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La panique imaginaire

Le pot est présent, fortement présent, dans toutes les couches de la population, du sans-abri au PDG d'entreprise.

20/11/2017 09:00 EST | Actualisé 20/11/2017 11:45 EST
Oksana Smith / EyeEm via Getty Images

En écoutant la ministre Charlebois parler de la légalisation prochaine de la marijuana, cette semaine, j'ai pensé: voilà une dame pleine de bonnes intentions, qui pense maîtriser son sujet, mais qui est complètement à côté de la plaque. Pour la seule raison qu'elle ne comprend pas la mentalité des utilisateurs. On ne peut lui en vouloir d'avoir une vie saine et de ne pas consommer, mais dans ce cas précis, d'avoir un poteux régulier dans son équipe aurait certainement pu sauver temps et argent au gouvernement.

Depuis l'annonce de la légalisation prochaine de la marijuana, j'observe avec amusement les gens qui paniquent sur les forums de toutes sortes. Qui va la vendre? À combien? À quel âge pourra-t-on en acheter? 18? 21? 75? Est-ce que je vais pouvoir aller me chercher des biscuits au pot au provi-soir? Mais qu'est-ce que les psychiatres en disent? Et la SAQ? Et le gouvernement? Et ta grand-mère? Comment prévoient-ils le coup, en Ontario? Et ailleurs? Combien pourra-t-on en faire pousser? Où est-ce qu'on va pouvoir le fumer? Est-ce que quelqu'un pense à nos enfants, qui deviendront héroïnomanes à la seconde où le pot sera légal?

Les gens qui sont en désaccord avec la vente libre de pot s'imaginent que les aficionados s'astiquent déjà les dreads en écoutant Bob Marley, en fumant pour fêter ça de la drogue pour l'instant hautement illégale, mais la vérité leur serait insupportable, alors qu'ils se font bouillir le sang:

Les poteux s'en foutent. Complètement. Les amateurs de Marie-Jeanne s'en battent le popotin par terre sur l'air de la neuvième de Beethoven. Ils rigolent de la panique en haussant les épaules, parce qu'ils savent que c'est une tempête dans un verre d'eau, qui ne les concerne même pas. Simplement une autre façon qu'a trouvée le gouvernement pour fouiller dans vos poches, tout en diminuant leurs frais de justice.

Pour le revendeur, qui a le plus souvent un boulot régulier , la vie va continuer comme d'habitude, à la différence qu'il va avoir plus de choix, et que les prix de ses fournisseurs vont chuter.

Du point de vue des revendeurs, on se réjouit, même... Le gouvernement vient d'éliminer le seul risque, déjà minime, qu'ils avaient de se voir confronté à la loi. Ceux qui savent ce qu'ils font, toutefois, ceux qui comptent font affaire depuis des années avec une clientèle ciblée, sérieuse et sans risque, comme n'importe quel chef d'entreprise. Ils ne vendent pas au gramme comme le gouvernement entend le faire, parce qu'ils savent que c'est une perte de temps. Le poteux régulier fume plus que ça en une soirée. Pour le revendeur, qui a le plus souvent un boulot régulier , la vie va continuer comme d'habitude, à la différence qu'il va avoir plus de choix, et que les prix de ses fournisseurs vont chuter. Il pourra répercuter ça en vendant un tout petit peu moins cher à ses clients, qu'il rendra heureux tout en engrangeant du profit, vu les prix un peu élevés qu'envisage pour l'instant le gouvernement.

Le poteux, lui, s'en fout, car il continuerait de payer les mêmes prix. Après tout, ceux-ci n'ont pas monté depuis des années. Si le revendeur les baisse même un peu, alors là, banco! Il continuera à se fournir là-bas comme il le fait depuis toujours. Dans l'industrie de l'herbe comme dans toute autre, un client satisfait est un client qui revient, et la fiabilité d'un vendeur fait partie de son aura. Outre le fait que je peux difficilement imaginer moins fiable qu'un organisme gouvernemental, quinze points de vente, sérieusement? Aucun amateur d'herbe ne fera plus de quelques kilomètres pour ça, quand il se fournit le plus souvent auprès d'un membre de son entourage qu'il voit régulièrement, ou qu'il peut carrément se le faire livrer à la maison. Il n'ira pas faire la file comme un con, payer des taxes, pour le plaisir de respecter la loi. Il ne prendra pas le risque de se ramasser avec de la moins bonne qualité, un taux de THC plus bas, qui lui aura coûté plus cher. Pas pour être légal. Pas à moins d'être en panne. Pas un instant.

La ministre Charlebois pense qu'elle s'adresse à la population d'utilisateurs actuels et qu'elle ne créera pas nécessairement un engouement pour la marijuana par ses centres de distribution. Elle ne pourrait être plus dans le tort. Celui qui va aller dans cette SAQ du pot, c'est le gamin de dix-huit ans qui fume à l'occasion, qui commence ou que le buzz de la légalisation fait frémir, par ce qu'il a l'impression d'être à Amsterdam en fumant un pétard sur Ontario dans le coin des putes. Ce sont les matantes de banlieue qui fument deux fois l'an dans leurs partys de bureau. Ceux qui se fournissent au même endroit depuis dix ans trouvent l'idée de la vente légale amusante, au plus. Ça peut servir si votre vendeur a besoin d'urgence, un jour, d'un traitement de canal et qu'il est injoignable. Et encore... La plupart des poteux ont au minimum une option de rechange. Justin et la légalisation? Si ça t'amuse, mon pote...

Le pot est présent, fortement présent, dans toutes les couches de la population, du sans-abri au PDG d'entreprise.

Le pot est présent, fortement présent, dans toutes les couches de la population, du sans-abri au PDG d'entreprise. Ses utilisateurs ne voient absolument pas en quoi un joint diffère d'une coupe de vin ou d'une bière et rigolent bien du droit qu'on s'apprête à leur offrir, et qu'ils s'octroient depuis des décennies dans bien des cas.

Je suis tombé durant mes recherches sur un site intitulé Stop-cannabis, qui m'a bien fait rigoler. J'y ai lu qu'entre 119 et 224 millions de personnes fumaient de l'herbe, dans le monde. Vu l'écart de 106 millions, qui laisse assez de marge d'erreur, j'imagine que le responsable des statistiques était du nombre...

Au fond, les gens qui craignent vraiment l'arrivée du pot me font penser à ces quidams dans les films d'extra-terrestres, qui craignent l'invasion. Je ne dis pas ça pour vous rassurer, mais ils sont déjà parmi vous...

Si vous êtes effrayés et cherchez une manière de vous protéger de l'invasion de poteux qui va de pair, en votre esprit, avec la légalisation, sachez qu'il est possible de créer une diversion avec un bol de chips et une série Netflix.

Ensuite, courez.