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Réplique à Joseph Facal sur la religion

01/03/2017 09:12 EST | Actualisé 01/03/2017 09:17 EST

J'ai lu avec une certaine indignation la chronique de Joseph Facal, « Peuple, à genoux ! » J'apprécie d'ordinaire l'intelligence de l'ex-politicien péquiste. Sur le sujet de la religion, les propos de Facal m'affligent. Il s'agit, en fait, d'une intervention politique contre le ministre Couillard, ainsi que de Justin Trudeau, qui se seraient écrasés devant la communauté musulmane suite à la triste tuerie de la Mosquée de Québec. C'est du moins ce que je comprends de la phrase «... l'exemple de la prosternation béate devant les religions vient de haut ». Une flèche dirigée contre les autorités politiques à Québec et à Ottawa.

Sur le plan religieux, Facal joue le rôle du bon rationaliste des Lumières. À le lire, Voltaire esquisserait l'un de ses sourires narquois dans sa tombe. Dans son Dictionnaire philosophique (1764), à l'entrée secte, François-Marie Arouet dit Voltaire écrit : « Qui jugera ce procès [entre les religions] ? L'homme raisonnable, impartial, savant d'une science qui n'est pas celle des mots; l'homme dégagé des préjugés et amateur de vérité et de la justice; l'homme enfin qui n'est pas bête, et qui ne croit point être un ange. » Voilà l'homme moderne, l'homme de la raison qui se base sur la science, expression suprême de cette même raison. Adieu théologie, vive la Science !

Chez les musulmans, Facal parle du Bouraq qui fut amené par l'archange Gabriel pour porter le prophète de l'islam, Mahomet, de La Mecque à Jérusalem. Ridicule.

C'est ce credo voltairien que proclame Facal. La science est l'arbitre suprême permettant de départager entre les croyances religieuses les plus loufoques les unes que les autres. Facal évoque la conception virginale de Marie chez les chrétiens. Ridicule. Chez les musulmans, Facal parle du Bouraq qui fut amené par l'archange Gabriel pour porter le prophète de l'islam, Mahomet, de La Mecque à Jérusalem. Ridicule.

Qui jugera de ces histoires à dormir debout, sinon la Raison ? Or, la manifestation suprême de la Raison, c'est la Science moderne expérimentale, du moins selon le discours rationaliste ambiant. Comme le soutenait, par ailleurs, Auguste Comte (1798-1857) avec sa Loi des Trois États, l'Âge médiéval de la Théologie succéda à celui de la Métaphysique laquelle succéda enfin à l'Âge de la Science moderne. Tout cela s'inscrivant dans l'Air du Progrès.

Quelle belle mythologie ! La Science et le Progrès auraient délivré l'Humanité de ses états primitifs et puérils. Nous serions enfin devenus des adultes ! Les brumes du mystère nous auraient quittés à tout jamais. Désormais, il n'y a pas plus que des problèmes que les experts de la Science sauront éventuellement solutionner.

Ce fut le cri poétique d'un Guy de Maupassant : « On se dit : 'Plus de mystères ; tout l'inexpliqué devient explicable un jour ; le surnaturel baisse comme un lac qu'un canal épuise ; la science, à tout moment, recule les limites du merveilleux.' » (Adieu mystères, 1881). Malgré tout, le poète réplique : « Le merveilleux est éternel. Qu'importe la science révélatrice, puisque nous avons la poésie créatrice ! Nous sommes les inventeurs d'idées, les inventeurs d'idoles. Les faiseurs de rêve nous conduiront toujours en des pays merveilleux, peuplés d'êtres étranges que notre imagination enfante. »

Que vous le vouliez ou non, monsieur Facal, le mystère par excellence, Dieu, demeure. Dieu n'est pas une hypothèse (peu probable selon vous). Vous vous trompez de catégorie, Joseph Facal. Dieu n'est pas une hypothèse comme le soutenait jadis le marquis de Laplace devant Napoléon. Dieu n'est pas un problème, mais un mystère. Comprenez-vous ce que cela implique ? Cela signifie que plus vous chercherez à le mettre en boîte, à le concevoir, plus il vous échappera. Dieu n'est pas conceptualisable. Il ne peut jamais, comme disent les logiciens, 'tomber sous un concept'.

Saint Thomas d'Aquin (1224-1275) l'avait compris en écrivant : «... nous ne pouvons pas connaître la nature divine telle qu'elle est en elle-même, de telle sorte que nous sachions ce qu'elle est... Et c'est de cette façon que le mot 'Dieu' signifie la nature divine ; car il est destiné précisément à désigner un être qui est au-dessus de tout, qui est le principe de tout, qui est retiré de tout. C'est d'un tel être que tous entendent désigner quand ils nomment 'Dieu' ». (Somme théologique, I Question 13 article 8) Dieu, en somme, n'est pas un 'objet', aussi suréminent soit-il, à l'origine de tout le monde créé et visible. Le meilleur nom que nous puissions lui donner, c'est celui qui fut donné à Moïse : « Celui qui est » (Exode 3 14). Par conséquent, ceux qui veulent 'prouver' Dieu, comme le voudraient les bons positivistes comme Facal, veulent en somme prouver ce qui est. Ce qui tourne parfaitement en rond. On ne peut prouver l'existence de Dieu parce que nous le présupposons du fait qu'Il soit. Voilà pourquoi Dieu échappera toujours à toute 'preuve'. Il n'est que mystère. Il répond à la question métaphysique par excellence de Leibniz : « Pourquoi y a-t-il de l'être plutôt que du non-être. » (Principes de la Nature et de la Grâce fondés en raison (1714))

Or, par 'mystère', il ne faut pas y voir une impossibilité radicale à Le connaître, mais une incapacité logique de l'intelligence humaine à l'identifier comme objet. Thomas d'Aquin - encore lui - disait qu'on pouvait approcher Dieu par cinq 'voies' (viis) ou modes. Jamais d'Aquin n'emploie le terme de « preuve » qui apparaîtra plus tard avec la science moderne.

Nous sommes ici en pleine 'métaphysique'. La science moderne usurpera à la métaphysique son titre de science. Facal, comme Voltaire, font fi de cette usurpation.

Un Père grec de l'Église, Irénée de Lyon (130-202), a écrit : « La gloire de Dieu, c'est l'homme debout. » Le mystère de Dieu, c'est aussi le mystère de l'homme. Pour la modernité, l'homme n'est qu'un problème qu'il faut éventuellement résoudre. Mais c'est là une pure illusion. Facal nous dit en somme : « Peuple, à genoux devant la Science ! Le mystère n'est plus. »

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