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Brique par brique

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Dans la foulée de Josée Legault et d'autres, Marc Laviolette et Pierre Dubuc reprochaient il y a quelques jours à Jean-François Lisée sa capitulation tranquille.

Je comprends leur déception de voir une fois de plus repoussée, dans le projet Lisée, l'échéance référendaire. J'aimerais bien, moi aussi, qu'une majorité de Québécois soient prêts à faire le pays.

Personne à la table

S'il y avait un référendum aujourd'hui, 6 738 136 citoyens seraient appelés aux urnes. Si on se fie au sondage CROP paru dans l'Actualité de novembre dernier, seuls 2 440 804 d'entre eux voteraient OUI. On serait, à peine, à quelque 995 646 voix de la victoire.

Mais qu'est-ce qu'on imagine? Que de parler de souveraineté ramènera suffisamment d'électeurs dans le sérail péquiste pour lui assurer la victoire en 2018, alors que les électeurs sont idéologiquement divisés entre l'ADQ et les partis à gauche du PQ? On croit vraiment qu'on arrivera, simplement en parlant du projet de pays, à convaincre près d'un million d'entre eux à changer d'idée? Par des mots? Parole, parole, parole...

On rêve d'un leader portant bien haut le flambeau et montrant la voie au peuple, marchant devant lui pour le guider vers l'indépendance. On oublie qu'à marcher trop vite devant, le leader risque de se retrouver seul. Car il faudra bien éventuellement quitter le monde du fantasme pour l'admettre enfin: il n'y a pas d'appétit pour la souveraineté du Québec en ce moment.

Les sondages sont au plus bas, particulièrement chez les jeunes qui, chez les 18-34 ans, ne sont plus que 30 % à appuyer la souveraineté tandis que 80 % d'entre eux sont attachés au Canada de Justin Trudeau, selon CROP.

J'ai bien peur que ni le dialogue de Véronique Hivon ni les chantiers d'Alexandre Cloutier ne fassent le poids contre l'indifférence, pas plus que la souveraine tournée de mon candidat favori, d'ailleurs.

Déficit de cœur

C'est que pour transformer radicalement l'opinion, il faut plus qu'un leader et plus qu'un projet rationnel, quoique les deux soient essentiels. Il faut aussi y mettre du cœur.

Or, ces trois ingrédients ne seront de nouveau réunis, comme en 1995, qu'à la faveur d'une crise entre le Québec et le reste du Canada, crise qui rendra explicites nos deux solitudes. En l'absence de crise, le Canada, surtout celui de Justin Trudeau, n'est-il pas ce beau grand pays dans lequel, pour le Québec, tous les espoirs sont permis?

Ceci est particulièrement vrai pour les jeunes chez qui la flamme ne peut simplement être ravivée, mais doit naître pour la toute première fois. Eux qui étaient prépubères le soir du dernier échec référendaire et qui, aujourd'hui, vivent leur «moment» Canada.

C'est là tout l'intérêt du projet Lisée. Le refus de dépenser des fonds publics pour la souveraineté, la promesse de ne pas tenir un référendum dans le prochain mandat, l'objectif d'opérer un virage à gauche marqué... Toutes des conditions susceptibles, non seulement de rallier une majorité aux prochaines élections, mais d'amener le Québec à utiliser tous les leviers dont il dispose, et d'autres encore, pour se transformer.

Car c'est bien là qu'il faut s'engager: définir le Québec souverain dans l'action, brique par brique. Ce ne sont ni les travaux en comité ni les campagnes promotionnelles qui donneront le goût du pays. C'est plutôt en proposant des mesures réelles, des projets concrets, qu'on découvrira de nouveau comment le Canada nous empêche de réaliser nos aspirations profondes, celle d'un petit peuple, pas supérieur aux autres, mais unique, et de l'importance de réaliser la souveraineté pour assurer sa pérennité.

Je crois que c'est ce que voit Lisée et j'espère qu'il deviendra chef du Parti québécois.

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