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Répression financière, le révélateur chypriote

18/03/2013 01:09 EDT | Actualisé 18/05/2013 05:12 EDT
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People withdraw money from a cash-point machine in the Cypriot capital Nicosia on March 17, 2013. The Cyprus government postponed a planned emergency session of parliament on Sunday to debate a controversial EU bailout, state media said, as the scale of opposition to its terms became clear. AFP PHOTO BARBARA LABORDE (Photo credit should read BARBARA LABORDE/AFP/Getty Images)

Inventé en 2011 par le gérant obligataire américain Bill Gross, le terme "répression financière" désignait, jusqu'à ce weekend, la politique de taux réels négatifs orchestrée par les principales banques centrales. En administrant un univers de taux d'intérêt inférieurs à l'inflation, elles permettent, lentement mais surement, un inéluctable transfert de richesse des épargnants au profit d'États surendettés. N'impactant pas le montant nominal des comptes d'épargne, le discret processus reste largement ignoré du grand public. Il est pourtant loin d'être indolore. Avec une inflation de 2 %, un rendement net de 1 % revient par exemple à ponctionner un livret de 1 % chaque année.

Entre en scène Chypre et l'incroyable plan de sauvetage du pays annoncé samedi 16 mars par l'Union Européenne. En décidant de ponctionner les comptes bancaires dès le premier euro (6,75 % pour les comptes inférieurs à 100 000 euros [130 000$], 9,90 % au-delà) les politiques européens rendent le concept de "répression financière" soudainement beaucoup plus concret.

On pourra se rassurer en rappelant que le cas de Chypre est exceptionnel. Véritable centre de blanchiment d'argent et d'évasion fiscale depuis des années, le système bancaire de l'île hébergeait des dépôts représentant près de quatre fois le PIB du pays ! Propriété à plus de 30 % de non-résidents de l'Union européenne (notamment de citoyens russes) les sommes déposées échappaient largement à la fiscalité et au contrôle quant à leurs origines. Manque de chance (ou de clairvoyance) pour ces déposants, la restructuration de la dette grecque a fragilisé les principales banques de l'île, toutes fortement exposées aux obligations hellènes. Au bord de la banqueroute, le pays, membre de l'UE depuis 2004, n'a eu d'autre choix que de demander de l'aide, comme l'ont fait avant lui la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne.

Si le nécessaire plan de sauvetage n'est pas énorme en soit (17 milliards d'euros, soit 22 milliards $), il est colossal eu égard à la taille de l'économie chypriote. Il pose surtout un important aléa moral. Comment justifier auprès des citoyens européens le fait de venir financer le sauvetage de déposants russes dont l'origine de l'épargne est souvent douteuse?

Explosif politiquement (notamment à quelques mois d'élections en Allemagne), le débat a accouché d'une solution ayant soi-disant valeur d'exemple : rompre le tabou de la garantie des dépôts bancaires. Injuste, car touchant des petits épargnants locaux n'ayant rien à voir avec les dérives de ce système financier, la décision est aussi dangereuse, car elle risque de relancer le doute dans le reste du continent et provoquer des vagues de retraits (bank run) déstabilisateurs.

Ce plan sera très probablement revu et corrigé dans les jours qui viennent pour alléger le fardeau des petits épargnants. Il n'en demeure pas moins une véritable piqûre de rappel pour les contribuables européens. Si la croissance économique reste atone et que la méthode douce de l'inflation ne suffit pas, une répression financière plus claire n'est pas à exclure. Sans aller jusqu'à l'extrême chypriote, elle pourrait un jour prendre la forme de taxes ponctuelles sur le patrimoine, solution évoquée par exemple régulièrement dans le cas de l'Italie.

Les principales étapes de la crise financière à Chypre

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