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Livre: «La garantie de la foi. Présentation du Fiabilisme. La garantie métaphysique de la foi»

« Fiabilisme », « garantie » et « métaphysique »... que de mots obscurs !

30/11/2017 09:00 EST | Actualisé 30/11/2017 09:53 EST
ijeab via Getty Images

Commençons par le titre qui peut paraître rébarbatif à plusieurs.

« Fiabilisme », « garantie » et « métaphysique »... que de mots obscurs !

Tout le monde sait au moins ce que c'est qu'une garantie !

Vous achetez une automobile, et le concessionnaire ou le constructeur vous offre une garantie avec votre achat, assurant que le véhicule est fiable pendant un certain laps de temps. Le constructeur est en mesure de vous assurer que votre voiture roulera correctement; évidemment, à la condition que vous en faites un usage normal dans des conditions normales. Autrement, la garantie ne s'applique pas.

Il en va de même pour nos capacités intellectuelles, dont l'intelligence, permettant de connaître la vérité : si nous en faisons un usage correct, nous parviendrons à la vérité. C'est ce que soutient le fiabilisme en épistémologie.

C'est une conception de la connaissance, mise au point le premier par le philosophe américain chrétien, Alvin Plantinga (né en 1932). Ce dernier a reçu le 27 septembre dernier le prestigieux prix Templeton. Il a publié en 2000 son magnus opus Warranted Christian Belief.

Le fiabilisme stipule, en somme, que la notion de garantie est centrale au concept de connaissance et, donc, de vérité; car qui dit connaissance dit vérité.

Pour Plantinga –le fiabilisme vaut pour toute connaissance, dont la foi chrétienne. En somme : si vous faites confiance au Dieu d'amour de Jésus Christ, alors vous connaîtrez la vérité. Si vous mettez votre foi au Dieu de Jésus Christ, c'est-à-dire si vous lui faites confiance, alors Dieu vous libérera, vous sauvera; vous ressuscitera après la mort.

C'est saint Paul qui le dit textuellement dans sa lettre aux Hébreux, chapitre 11, verset 1. Je cite :

Mettre sa foi en Dieu, c'est avoir la garantie (grec, hypostasis) de ce que l'on espère, mais qu'on ne voit pas encore.

En d'autres termes, mettre sa foi en Dieu - Dieu qui est amour-agapè dit saint Jean dans sa première lettre (4,8) - c'est avoir la garantie de la vie éternelle. Donc, si vous faites confiance au Dieu d'amour de Jésus Christ, vous êtes assuré de son Amour tout-puissant qui vous réveillera du séjour des morts !

Si l'on revient à notre exemple de la garantie automobile, la garantie est délivrée par le Constructeur – ici, Dieu créateur; nous sommes ses enfants d'adoption qui nous arrachera à la mort si nous faisons un bon usage de nous-mêmes.

Donc, la garantie en question stipule que, si nous faisons un usage correct de nous-mêmes, c'est-à-dire si nous nous aimons et que nous aimons nos semblables comme nous-mêmes, nous aimerons Dieu et nous vivrons dans l'amour de Dieu. Car nous sommes faits pour aimer et être aimé.

Voilà la garantie métaphysique de la foi.

« Métaphysique » - autre mot difficile de ce titre de mon essai– veut dire : ce que sont les choses dans leur nature, leur être profond. L'homme est « fait » par le Constructeur divin de telle manière qu'il ne peut désirer être qu'aimer et être aimé. Toute notre essence est donc l'AMOUR.

Évidemment, beaucoup aujourd'hui ne sont pas du tout d'accord avec le fiabilisme, en tout particulier avec la foi, la garantie divine, métaphysique, et tout le tralala. Pourquoi donc ? Parce que, selon eux, tout cela est de la pure fantaisie, inventée par les hommes. Il n'existerait, selon eux, aucune garantie de la sorte, parce qu'il n'y a aucune preuve de ce que le fiabilisme avance.

On traduit en anglais le mot « preuve » par évidence. D'où le nom que l'on donne à une autre conception de la connaissance appelée évidentialisme. L'évidentialisme fait donc appel à la notion de PREUVE, tel qu'elle a cours en particulier dans les sciences modernes.

Il n'y a pas de preuve de ce genre, clame l'évidentialisme, que Dieu existe. En tout cas, pas de « preuve scientifique » de Dieu. D'accord. Personnellement, je crois qu'il n'y en a pas, et qu'il n'y en aura jamais. Parce que toute preuve, au sens strict du terme, c'est-à-dire scientifique, ne vaut que pour ce qui se trouve dans l'espace et le temps. Or, Dieu transcende l'espace et le temps. Donc, l'évidentialisme a beau jeu de rejeter le fiabilisme.

Revenons à notre garantie automobile.

Il sera incongru, exagéré, absurde, ridicule - vous en conviendrez volontiers - d'exiger qu'une preuve soit donnée de la garantie d'automobile.

Car on pourrait alors demander une preuve de la preuve de la garantie, et ainsi de suite à l'infini ! C'est parfaitement ridicule !

En outre, l'évidentialisme qui exige une preuve de la garantie, demande en réalité une garantie. Car l'évidentialiste doit croire en sa preuve; c'est-à-dire lui faire confiance. Donc, l'évidentialiste est un fiabilisme qui s'ignore.

Alors qu'est-ce que tout cela peut signifier ? – Qu'une garantie suffit, et que la preuve de la garantie est pour tout dire oiseuse.

Pourtant, c'est ce que les philosophes évidentialistes, braqués sur notion de PREUVE, appellent de tous leurs vœux contre la foi chrétienne. Bertrand Russell fut sans contredit le plus grand des évidentialistes lorsqu'il déclare :

Je pense que la foi est un vice, parce que la foi veut dire croire en une proposition quand il n'y a pas de preuve d'y croire. Cela peut être considéré comme une définition de la foi. (« The Existence and Nature of God »)

D'après Russell, il serait donc immoral d'avoir foi en Dieu. Ce serait comme de croire en l'existence d'une théière chinoise en orbite autour de la terre, alors que nous n'avons aucun moyen (actuellement) de la détecter. Les fiabilistes sont donc des gens suspects, déraisonnables, qui défient la simple raison.

Or, en cela l'évidentialisme trahi le fiabilisme qu'il soutient par ailleurs. Car, qu'est-ce que croire en la raison, sinon admettre que l'évidentialisme fait confiance à la raison ? Sa garantie est la raison.

Cela signifie qu'une preuve n'est qu'une espèce de garantie, la première étant l'espèce du genre de la seconde.

Jean Laberge

Ce billet de blogue est l'allocution de l'auteur, à la Librairie Paulines, lundi le 27 novembre, à l'occasion du lancement de mon essai Du fiabilisme.

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