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Montréal, capitale du chômage au pays

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Ça y est! Les données du chômage au pays, révélées par Statistique Canada vendredi dernier, viennent de propulser Montréal au sommet du palmarès des villes canadiennes pour le taux de chômage.

Son score de 8,8% détrône celui de la ville de Windsor (Ontario) qui détenait ce triste record à l'échelle du pays. Rien de glorieux pour la métropole québécoise qui atteint même, sur le territoire de l'île, les 11% de chômage. En fait, il s'est perdu au cours des onze derniers mois plus de 2 500 emplois dans la métropole, locomotive économique de la Belle province. Il y a de quoi se poser des questions, s'inquiéter même de cette piètre performance économique.

Globalement au Québec, le taux de chômage s'est maintenu à 7,6%, au-dessus toutefois de la moyenne canadienne.

Dans les faits, c'est au moins une personne sur dix aux prises avec le drame du chômage à Montréal. De nombreuses familles montréalaises, en particulier immigrantes, vivent dans la précarité et la pauvreté même. C'est alarmant! Pourtant, l'équipe Couillard, gonflée à bloc par les sondages en 2014, avait promis sur un ton ronflant en campagne électorale la création de 250 000 emplois en cinq ans. Force nous est de constater que le présent gouvernement a failli royalement à ce jour dans ce domaine, lui qui s'était fait élire sous le thème de l'économie. Piètre performance à ce chapitre, un point c'est tout!

Menant tambour battant un régime d'austérité tous azimuts depuis deux ans, ce gouvernement bulldozer a suscité un réel climat d'incertitude, de crainte dans la population et chez des investisseurs potentiels. Tout y est passé, sous le couperet gouvernemental, au cours des deux dernières années. Jamais nous n'avions vu autant de gens protester en marchant bruyamment dans les rues pour clamer à voix forte: «Assez, c'est assez!». Il ne faut pas se surprendre de ces récents résultats, fort désastreux pour Montréal.

Comme nous le savons bien, les chiffres ne disent pas tout des souffrances vécues par des milliers de personnes en quête du minimum pour vivre, voire pour survivre. La grande région montréalaise dépasse les 4 millions d'habitants, la moitié du Québec quoi. Il faut s'en occuper, c'est une priorité. Près de 80% de l'immigration se niche dans cette populeuse agglomération en pleine mutation sociale et culturelle. Il ne faut pas se le cacher, l'avenir du Québec économique passe inéluctablement par l'immigration. C'est une question de survie!

Imaginez, dans l'accueil des réfugiés syriens, la région montréalaise aura accueilli 6 195 des 25 000 réfugiés débarqués au pays. C'est énorme! Toutefois, saviez-vous qu'un immigrant francophone a plus de chance de se trouver un emploi à Toronto qu'à Montréal? Aberrant, mais vrai. «Le taux de chômage de ces immigrants de langue française atteint 27% à Montréal, tandis qu'il se situe à 14% dans la ville reine», d'affirmer Valérie Lesage du journal Les Affaires.

Quel paradoxe dans ce dossier de l'immigration! Le gouvernement Couillard souhaite même atteindre les 60 000 immigrants par année. Accueillir est une chose, mais intégrer demande des mesures appropriées, stimulantes. Il faut être conséquent et responsable. Les immigrants ne sont pas une marchandise bon marché pour combler des fonctions que les Québécois dit «de souche» ne veulent plus accomplir ou encore pour faire taire des statistiques de décroissance.

Plus de 60% des immigrants arrivent au pays avec un diplôme universitaire en main. C'est donc une main-d'œuvre qualifiée et désireuse de se trouver un emploi convenable et de contribuer activement dans la communauté d'accueil. Mais une réelle méfiance règne toujours dans le monde du travail. Pas étonnant, qu'entre 20% et 25% des immigrants reçus dans la province quittent celle-ci vers d'autres provinces, car ils peinent à trouver un emploi satisfaisait.

C'est un fait incontestable, les nouveaux arrivants contribuent indiscutablement au développement économique, linguistique et démographique de la province. La reconnaissance des compétences et des diplômes demeurent cependant une faille importante dans le processus d'accueil et d'intégration de ces derniers. Le puissant réseau des 45 ordres professionnels ne facilite certes pas les choses et dans les faits, il doit faire partie d'une réelle solution salutaire à l'intégration.

Il existe un puissant protectionnisme au sein de certains ordres professionnels. Nous n'avons qu'à penser à celui des médecins. Combien de médecins étrangers se retrouvent chauffeur de taxi, ouvrier de maintenance ou encore plongeur dans un resto. Le Québec se montre certes accueillant envers l'étranger, mais n'offre qu'une mince ouverture à une intégration harmonieuse de ce flot continuel d'immigrants venu contribuer à sa survie.

Avant de «se péter les bretelles» avec notre légendaire esprit d'accueil, il faut sans doute s'interroger collectivement sur qui nous sommes et ce que nous souhaitons devenir dans ce bout d'Amérique francophone. Ces jours derniers, la ministre de l'Immigration Kathleen Weil déclara qu'elle «croit que Québec doit s'adapter à la «compétitivité» du marché mondial en matière d'immigration.» Il en est grand temps ma foi! Québec semble promettre un virage vers l'emploi dans sa nouvelle politique de l'immigration dévoilée la semaine dernière. Mais d'ici là, il faudra bien que nos élus trônant à Québec réalisent quelque peu leurs promesses ronflantes de 250 000 emplois.

La création d'emplois passe immanquablement par l'innovation, non par les voies insidieuses de l'austérité et du favoritisme. Plus nos dirigeants lutteront avec acharnement contre les inégalités sociales, plus le Québec sortira gagnant. Ce n'est pas le 1% des biens nantis qu'il faut prioriser, servir même. Les Québécois ne veulent plus être dirigés par des gérants d'estrade qui capitalisent sur leur maintien au pouvoir, mais plutôt par des gens qui ont à cœur la passion du Québec et de son avenir.

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