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La Marche du Pardon

20/03/2017 09:53 EDT | Actualisé 29/03/2017 01:43 EDT

Le vendredi 14 avril prochain, je marcherai. Je participerai à la Marche du Pardon du Vendredi Saint. Ce sera la 45e édition de cette folle démarche organisée à l'origine par les Frères de Saint-Gabriel, repris cette année uniquement par des laïques.

Personne ne sera cloué sur une croix, comme cela se fait ailleurs. Ici, chacun porte sa croix, et cela suffit. Chacun porte ses blessures, ses épreuves, ses drames, etc. Nous les déposons au pied de La Croix. Celle de Jésus de Nazareth qui nous dit que son fardeau est léger. (Matt 11, 30)

Des badauds nous regardent de leur balcon passer dans des rues de Montréal. Certains rigolent, nous invectivent. D'autres nous saluent, et souhaiteraient même nous accompagner. D'autres encore passent indifférents, pressés, voire en colère de devoir se résigner à attendre que ce troupeau de fous de Dieu dégage au plus sacrant.

Au fait, pourquoi faire la Marche du Pardon? N'est-ce pas jour férié pour plusieurs ce vendredi-là? N'est-ce pas le temps de se la couler douce plutôt que de la perdre à entrer dans des églises et prier un être soi-disant imaginaire?

Puis, surtout, pourquoi cette promenade délirante de cathos s'appelle-t-elle «Marche du pardon»? Qu'ont-ils fait pour demander pardon? Qu'ont-ils commis de si terrible pour qu'ils marchent ainsi en troupeau serré le regard fixé, larmoyant, sur deux morceaux de bois formant une croix?

Le Pardon. Pardonner, c'est le geste le plus puissant qu'il soit donné d'accomplir. Celui ou celle qui pardonne arrête la vengeance et la violence à lui/elle-même. Au lieu d'encourager la brutalité à se répandre dans le monde, le pardon arrête la violence et sert à la croissance de l'amour. Les êtres blessés qui pardonnent à leurs agresseurs transforment leur propre blessure en paix.

Comme disait Henri-Dominique Lacordaire «Voulez-vous être heureux un instant? Vengez-vous. Voulez-vous être heureux toujours? Pardonnez.» Si tu veux la paix, pardonne. La Marche du Pardon et une marche pour la paix. Le pardon est le passage obligé de la paix. Tu deviendras alors guérisseur de l'humanité blessée. Les plaies immondes qui défigurent le visage de l'humanité seront alors transfigurées.

Pierre, dans l'une de ses lettres, écrit: «Par ses blessures, il [Jésus] vous a guéri.» (1 Pierre 2 24). En fait, la phrase la plus renversante de tout l'évangile, c'est ce moment où Jésus sur la croix pardonne à ses bourreaux : «Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font.». (Luc 23 34) Il n'y a pas de plus grande Parole qui ait jamais été prononcée, et il n'y en aura jamais d'autres.

En pardonnant, Jésus arrête à lui toute forme de violence. En fait, il n'y a que Dieu, Tout-Puissant d'amour, qui peut pardonner. Justement, ce Jésus qui ressuscitera trois jours après sa mort ignominieuse, est Dieu, Fils du Dieu son Père. Dieu lui-même s'est fait homme, et est devenu le bouc émissaire. Auparavant, les hommes mettaient à mort une pauvre bête pour apaiser la colère de Dieu. Avec Jésus, c'est Dieu lui-même qui est mis à mort afin de montrer aux hommes que ce sont eux les auteurs de la violence, de sorte que Dieu seul est capable d'arrêter la violence; il prend sur Lui cette violence en la transformant en bonté, en miséricorde. Littéralement, nous sommes sauvés, lavés de toute notre violence que nous portons en nous.

Le Dieu des « cathos » est un Dieu sans bon sens. On dirait qu'il créa l'homme, non pas pour qu'Il en fasse son serviteur docile, mais pour le servir Lui-même! C'est un Dieu sans allure!

Si vous croyez ce qui précède, vous comprenez alors le sens sacré de la Marche du Pardon.

Vous me répliquerez que bien que Jésus, le Fils de Dieu, soit mort jadis à Jérusalem, la violence frappe toujours - et plus que jamais ! C'est vrai. La violence existe toujours. Mais le moyen de l'arrêter, fut un jour donné par le Fils de Dieu : le pardon.

Nous porterons nos croix en ce Vendredi saint, et nous les déposerons au pied du Christ, Vainqueur du Mal et de la Mort.

Dans le mot «pardon», nous reconnaissons celui de « don ». Le pardon est, en somme, le don par-delà tous les dons.

Une fois compris cela, on se dit : il faut impérieusement que je participe à cette grande manifestation de la miséricorde divine, car c'est par le Pardon que la Vie fraye son chemin.

Dans la Marche du Pardon, nous nous remémorons le jour où Jésus-Christ, le Fils de Dieu, pardonna une fois pour toutes à l'humanité en stoppant à Lui-même la violence passée et à venir. Nous renouvelons, en somme, la réalité suivant laquelle nous sommes à jamais pardonnés au nom de Jésus-Christ, et que nous sommes dès lors appelés à vivre comme jamais une Vie en plénitude en compagnie de Dieu.

La Marche du Pardon est donc une démarche pour la Vie en plénitude. Pour rien au monde, je ne manquerai cette démarche sacramentelle !

Dès lors, si quelqu'un vous demande pourquoi vous marchez, répondez par la Parole de Jésus à la Samaritaine : «Si tu connaissais le don de Dieu...» (Jean 4 10) Peut-être, qui sait, qu'il se précipitera alors derrière la croix, voire à genoux, tant la grâce qu'il aura reçu sera grande.

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