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L'indépendance journalistique à Radio-Canada, ça se mérite

14/12/2014 11:27 EST | Actualisé 13/02/2015 05:12 EST

Depuis quelques semaines, plusieurs interventions publiques ont été faites pour venir à la défense de Radio-Canada qu'Ottawa soumet à de sévères coupures budgétaires. Personnellement, je considère que Radio-Canada fait partie de mon identité, tant par ses émissions d'information que de divertissement. Je souhaite ardemment qu'elle obtienne les budgets nécessaires à son bon fonctionnement et qu'elle puisse le faire en dehors de toute influence politique. Mais du financement et de l'indépendance journalistique, ça se mérite.

J'ai beaucoup apprécié les commentaires d'Alain Saulnier à Tout le monde en parle (TLMEP), le dimanche 2 novembre, concernant l'importance pour Radio-Canada de maintenir une indépendance d'expression face aux politiciens et d'obtenir le financement nécessaire à son bon fonctionnement. Monsieur Saulnier m'est apparu sincère quand il a affirmé que c'était pour lui un principe de gestion sacré qui le guidait quand il était directeur de l'information à Radio-Canada.

Mais selon moi il n'a pas réussi à 100 % dans cette mission qu'il s'était donnée. Je suis un auditeur assidu de RDI depuis sa création. Il m'est facile d'identifier les orientations politiques de plusieurs animateurs et chroniqueurs selon la façon dont ils traitent leurs invités : gauche vs droite, fédéraliste vs indépendantiste. Et pourtant je ne suis pas un politicien et je ne suis pas actif sur le plan politique. Mes responsabilités professionnelles m'ont toujours placé dans des rôles où la plus stricte neutralité politique était essentielle. Plusieurs des journalistes-intervieweurs se font un devoir d'être durs, voire même bêtes, avec les politiciens. Certains se prennent pour des procureurs de la Couronne. Par exemple, ils posent et reposent la même question trois ou quatre fois quand leur invité ne leur donne pas la réponse qu'ils attendent. J'appelle cela du harcèlement. Il existe des façons plus subtiles et plus intelligentes de conduire des entrevues. Je n'ai pas de statistiques à ce sujet, mais mon impression est que ce sont davantage les politiciens fédéralistes et de droite ou centre droite qui sont victimes de ces tactiques.

Je regarde aussi quelques émissions à la 1re chaîne, dont TLMEP. Le 2 novembre dernier, on a permis à Jean-François Lisée de venir annoncer sa candidature comme candidat au poste de chef du PQ. Pensez-vous que les autres candidats à la direction du PQ ont vu cette invitation comme neutre? Et que penser de la réaction qu'ont pu avoir les auditeurs fédéralistes?

Il y a des façons indirectes pour un animateur de favoriser le passage de ses opinions politiques. Par exemple on invite à la même émission un politicien libéral ou fédéraliste et un artiste connu pour ses opinions environnementales ou autres dans un domaine qui concerne ce ministre. Guy A. interviewe l'artiste et le laisse affirmer avec passion et conviction ses certitudes sans les remettre en question. Les gens présents dans la salle applaudissent avec force. On nous présente des gros plans de Danny Turcotte approuvant les paroles de l'artiste. Puis le pauvre ministre s'amène. Mais ce dernier doit œuvrer dans le réel, c'est à dire dans le « gris ». Pas facile. Encore une fois, je n'ai pas fait le décompte des ministres fédéralistes vs indépendantistes qui ont été soumis à ce traitement. Ma perception est que ce sont surtout les politiciens fédéralistes qui y goûtent.

Dimanche 26 octobre, Guy A. avait invité Jean-François Lépine, un journaliste qui peut être féroce, pour cuisiner Justin Trudeau. Monsieur Lépine est d'ailleurs allé très loin en attaquant de façon personnelle et en disant dans son intervention de départ que Justin Trudeau n'avait pas d'idées. Il aurait pu poser ses questions et laisser le public décider. Y avait-il quelqu'un pour cuisiner Jean-François Lisée la semaine précédente? Peut-être Emmanuelle Latraverse? Mais personne de comparable à Jean-François Lépine.

Ce fut la même histoire lors de l'entrevue de Gabriel Nadeau-Dubois le 23 novembre dernier. C'était une chose de le féliciter du prix qu'il a reçu du Conseil National des Arts et de la générosité dont il a fait preuve en remettant sa bourse de 25 000 $ à une œuvre communautaire. C'en était une autre de lui permettre de promouvoir ses convictions politiques de façon complaisante.

Dimanche 26 octobre, Danny Turcotte a remis à Justin Trudeau deux cartes, une positive et une négative. La carte négative était vraiment méchante et mesquine. Était-ce vraiment nécessaire? Le parti-pris de Danny Turcotte s'est manifesté clairement envers Denis Coderre lorsque ce dernier était au fédéral. Il a fallu que Coderre invite Turcotte à luncher pour que ce dernier fasse preuve de plus de jugement dans ses interventions. Ridiculiser une personne, même s'il s'agit d'un politicien, n'est pas la meilleure façon de se faire des amis, que ce soit en affaires ou en politique. Les blessures émotionnelles ne s'oublient facilement.

Je pourrais donner plusieurs autres exemples de ces façons détournées de favoriser certaines orientations politiques et d'antagoniser les politiciens à TLMEP. Après cela faut-il s'étonner du fait qu'on coupe les budgets et qu'on essaie d'empiéter sur l'indépendance journalistique de Radio-Canada.

Mais il n'y a pas que les journalistes qui s'antagonisent les politiciens. Mon dernier commentaire concerne Hubert Lacroix, le PDG de Radio-Canada. De quelle façon répartit-il ses budgets entre information et émissions de divertissement? Serait-il possible de mettre en onde des émissions de variétés intéressantes sans qu'on y invite chaque semaine 10-15 artistes chaque semaine?

Que pensait monsieur Lacroix quand il a décidé de remplacer la dénomination de Radio-Canada par ICI? Quels étaient ses objectifs? Ce n'était sûrement pas la meilleure façon de se faire aimer des politiciens à Ottawa. On l'a forcé à réintégrer le Radio-Canada, mais le mal était fait.

Malheureusement tous ces gens de Radio-Canada ne se rendent pas compte du tort qu'ils se font à eux-mêmes en tant qu'employés que la direction n'aura plus les moyens de payer. Ils ne semblent pas savoir non plus que c'est l'ensemble de la Franconie canadienne qui va payer pour leur inconscience.

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