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Gonzo, mode d'emploi: éloge d'une pornographie qui disparaît

27/10/2013 09:44 EDT | Actualisé 27/12/2013 05:12 EST

La dernière édition du Festival du nouveau cinéma vient de s'achever. J'aurais pu parler des films qui m'ont le plus convaincu (La Grande Bellezza, Miss Violence, La jalousie, Les rencontres d'après minuit ou L'inconnu du Lac, pour ne citer que ceux-là). J'aurais aussi pu parler du Xavier Dolan nouveau (que tout le monde pourra voir en 2014). Je préfère pourtant m'appuyer sur mon entrevue avec le réalisateur de film pornographique John B Root et son actrice Nikita Bellucci pour revenir sur un des choix de programmation les plus audacieux de cette édition: Gonzo, mode d'emploi (proposé dans la section Temps 0).

Avant d'entrer dans le vif du sujet, faisons quelques présentations pour les non-initiés. John B. Root est réalisateur de films pornographiques depuis près de 20 ans. Il a plus de 20 longs métrages à son actif et 1500 vidéos. Nikita Bellucci est actrice X depuis deux ans. Enfin, le Gonzo est une façon de faire du cinéma porno sans scénario, caméra à la main. Pour John B. Root, «c'est la spontanéité. On va droit à l'essentiel. On va vers le plaisir. (...) Avec une grande économie de moyens». Même s'il est conscient que «l'économie de moyen est souvent prise comme excuse par de mauvais réalisateurs pour faire de mauvaises vidéos», il a voulu avec ce film réaliser un documentaire neutre qui parle de son métier sans jugement de valeur.

Ce qu'on y voit est plutôt réjouissant. Certes, les esprits prudes risquent d'être choqués par la vision de sexes (suivant leur nature) béants ou fièrement dressés ou par celle de jouissances masculines ou féminines particulièrement productives. Nous retiendrons pour notre part surtout une ambiance amicale et un tournage où le plaisir semble omniprésent. Je n'ai pas eu l'honneur de fréquenter les plateaux des productions signées John B. Root mais la réputation dont il jouit depuis plusieurs années et certains témoignages qui m'en ont été faits ne laissent planer aucun doute: ce Gonzo, mode d'emploi semble correspondre à la réalité d'un tournage de John B. Root. Par contre, le film permet-il vraiment de «démystifier le X» comme l'annonce Julien Fonfrède dans le catalogue du FNC? Le film de John B. Root est-il vraiment représentatif d'un tournage Gonzo, comme le laisse présager le titre? N'est-il pas plutôt le fantasme cinéphile du réalisateur, cinéaste attachant, cultivé et respectueux du désir de chacun, qui voit plus dans la pornographie une chance de concilier travail et plaisir qu'une vache à lait exploitant sans vergogne des actrices trop naïves?

La suite de mon entrevue ne laisse plus planer le doute. Nikita Bellucci pose en effet un regard désabusé sur ses deux années de pratique. Après avoir partagé quelques témoignages affligeants sur certains tournages, elle constate «qu'en deux ans (...) ça s'est complètement cassé la gueule», principalement au niveau du respect et du professionnalisme. John B. Root surenchérit: «Le porno n'est jamais allé aussi mal qu'aujourd'hui parce que les gens consomment n'importe quoi». Il existe du bon et du mauvais porno et John B. Root conseille aux spectateurs de «respecte[r] [leurs] parties basses et [de] regarde[r] du bon porno». Il ajoute: «Si vous ne regardez pas les vidéos moches, ils arrêteront de les faire». Quand on voit l'explosion du porno bas de gamme qui déferle gratuitement sur internet et qui ne respecte ni ses acteurs ni ses spectateurs, on peut malheureusement en douter.

Érotomanes de tous les pays, si vous souhaitez que Gonzo, mode d'emploi soit plus le reflet d'une réalité que le désir d'un cinéaste de s'accrocher à sa conception du plaisir, unissez-vous.

Pourquoi en effet les consommateurs de pornographie, comme les cinéphiles «généralistes», n'auraient-ils pas également le droit d'avoir du goût? En continuant à faire valoir ce droit, ils pourront peut-être continuer à jouir de films de qualités qui respectent aussi bien leurs actrices que leur public.

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