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Le génie de Trump

On ne saurait reprocher au président sa grande modestie...

10/01/2018 09:00 EST | Actualisé 11/01/2018 10:14 EST
USA Today Sports / Reuters
Donald Trump

Attaqué sur sa santé mentale après la sortie du livre du journaliste Michael Wolff, Fire and Fury, le président Donald Trump s'est présenté en « génie très stable » sur Twitter. À un journaliste de Fox News, Trump déclara : « Je suis passé d'homme d'affaires TRÈS prospère à grande star de la télé et à président des États-Unis (à mon premier essai). Je pense qu'on peut me qualifier non seulement de malin, mais de génie... et un génie très stable en plus ! ». On ne saurait reprocher au président sa grande modestie...

Le manque de modestie, c'est ce sur quoi les anti-Trump déblatèrent sans relâche depuis qu'il est devenu président. C'est la guéguerre que lui livre sans relâche les démocrates et les gauchistes qui ne peuvent pas blairer cet être immonde qu'est Donald Trump à la Maison-Blanche. Ici, au Québec, le journaliste Christian Latreille, en poste à Washington, et l'expert Charles-Philippe David, entre autres, déversent leur fiel sur ce bouffon de président. Ils se délectent en spéculant sur le moment où l'administration Trump rendra l'âme avant le terme de son mandat.

Ils se délectent en spéculant sur le moment où l'administration Trump rendra l'âme avant le terme de son mandat.

Je me souviens, lors de mes études de philosophie au cégep du Vieux Montréal, que le qualificatif de «génie» était alors vilipendé et banni. À écouter mes maîtres marxistes, le «génie», ça n'existe pas. Il n'y aurait pas et il n'y aurait jamais eu de génie dans l'humanité. Le soi-disant «génie» ferait partie intégrante de l'idéologie bourgeoise vantant les mérites du détestable individualisme occidental. Par contre, ce qu'il y a c'est la lutte de classes duquel émergerait la conscience individuelle. Comme l'écrit Marx dans l'Idéologie allemande : « Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie [matérielle] qui détermine la conscience. »

Or, pour produire, il faut penser. Bill Gates, par exemple, a dû penser pour créer ses produits informatiques Microsoft. Ils ne tombèrent pas du ciel. Devons-nous dire que ce génial inventeur et son succès commercial s'expliquent par l'état matériel et culturel de la société américaine ? C'est du moins que soutiennent les gauchistes.

N'est-il pas plutôt vraisemblable que l'état matériel et culturel d'une société s'explique par les réalisations et les inventions de personnes singulières qui firent preuve d'originalité et d'audace dans la pensée? En somme, qu'il faut penser pour progresser, c'est-à-dire assurer notre survie sur cette terre. C'est du moins ce que je découvris par moi-même en étudiant l'œuvre de celle que les mauvaises langues gauchistes désignent comme la « prêtresse du capitalisme », c'est-à-dire Alissa Zinovievna Rosenbaum , alias Ayn Rand (1905-1982).

Les démocrates gauchisants ne s'expliquent pas autrement le cas de Trump par le fait qu'il soit dérangé mentalement.

Mais revenons à Trump. Les démocrates gauchisants ne s'expliquent pas autrement le cas de Trump par le fait qu'il soit dérangé mentalement. Pour eux, il est inconcevable que quelqu'un comme Trump soit sain d'esprit. D'où l'essai de Michael Wolff. Leur rationalité politique, en effet, leur dicte que « l'imprévisibilité » du président s'explique uniquement par la démence. Ce qui s'affronte c'est un conflit entre deux visions du monde : la vision rationaliste des démocrates voulant que la politique ne puisse s'exercer par la rationalité démocrate. Hillary Clinton serait le cas-type de la pure rationalité; la femme hyper-compétente seule en mesure de diriger les destinées des États-Unis d'Amérique. Donald Trump, au contraire, serait un fou à lier; un dément, dont les lointains ancêtres sont les empereurs déments de la Rome antique (Caligula, Claude, Néron, etc.).

Pour ma part, je suis persuadé que Donald Trump est parfaitement sain d'esprit. Toutefois, il souffrirait de ce que le psychologue américain Jeffrey E. Young (né en 1950) a appelé un « schéma du Tout m'est dû » (voir de Young, Je réinvite ma vie, 1993). Young est l'auteur d'une « thérapie par les schémas [patterns]. Qu'est-ce qu'un schéma ? C'est une disposition inadaptée de survie qui prend sa source dans l'enfance et influence toute notre vie.

Il existe plusieurs types de schémas, dont celui du « Tout m'est dû ». Un enfant gâté par ses parents risque de développer par la suite ce type de schéma. Enfant, il sera exigeant et dominateur; il n'en fait qu'à sa tête. Lorsqu'on se rebiffe contre lui, il pète les plombs en se mettant en colère. La personne qui possède le schéma en question se pense unique et se croit tout permis. C'est une sorte de petit empereur. Il se croit supérieur aux autres. Il croit faire partie d'une élite. Il ne se sent pas lié par les règles communes ou les lois établies.

Ces remarques sur le schéma psychologique du « Tout m'est dû » paraissent assez bien expliquer les conduites intempestives du président Trump. Il n'est pas un fou à lier, mais une personne imbue d'elle-même qui n'admettra jamais que les autres peuvent avoir raison. Sa base électorale l'adule; le déifie presque.

Le principal problème que rencontre ce genre de personne, c'est qu'elle n'éprouve aucune empathie pour autrui. Il est pratiquement impossible d'entrer en relation avec ce genre de personne. Vous n'êtes qu'un pion. Le dialogue est impossible.

Au plan politique, selon Aristote, un tel législateur est « corrompu », au sens où il lui manque la vertu politique principale, à savoir l'amitié (philia). Or, l'ami est un autre soi-même. Trump n'est l'ami de personne. Ses amitiés se défont comme neige au soleil. Il ne peut donc viser ce qu'Aristote conçoit comme le but premier du législateur vertueux: favoriser l'amitié entre les citoyens. À telle enseigne que la justice n'est possible, selon Aristote, que parce les citoyens sont d'abord des amis. Ce qui perdra Trump, ce sont ses amis d'un jour, tel Steve Bannon.

D'après ce qui précède le génie de Trump, le ''Tout m'est dû'', n'est qu'un malin-génie qui, comme chez Descartes, le trompe systématiquement.

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