tcherkistan. Dimitri et Anna sont (enfin) pris de remords et avec le vrai Anton, se rendent dans le pays totalitaire pour le libérer. Anna et Romain se réconcilieront-ils? Devinez...

Bien que souvent dans les comédies, on tourne les coins ronds au profit de mises en situation rocambolesques, et il y a toujours une limite à ces détours. Dans Supercondriaque, la crédibilité du scénario est d'abord mise à l'épreuve alors qu'Anna confond Romain avec Anton, son héros. En effet, n'a-t-elle jamais vu une photo de l'homme qu'elle admire, ne serait-ce que par le biais d'internet? L'autre aspect qui cloche touche l'évolution du synopsis, comme l'écrit dans sa critique Romain BlondeauMais c'est aussi son film le plus foutraque, unwork in progress qui passe de la comédie réaliste à la romance avant d'échouer sur une tentative aberrante de cinéma d'action.»

En effet, au moment où les personnages se rendent au Tcherkistan pour délivrer Romain, on se croirait dans le dessin animé Tintin et l'affaire Tournesol alors que l'on semble désormais s'adresser à un auditoire ayant un quotient intellectuel beaucoup plus bas. Bien entendu, les clichés qu'on a bien voulu retenir de l'ex-URSS sont tous présents : dictature militaire qui tire sur tout ce qui bouge, de lourds accents aux « r » roulés et des soldats rustres, simples d'esprit et dénués de tous sentiments. Quant à la finale, elle est mielleuse à souhait et on n'est pas très loin du « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants ».

L'emprunt de Funès

Les films du géant de la comédie Louis de Funès n'ont pas pris une ride. On imagine qu'à l'époque, seul le fait que cet illustre acteur se retrouve en vedette dans un nouveau long métrage était garant d'un succès en salles. On peut faire ici un parallèle avec Dany Boon. Depuis l'énorme succès de Bienvenue chez les Ch'tis en 2008, on observe le même constat avec ses films. À titre d'exemple, plus de deux millions de spectateurs sont allés voir Supercondriaque durant sa première semaine en salles en France; un démarrage qui n'avait pas connu un tel succès depuis Rien à déclarer (2011) signé aussi Dany Boon. C'est avant tout l'acteur, avec ses propres mimiques et ses dons indéniables de comique qui nous séduisent, mais encore faut-il qu'ils soient minimalement justifiés dans le scénario. Dans son récent film, tout est prétexte à le faire grimacer; on force les mises en situation au point où le personnage de Romain a plus d'une fois l'air d'un attardé mental et non d'un hypocondriaque. Le dosage n'est tout simplement pas au rendez-vous, contrairement aux films de Funès, dont l'humour était au service de l'histoire et non l'inverse.

Comme évoqué plus haut, Supercondriaque a été un véritable succès populaire en France puisqu'après 10 semaines en salles, on dépassait le 5 millions d'entrées, et ce, malgré des critiques assez négatives. En bref, un film familial aussitôt vu, aussitôt oublié, qui nous permet de faire le grand vide dans notre tête l'espace d'une séance.

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